Lecture / Ecriture
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Pauline de Alexandre Dumas

Alexandre Dumas
  La Dame Pâle
  La reine Margot
  Les Cenci
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  Le Comte de Monte-Cristo
  La Dame aux camélias
  La guerre des femmes
  Le capitaine Pamphile
  Les trois mousquetaires
  Le meneur de loups
  La Comtesse de Saint-Géran
  La route de Varennes
  Le Chevalier d'Harmental
  La Volga
  Georges
  Le Sphinx rouge suivi de La Colombe
  Ados: Othon l’archer
  Dès 09 ans: Contes dits deux fois

Alexandre Dumas, (dit aussi Alexandre Dumas père) est un écrivain français né en 1802 et mort en 1870.

Pauline - Alexandre Dumas

Prometteur...
Note :

   Le narrateur, un jeune homme de la bonne société, retrouve par hasard dans une salle d'armes son ami Alfred de Nerval, qu'il n'a pas vu depuis plusieurs mois, à l'exception de brèves rencontres en Suisse puis en Italie, où il n'a pas pu lui parler, retenu par la pudeur, car Alfred était toujours accompagné d'une femme splendide mais apparemment dévorée par un mal intérieur, le visage dissimulé sous un voile, comme si elle craignait de se faire reconnaître. Lors de ces retrouvailles, Alfred va donc dévoiler à son ami toute la vérité sur ces mystères, lors d'un long récit rétrospectif qui le conduira à expliquer la mort toute récente de la jeune et belle Pauline de Meulien, dont le narrateur a lui-même vu la tombe au début du roman: depuis plusieurs années, Alfred vouait un amour sans bornes à Pauline, et seul le manque de fortune personnelle l'avait empêché de prétendre à sa main. Lorsqu'il apprend qu'elle va épouser le comte Horace de Beuzeval, tout juste revenu des Indes où il a hérité d'une immense fortune, il sombre dans le désespoir le plus profond. Quelques semaines plus tard, en Normandie, pris par une tempête qui manque de réduire son embarcation en morceaux, il trouve refuge dans un vieux bâtiment en ruines, où il passe une bonne partie de la nuit, devenant le témoin involontaire d'étranges faits: un jeune homme, vêtu en paysan, apparemment sorti d'un souterrain par une porte verrouillée, en dissimule une clé sous une grosse pierre. Le lendemain, Alfred, revenu à son auberge, est appelé en renfort, dans une splendide demeure, pour examiner un corps qu'on lui présente comme celui de Pauline, prétendument décédée. Mais Alfred comprend vite que le cadavre n'est pas celui de la jeune femme et, de fil en aiguille, il retrouve Pauline saine et sauve, enterrée vivante par son propre époux, et condamnée à mourir d'empoisonnement ou de faim dans son misérable tombeau, pour avoir découvert le secret du comte Horace, qui n'est pas si pur et honnête qu'il n'y paraît...
   
   Ecrit en 1838, après ses succès de théâtre, "Pauline" est encore considéré comme un roman de jeunesse de Dumas. Pourtant, on y trouve en germe tout ce qui fera le triomphe littéraire du "Comte de Monte-Cristo" et des "Trois Mousquetaires": histoires d'amour, enlèvements à la faveur de la nuit, empoisonnement, suspense, aventures, duels, dangers et périls multiples, passages secrets, chemins dissimulés, vengeances, meurtres et brigandage à l'envi... Entre roman noir, roman "gothique" avant la lettre et roman d'aventures, "Pauline", oeuvre incontestablement écrite par le seul Dumas (donc loin des querelles et des polémiques actuelles liées à sa "collaboration" avec Maquet), se révèle étonnamment intéressant, malgré son intrigue somme toute très convenue et un peu trop mélodramatique (dans le mauvais sens du terme malheureusement) par moments, avec son lot d'évanouissements, de trahisons, de maladies mortelles et de correspondances romantiques entre les sentiments des personnages et les événe ments climatiques (je n'invente rien!). Néanmoins, et malgré le fait que le lecteur connaisse dès le début le dénouement du récit, Dumas parvient à ménager un certain effet de suspense avec l'enchâssement des narrations, puisqu'à partir de la moitié du roman, c'est Pauline elle-même qui nous dévoile les raisons qui l'ont conduite, du moins pour un temps, au tombeau. On regrettera toutefois le manque de profondeur du comte Horace, personnage dont le caractère aurait pu être développé bien davantage afin de faire percevoir au lecteur toutes ses motivations et toutes ses pensées; à défaut de cela, Horace paraît bien fade, malgré un excellent potentiel de criminel froid et machiavélique.
   
   Avec un style qui annonce déjà les grandes et belles phrases romanesques de Dumas, mais des personnages encore trop stéréotypés (comme si l'auteur avait voulu dès le départ préparer l'adaptation de son roman en pièce de théâtre), qui perdent du même coup en crédibilité et en sympathie, "Pauline" est une œuvre difficile à appréhender pour le lecteur non familier des œuvres de Dumas. Pourtant, le charme opère dès qu'on décide de se laisser porter par l'intrigue tout en rebondissements et en mystères que nous a tissée l'auteur, et même si le dénouement est à la hauteur du reste (comprendre: dans la même tonalité mélodramatique), avec une Pauline à l'agonie mais qui trouve le moyen de disparaître dans un dernier (et premier) baiser à Alfred... Larmoyant à souhait, mais comme c'est Dumas, on lui pardonne aimablement, et on s'apitoie, en bon lecteur, sur les malheurs d'Alfred et Pauline.
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critique par Elizabeth Bennet




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Horace, Ô désespoir…
Note :

   Lorsqu’Alexandre Dumas entremêlait roman gothique (architecture anachronique, n’est-ce pas ?) appelé originellement roman noir, et littérature romantique.
   
