Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'ombre d’Edgar Poe de Matthew Pearl

Matthew Pearl
  Le Cercle de Dante
  L'ombre d’Edgar Poe

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'ombre d’Edgar Poe - Matthew Pearl

Chevalier Dupin, I presume?
Note :

   Savez-vous que la mort d’Edgar Poe fut aussi troublante et mystérieuse que la plupart de ses récits? Savez-vous que ce que furent ses cinq derniers jours d’existence, ce qui causa son décès, les circonstances dans lesquelles il advint sont aujourd’hui encore une énigme?
   Un mystère. Voilà ce que nous laissa Poe pour accompagner ses œuvres interrompues alors qu’il n’avait que quarante ans.
   Matthew Pearl, auteur précédemment du "Cercle de Dante", s’est emparé de cette énigme et a tenté de la résoudre en ce roman de 600 pages qui se veut tout à la fois roman policier grand public et recherche historico-littéraire fiable et sérieuse.
   
   1849 : Edgar Poe, très occupé à réunir des fonds pour lancer sa revue littéraire qu’il aurait appelée «The Stylus» avait quitté Richmond, Virginie pour New-York, avec une halte prévue à Philadelphie. Il ne parvint jamais à New-York, ni sans doute à Philadelphie. C’est à Baltimore qu’on le retrouva, mourant et incapable de s’exprimer de façon cohérente. Il y était arrivé depuis 5 jours et nul ne sait ce qu’il advint de lui jusqu’à ce qu’on le retrouve et le conduise à l’hôpital où il décèdera peu après sans pouvoir expliquer quoi que ce soit.
   
   Matthew Pearl a alors créé pour nous le personnage de Quentin Hobson Clark, jeune «oisif fortuné» de Baltimore, avocat, lassé par avance de l’existence de notable qui s’offre à lui et qui, entiché de Poe, se met en tête de laver son honneur (on le croit mort d’ivrognerie) et sa réputation littéraire (ses œuvres sont sous-estimées). Il se lance à corps perdu dans ce combat, mettant sa vie professionnelle, sa vie sentimentale et tout ce qu’il possède dans la bataille. Mais le mystère est insondable! Si bien que notre Quentin a un jour l’idée de retrouver pour s’en faire aider, l’homme réel, un Parisien, qui aurait servi de modèle au personnage du Chevalier Dupin, capable chez Poe de résoudre toutes les énigmes. Et le voilà parti pour Paris où hélas il trouve deux (!) modèles de Dupin. Lequel est le bon? Lequel est capable de résoudre l’énigme de la mort d’Edgar Poe? Clark hésite puis choisit –mais choisit-il bien?- et en ramène un à Baltimore où une enquête très sérieuse commence.
   
   Il faut noter que Matthew Pearl a absolument tenu à conduire une vraie recherche sur ce thème et tout ce qui est dit, utilisé, est vrai et se réfère aux dernières découvertes sur ce sujet. C’est ce qui fait le grand intérêt de ce roman: un bilan à ce jour exhaustif des connaissances et suppositions sur la fin de l’auteur du Corbeau. L’auteur fait également étalage d’une parfaite connaissance de toute la vie quotidienne de l’époque jusque dans ses plus petits détails, ce qui est vraiment un plaisir pour le lecteur. Nous aurons également au passage un rafraichissement de nos cours d’histoire de France avec une petite révision sur le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte qui joue son rôle dans notre affaire.
   
   L’intérêt romanesque est lui lié au personnage assez sympathique de Quentin Clark, aux Dupin et à toute la faune (négriers compris) de cette plutôt agitée moitié de 19ème siècle à Baltimore. Les péripéties, le suspens et les scènes d’action ne manquent pas, permettant au lecteur de ne pas se lasser d’un récit trop docte.
   
   Pour ma part, j’avoue que c’est l’aspect recherche réelle qui m’a le plus intéressée. J’ai même parfois eu du mal avec les scènes d’actions (bagarres) que je visualisais mal. Ma faute ou celle de l’auteur? Je ne sais. Mais je ne peux pas nier non plus que la trame romanesque fait passer avec facilité la profusion de renseignements que nous offrent ces 600 pages et en fait une lecture de loisir alors même qu’il nous vulgarise les dernières études sur le sujet et nous éclaire d’hypothèses intéressantes sur plusieurs points des œuvres de Poe*. Je trouve que c’est là une très grosse qualité.
   
   Alors, pour cette ultime énigme? Irons-nous plus loin que ce qu’en disait Dupin? "Votre mystère, lequel, par ailleurs, me semble aussi bien avoir une solution que n’en pas avoir"
   
   Je vous laisse le découvrir.
   
   
   * Et d’ailleurs, qui est Dupin en fait?

critique par Sibylline




* * *