Lecture / Ecriture
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Frères et sœurs de Ivy Compton-Burnett

Ivy Compton-Burnett
  Frères et sœurs
  Des hommes et des femmes
  Une famille et son chef

Frères et sœurs - Ivy Compton-Burnett

Tremper sa plume dans l'acide...
Note :

   Année de publication : 1929
   
   
   Andrew Stace, gentleman farmer qui va bientôt mourir laisse son domaine à Christian son fils adoptif et une rente à Sophie, sa fille. Les deux jeunes gens, qui ont toujours vécu ensemble, font connaître leur intention de se marier. Il s’oppose à cette union, puis renonce et laisse seulement une lettre dans son secrétaire «à ouvrir après ma mort par Christian». Le mariage a lieu, puis les obsèques du maître des lieux, mais personne ne se risque à ouvrir le secrétaire où reste à dormir le document…
   
   Vingt-sept ans plus tard, on va fêter les vingt-cinq ans d’Andrew, premier –né du mariage de Christian et Sophie. Lui, Dinah sa sœur, vingt-quatre ans, et Robin, le petit dernier, vingt-deux, sont traités comme des enfants attardés et vivent sous l’emprise de Sophie, dans leur ancienne nursery, rebaptisée «studio». Robin a toutefois le droit de gagner sa vie à Londres... Christian, médecin surmené, connaît peu ses enfants.
   
   Pour se divertir, la famille reçoit quelques voisins qui fonctionnent en couples ou en trios, des voisins qui les envient: Le cousin Peter, bavard, et pique-assiette, sa fille, la pauvre Tylla, qui tient le ménage de ce vieux despote, et s’occupe de son jeune frère Latimer, légèrement débile. Un autre couple de frère et sœur de l’âge des Stace, Jullian et Sarah, qui vivent modestement et feignent d’avoir de l’argent. Jullian souffre de tourments existentiels qu’il énonce plaisamment ainsi: «Comment faire pour que mon absence ou ma présence représente un vide non négligeable pour moi comme pour les autres?»
   
   Un quatrième couple de frère et sœur, Edward, pasteur, et Judith, qui vivent dans une de certaine gêne sans le dissimuler et tentent de se mettre en valeur en prêchant une morale chrétienne qu’ils déplorent, en privé, de devoir pratiquer.
   
   Toutes les jeunes femmes précitées voudraient plus ou moins épouser Andrew, et les jeunes gens Dinah. Mais, au vrai, ils préfèrent rester comme ils sont, car l’inceste, pratiqué ou non, reste plus fort que l’attirance pour un partenaire qui ne soit pas de la famille.
   
   Personne chez les Stace n’a jamais ouvert le secrétaire ni lu la lettre adressée à Christian. Le secret du vieux Stace semble trop facile à deviner pour qu’on mette les choses au point.
   
   Un couple de frère et sœur français, Gilbert et Caroline, et leur mère Mrs Lang, qui viennent de s’installer va précipiter les événements et obliger les Stace à ouvrir le secrétaire et à lire la lettre avec un étonnement, qui pour n’être pas tout à fait sincère, va déstabiliser l’équilibre familial…
   
   La technique narrative est celle des dialogues et du discours indirect libre, avec peu de descriptions. C’est sur le ton le plus ordinaire que les personnages se disent les pires méchancetés, et avec beaucoup d’emphase qu’ils se communiquent des choses de peu d’importance. L’absence de chagrin réel de Sophie qu’elle transforme en deuil exubérant finit pourtant par la perdre. Peter, Tylla, et Latimer forment un trio comique, et Tylla se venge d’être coincée entre père grincheux et tyrannique et frère demeuré, en devenant l’une des plus belles langues de vipère de la littérature.
   
   Ivy Compton-Burnett n’a pas sa pareille pour dénoncer l’hypocrisie sociale, le chantage affectif, la misère psychologique. Sa galerie de personnages est d’un réalisme féroce.

critique par Jehanne




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