Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La guerre de Fink de Martin Walser

Martin Walser
  La guerre de Fink
  Les uns sans les autres

La guerre de Fink - Martin Walser

David contre Goliath
Note :

   Un roman dont le héros est un bureaucrate, ça ne fait pas très moderne, pas très branché... Pourtant le romancier Martin Walser a su faire du cas du Conseiller Fink un roman étonnant qui nous plonge dans la vie des élites du Land de Hesse en s'inspirant d'une histoire vraie qui a commencé le 23 novembre 1988.
   
   Ce jour-là Stefan Fink apprend qu'il est déchargé de ses fonctions de Conseiller chargé des relations du Land avec les cultes. Même s'il parvient à faire annuler cette mise à pied qui sent le "spoil system" à la suite du changement de majorité à la tête de la Région, même si le chouchou du nouveau Secrétaire d'Etat Schmetternich n'est pas promu à sa place, Fink se lance dans une guerre judiciaire et médiatique pour retrouver son honneur — et se faire rembourser le coût de sa défense. «Je sais bien, reconnaît-il, que par suite de certains abus le mot honneur ne s’emploie plus volontiers». D'où un vrai combat de David contre Goliath. Et ici Goliath c'est l'Etat de droit.
   
   Pour nous entraîner au côté de Fink, Martin Walser multiplie les portraits moqueurs voire sarcastiques des relations personnelles de Fink ainsi que des gens bien placés qu'il faut influencer par des doléances, des articles, des entrevues. En même temps, l'auteur en profite pour s'en prendre à un responsable du culte israélite, et attaquer la Frankfurter Allgemeine Zeitung, que Fink traite de «noble torchon», préludant à une querelle qui rebondira suite à la publication du roman «La mort d’un critique».
   
   Bien que disposant d'une secrétaire, le Conseiller Fink passe des jours et des nuits à recopier, photocopier, constituer des dossiers, écrire des articles, et les années passent sans que justice soit faite — du moins à ses yeux. En bureaucrate organisé il prévoit des sauvegardes informatiques et même de stocker les copies de ses volumineux dossiers dans la maison de campagne d’un ami. On ne sait jamais… Plus tard le fonctionnaire Fink prendra le large, emportant en Suisse ses 90 précieux classeurs. Sa famille et ses amis se lassent de le soutenir. Certains contactent le camp adverse pour qu'on en finisse: «Pendez-lui au cou la médaille de Leuschner, et avec ça un chèque de 7999 marks et vous aurez la paix une fois pour toutes!» C'est Moor, le "meilleur ami", qui tient ces propos sans savoir que son épouse les répétera à Fink très bientôt. La guerre de Fink pourra-t-elle se poursuivre après la mort de son "meilleur ami"?
   
   Ce roman — qui exige un lecteur endurant — ne vaut pas que pour son scénario. Bien sûr, le combat de Fink n'est pas si éloigné de celui de don Quichotte contre les moulins à vent. Mais Martin Walser — à ne pas confondre avec le poète suisse Robert Walser — nous enchante par des allusions multiples à Dostoïevski, Schiller et Kleist. C'est ainsi que Fink se fait surnommer "Kohlhaas" par des membres de l'administration en référence à une nouvelle de Kleist où un personnage se heurte à l’arbitraire du seigneur de Tronkenburg et attend qu’on lui rende justice. Le rapprochement avec Dostoïevski est facilité par le fait que le bureau de Fink est situé dans la maison où résida l’auteur russe quand il est venu à Wiesbaden!

critique par Mapero




* * *