   En cette fin d’année 1834, l’entrée d’Alfred de Nerval dans la salle d’armes de Grisier, renvoie l’auteur quelques temps en arrière.
   
   Il se souvient avoir aperçu lors d’un voyage en Suisse puis en Italie son ami en compagnie d’une femme pâlotte, d’aspect maladif, un épisode qu’il avait oublié. Il connaissait vaguement cette jeune femme prénommée Pauline. Alfred de Nerval revient s’entraîner et remontant sa manche, le narrateur et Grisier peuvent discerner la cicatrice d’une blessure provoquée par une balle.
   
   Tous deux sont avides de savoir comment Alfred de Nerval fut blessé et celui-ci promet de narrer le soir même l’incident au cours d’un repas. C’est cette relation que Dumas nous propose, car plus rien ne s’oppose à la publication de cette histoire.
   
   Alfred de Nerval prend donc la succession de Dumas pour raconter dans quelle condition il a fait la connaissance de Pauline de Meulien et pourquoi le romancier les a aperçus aux cours de ses voyages en Suisse et en Italie.
   
   Alors qu’il étudie la peinture, Alfred de Nerval et sa sœur héritent une forte somme d’un oncle défunt. Aussi il décide de voyager et part au Havre pour se rendre en Angleterre. Apprenant que deux camarades d’atelier sont en villégiature dans un petit village qui se nomme Trouville (cela a bien changé depuis), il décide de leur rendre une petite visite. Et comme il n’est pas pressé, il loue un bateau afin de peindre la côte. Mais il n’avait pas prévu un fort coup de vent doublé d’une pluie violente qui l’entraînent du côté de Dives.
   
   Il aborde sur le rivage et apercevant au loin un parc et une bâtisse, il s’y rend, alors que la nuit est tombée, afin de se mettre à l’abri. Il s’engage dans le parc puis s’introduit dans une chapelle en ruine et se réfugie dans le cloître. Il est réveillé par un bruit puis il remarque un homme qui débouche d’un escalier souterrain et enfouit une clé sous une dalle.
   
   Peu après, il est recueilli par des pêcheurs qui acceptent de le reconduire à Trouville. Il apprend que les ruines sont celles de l’abbaye de Grand-Pré, attenantes au parc du château de Burcy, la demeure d’Horace de Beuzeval. Horace, le mari de Pauline de Meulien ! Son esprit ne fait qu’un tour, car il est toujours amoureux de la jeune femme n’ayant toutefois pas osé déclarer sa flamme.
   
   Selon les marins, l’épouse serait décédée depuis peu et va bientôt être inhumée. Or il se rend compte que le cadavre de la morte cachée sous un suaire n’est pas celui de Pauline.
   
   Il décide alors de revenir aux ruines et découvre sous la dalle une clé qui lui permet d’ouvrir quelques portes et comme il s’était muni de pinces, de fracturer le cadenas d’une geôle. Or dans cette prison souterraine est retenue depuis quelques jours et contre son gré Pauline. A bout, n’espérant plus aucun secours, elle vient de boire un verre d’eau déposé par Horace, son mari prévenant, et qui contient du poison. Des traces de poudre tapissent encore le fond du gobelet. Alfred de Nerval aide la jeune femme à s’échapper.
   
   Il la prend sous son aile tutélaire et débute alors le récit de Pauline, dévoilant comment et pourquoi elle est enfermée par son mari Horace de Beuzeval.
   
   Mais dans la région, des vols sont commis par une bande qui écume la région. Des vols accompagnés de meurtres parfois.
   
   Construit un peu comme un roman gigogne, Pauline, relève du romantisme et diffère profondément de sa production actuelle car Dumas est surtout auteur de pièces de théâtre à succès (ou non). Pauline est donc son premier roman, publié directement en volume et ne comporte que peu de dialogues, ce qui le change de sa production habituelle, surtout théâtrale.
   
   Mais à la lecture de cet ouvrage, on se rend compte que le début de ce roman est la reprise des chapitres des Impressions de voyages, paru en 1833 et qu’il est le creuset de romans ultérieurs, dont Le comte de Monte-Cristo et Salvator. Il utilise des thèmes récurrents comme les duels qui font florès dans bon nombre de ses romans d’inspiration historique, dont notamment Les Trois mousquetaires.
   
   Souvent Dumas revisite sa production antérieure et dans certaines de ses nouvelles, comme Marie et Le Cocher de cabriolet, on retrouve la figure de jeune fille séduite et abandonnée. Mais dans Pauline, il place résolument son intrigue dans son époque contemporaine alors que la plupart de ses récits empruntent à l’Histoire. C’est la période riche du romantisme littéraire, et Dumas ne pouvait pas ne pas y sacrifier. Mais ce Ann Radcliffe et d’Horace Walpole (Horace, comme l’un des personnages principaux de Pauline !).
   
   Et Alexandre Dumas aime se mettre en scène dans ce genre de romans, accréditant ainsi une véracité du récit, et on ne peut s’étonner que le personnage principal se nomme Alfred de Nerval. Un hommage non déguisé à son ami Gérard de Nerval, et le côté artistique est présent puisqu’Alfred de Nerval est peintre.
   
   Ce ne sera pas la seule fois où l’on retrouvera les deux hommes, Dumas et de Nerval puisque dans Contes dits deux fois, Dumas se met en scène et retrouve de Nerval dans le rôle de conteur.

critique par Oncle Paul




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