Lecture / Ecriture
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La route d’Ithaque de Carlos Liscano

Carlos Liscano
  La route d’Ithaque
  Souvenirs de la guerre récente

La route d’Ithaque - Carlos Liscano

Stockholm-Barcelone et retour
Note :

   Le narrateur, un exilé venu d'un pays au nom "imprononçable", c'est-à-dire d'Uruguay, voyage en train vers Stockholm. Le livre s'ouvre sur son retour en Suède. Car il y est déjà venu vivre, attiré par Ingrid, une solide mère de deux petites filles, à qui il en ajoutera une troisième. Mais un Latino peut-il supporter durablement un pays scandinave?
   
   Il n'est pas homme à s'intégrer facilement dans un pays qu'il trouve doublement froid: climat comme société. Pourtant ayant réussi à obtenir un emploi à l'hôpital psychiatrique, il est sur la voie de la réussite et détenteur d'un permis de travail. C'est donc lui qui rompt avec la Suède, avec Ingrid, avec les filles. Il s'est mis dans la tête qu'un environnement de langue espagnole lui conviendrait mieux. Ainsi échoue-t-il à Barcelone, mais découvre qu'on y parle aussi catalan, et qu'il y est tout autant sans-papier qu'en débarquant à Stockholm, pire: il n'y connaît en fait personne. Le narrateur devenu SDF est à la limite de la survie. Plusieurs rencontres ne parviennent pas à le tirer de sa condition. Il tombe de plus en plus bas. Aspiré par le fond. Pourtant, pour avoir lu le début du roman, on sait qu'il retournera en Suède, auprès d'Ingrid et des filles.
   
   Plus que le récit en boucle, ce qui touche le lecteur est un mélange de drame et d'ironie. Les scènes relatives au travail à l'hôpital psychiatrique, avec ses malades âgés, sont très fortes. Marquantes aussi sont les pages sur la condition des immigrés en Suède, surtout si on les considère en acceptant l'œil cynique du narrateur.
   
   «Dans ce quartier de Rinkeby, parmi les immigrants en provenance du Sac, comme disait Lumumba, un Noir que je connus plus tard, quand je travaillais à l'hôpital, se déroulait une silencieuse guerre mondiale de tous contre tous, excepté les rares Suédois qui y habitaient, qui ne participaient pas à la bagarre parce qu'ils se savaient en territoire étranger. Ils restaient neutres, ne livraient bataille à personne, fidèles à la tradition. Les Finlandais se croyaient presque Suédois et méprisaient le Reste comme disait Lumumba, le Reste comprenant presque tout le monde. (…) Mais personne ne se sentait supérieur aux maîtres de maison avec autant d'enthousiasme que les Latino-Américains.»

   
   La seconde partie, catalane, est moins intéressante; on pourrait même dire plus convenue: toxicos et clochards des arcades de la Plaça Reial, petits boulots, putes au grand cœur, requins camouflés en commerçants. C'est pathétique.
   
   Le roman traite aussi les thèmes de la filiation et de la paternité. Le narrateur ne veut pas qu'Ingrid aille au terme de sa grossesse. Il ne se voit pas devenir père. Il faut dire qu'il refuse le père qu'il a. Ayant dû quitter l'Uruguay en raison semble-t-il d'une accusation de trafic de drogue — et non pour les raisons qui ont amené Liscano en Suède — le narrateur entretient des relations médiocres avec ses parents parce qu'ils sont communistes et qu'ils l'ont appelé Vladimir. Son père surtout le hérisse, entêté à ne pas vouloir reconnaître le système soviétique tel qu'il était, ni sa faillite.
   
   Péripétie après péripétie, Ulysse finit par revenir à Ithaque, dans sa patrie. On peut supposer que l'odyssée du narrateur uruguayen se terminera, elle, dans une patrie d'adoption.

critique par Mapero




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