Lecture / Ecriture
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Huit millions de façons de mourir de Lawrence Block

Lawrence Block
  Huit millions de façons de mourir
  Le cambrioleur en maraude
  Ariel
  Entre deux verres
  Le pouce de l'assassin
  Tuons et créons, c'est l'heure
  L'amour du métier
  Le coup du hasard
  Huit millions de morts en sursis

Lawrence Block est un écrivain américain de romans policiers né en 1938.
Ses deux séries principales mettent en scène les personnages récurrents de Matt Scudder (détective privé) ou Bernie Rhodenbarr (libraire mais aussi cambrioleur).

Huit millions de façons de mourir - Lawrence Block

Pot-pourri
Note :

   Nous nous trouvons là face à un de mes polars préférés et, pour moi, le meilleur Lawrence Block.
   
   Il est de facture tout à fait classique dans la forme et même, sans doute dans l'intrigue, et il a cependant une totale originalité dans la façon « psychologique », j'avais envie de dire humaine, dont l'histoire est traitée.
   
   Voici la recette. On prend une bonne vieille histoire de privé new-yorkais qui descend les bourbons, quelques flics, quelques truands fort antipathiques et d'autres qui le sont moins, une mégapole, des bars, des putes qui se font assassiner? Cette recette là a été utilisée 100 fois ou plus. Elle marche ou non selon le talent du cuisinier, pas de problème.
   
   A partir de là, Block nous concocte un roman à au moins quatre étages : une intrigue policière, une vision d'un problème social, l'histoire d'un alcoolisme et une réflexion sur la mort.
   
   J'avais acheté ce livre pour son titre. J'ai été bien inspirée. Ce qui fait la différence, avec « huit millions de façons de mourir », apparaît, me semble-t-il dès le titre. Ce titre, qui n'a pas de rapport avec l'enquête comme c'est la règle générale, mais avec tout autre chose, nous alerte dès la couverture sur l'autre dimension du roman. (Je précise tout de suite que c'est la traduction littérale du titre original.) Qui sont les huit millions de morts ? Les New-yorkais, comme cela pourrait être la population mondiale, avec un autre nombre.
   
   Lawrence Block ne s'est pas contenté de nous livrer un détective qui boit, il a admis que cette attitude, si commune aux détectives de romans, posait problème, était un problème ; et il a entrepris de nous décrire le mal-être qui fait qu'il boit.
   
   Les multiples façons, souvent pathétiques, indignes, grotesques, absurdes dont les gens meurent en font partie. Comme en fait partie le fait qu'on ne puisse plus croire dans la justice (lois, juges, etc.), ni dans la capacité de la police à vous protéger. Block nous décrit une jungle en deçà des lois, qui devient notre lot quotidien. Le « On ne peut rien faire » est la constatation que Scudder, notre privé, ne peut accepter, celle qui le fait boire; mais cette enquête le prend au moment où, s'apercevant qu'il n'est plus que l'objet de sa dépendance, il ne peut plus l'accepter non plus.
   
   « Mes mains avaient une volonté indépendante de la mienne et elles avaient décidé de trembler.» Il y a des descriptions cliniques de l'alcoolisme que le privé fait sur lui-même et, avec les réflexions sur la vie et la mort, cela donne au livre un sens profondément humain que n'ont généralement pas les polars. On sent que tout est faux dans cette histoire? sauf ce combat là.
   
   PS: Il y a eu une édition sous le titre "Huit millions de morts en sursis"
   
   
   Série Matt Scudder
   
   1. Les Péchés des pères - The Sins of the Fathers (1976)
   2. Tuons et créons, c'est l'heure - Time to Murder and Create (1977)
   3. Au cœur de la mort - In the Midst of Death (1977)
   4. Le Coup du hasard - A Stab in the Dark (1981)
   5. Huit millions de façons de mourir
- Eight Million Ways to Die (1982)
   6. Le Blues des alcoolos - When the Sacred Ginmill Closes (1986)
   7. Drôles de coups de canif - Out on the Cutting Edge (1989)
   8. Un ticket pour la morgue - A Ticket to the Boneyard (1990)
   9. Une danse aux abattoirs - A Dance at the Slaughterhouse (1991)
   10. La Balade entre les tombes - A Walk Among the Tombstones (1992)
   11. Le diable t'attend - The Devil Knows You're Dead (1993)
   12. Tous les hommes morts - A Long Line of Dead Men (1994)
   13. Même les scélérats... - Even the Wicked (1997)
   14. Ils y passeront tous - Everybody Dies (1998)
   15. Trompe la mort - Hope to Die (2001)
   16. Les fleurs meurent aussi - All the Flowers Are Dying (2005)
   17. Entre deux verres - A Drop of the Hard Stuff (2011)
    ↓

critique par Sibylline




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Du tout bon «Matt Scudder»
Note :

   Je reconnais tout à fait que l’intrigue de ce polar est d’une trame on ne peut plus classique, toutefois il est pour moi le plus abouti de ceux que j’ai lus de l’auteur pour le moment.
   
   Dans ce cinquième livre de la série « Matt Scudder », Lawrence Block campe le personnage du détective d’une vraie profondeur. Au fil des pages et pendant que l’enquête piétine, l’auteur prend tout son temps pour nous le présenter, intimement, sans pour autant que la narration languisse. La personnalité de ce détective, retiré de la police, prend ici une réelle épaisseur et j’avoue être littéralement conquise. Cet ancien flic, devenu indépendant suite à une bavure où une fillette est décédée d’une balle perdue, a noyé sa détresse dans l’alcool durant les quatre précédents épisodes. Cet opus est ainsi l’occasion pour lui de commencer à fréquenter l’association des Alcooliques Anonymes, ce qui est tout à son honneur. Ainsi, parallèlement à l’intrigue, cette ébauche de désintoxication avec ses multiples méandres, est exploitée avec beaucoup de justesse.
   
   Puis, une fois les minutieuses présentations effectuées, le dernier quart du livre s’accélère et l’intrigue prend une vitesse digne des grands polars même si le dénouement est plutôt prévisible et sans apothéose. Le contexte est si bien amené, l’écriture si juste et précise que l’intrigue toute banale qu’elle puisse être s’avère efficace. Mais la dimension humaine des personnages est sans doute ce qui est le plus réussi dans ce livre.
   
   Le tout dans le décor du New York de l’indifférence et de la violence où la mort est le quotidien ordinaire de ses habitants.
   
   « La peine de mort, nous l’avons. Mais pas pour les assassins, non. Pour les gens normaux. L’homme de la rue a plus de chance de se faire tuer que le tueur de passer à la chaise électrique. La peine de mort, on la trouve cinq, six, sept fois par jour.
   Il y a huit millions d’histoires dans la ville nue. […] Il y a huit millions de façons de mourir. »

critique par Véro




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