Lecture / Ecriture
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Le testament caché de Sebastian Barry

Sebastian Barry
  Le testament caché
  Un long long chemin
  Du côté de Canaan
  Annie Dunne

Sebastian Barry est un écrivain irlandais né en 1955.

Le testament caché - Sebastian Barry

Sur les chemins de la mémoire
Note :

   Roseanne McNulty avoisine les 100 ans. Elle vit à l’hôpital de Roscommon qui est une institution psychiatrique en passe d’être démolie. Afin de savoir si Roseanne peut être réinsérée dans le monde «ordinaire», le médecin psychiatre Grene mène l’enquête.
   
   Parallèlement, Roseanne a décidé de coucher sur le papier ses mémoires, à l’insu de son médecin: elle cache son testament sous les lattes du plancher de sa chambre. Vers quelles révélations va mener ce patient travail de mémoire à double voix?
   
   Voici un beau roman irlandais que nous offre Sebastian Barry. Il entremêle habilement deux récits, deux histoires de vie unies vers la compréhension du passé de Roseanne, le témoignage de cette dernière sur elle-même, en premier lieu, les carnets du docteur Grene, ensuite, psychiatre en chef à l’hôpital psychiatrique régional de Roscommon.
   
   Dans un style à la fois poétique et mélancolique, l’auteur nous emmène sur les plages du passé de Roseanne qui nous raconte son vécu douloureux, s’attachant à des personnages qui ont marqué sa vie, tels son père, au destin tragique, ou son mari, Tom. Le regard croisé du docteur Grene nous offre des précisions, des compléments: il mène son enquête parallèlement, sans se douter que Roseanne de son côté écrit ses mémoires.
   
   La figure de l’antipathique père Gaunt, un prêtre, est contée dans ce roman, faisant apparaître la dimension nodale de la religion et des mésententes religieuses qui secouent l’Irlande au XXème siècle. Une page de l’histoire de ce pays nous est retracée, notamment à travers la guerre civile et le rôle, en toile de fond, de l’IRA.
   
   Ce roman conte une histoire difficile, douloureuse, qui laisse la part belle aux ressentis, mais l’espoir transparaît au final, dans un rebondissement que je n’avais pas pressenti, un rebondissement habile: la vie qui, jusqu’ici, paraît dénuée de sens retrouve une cohérence: des sentinelles ont veillé sur le destin de Roseanne.
   
   Le thème de la vie et de la mort apparaît en filigrane:
   « Ma vie est comme une plume sur le dos de ma main,
   Attendant le vent de la mort » (p. 220)

   
   Derrière cette phrase assez résignée, se cache malgré tout un espoir, la recherche d’un sens.
   
   Des réflexions sur la mémoire parsèment également le récit de Roseanne ou du docteur Grene:« Si j’accorde foi à certains souvenirs, ils me serviront peut-être de pierres de gué et je traverserai le torrent des «jours anciens» sans m’y enfoncer complètement. On dit que les vieux conservent au moins leurs souvenirs. Je ne suis pas vraiment certaine que ce soit toujours une bonne chose. J’essaie d’être fidèle à ce que j’ai dans la tête. J’espère que ces souvenirs essaient aussi de m’être fidèles.» (p. 224).
   
   Un roman parfois un peu lent, comportant quelques longueurs, à la croisée des souvenirs, sur les chemins de la mémoire qui éclaire et donne sens au présent.
   ↓

critique par Seraphita




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Trouble
Note :

   "Voyez-vous, contre moi aussi on a prononcé la peine de mort."
   
   L'établissement psychiatrique dans lequel Roseanne Mc Nulty a été internée durant soixante ans va être détruit. Le docteur Grene doit évaluer sa patiente, pour voir si elle est apte à réintégrer la société dont on l'a exclue quand elle avait quarante ans. Le psychiatre n'est pas dupe, il sait pertinemment que certains de ses malades ont été "internés pour des raisons sociales plus que médicales." Pourtant, il ne sera pas au bout de ses surprises quand il se mettra en tête d'élucider les raisons de l'internement de Roseanne. Quant à cette dernière, si elle se montre réticente face aux questions du psychiatre, elle rédige avec un mélange de fièvre et de sérénité le récit de sa vie, constituant ainsi son "Testament caché".
   
   C'est tout un pan de l'histoire irlandaise qui se donne à lire ici, une histoire pleine de violence et d'exclusions, histoire dans laquelle s'imbrique inextricablement l'existence de celle qui "devrait être un lieu de pèlerinage et une icône nationale", comme le pense son médecin. Mais plus que cette histoire de relégation ce qui se donne à lire ici est une réflexion sur les écrits et la crédibilité qu'on doit leur accorder.
   
   En effet, s'entrecroisent dans le roman de Sebastian Barry les notes du Dr Grene, qui analyse aussi au passage tous les textes écrits sur Roseanne, en particulier par le Père Gaunt, artisan du malheur de la jeune femme, et le récit de vie de sa patiente. Grene s'interroge non seulement sur l'exactitude des faits rapportés, confrontant les différentes versions d'un même événement, mais aussi sur la sincérité des scripteurs.
   
   Il se dégage de tout cela une impression troublante car le lecteur, au fur et à mesure, doit remettre en question ce à quoi il accordait sa confiance. Ainsi ai-je failli arrêter ma lecture au récit de la tentative de viol, car il s'en dégageait une étrangeté perturbante, étrangeté soulignée bien plus loin dans le récit par le psychiatre.
   
   En outre, le lecteur n'aura pas forcément les réponses à toutes ses questions (mais cela est-il vraiment possible?!) mais, s'il accepte de se laisser dérouter par ce récit il y gagnera au change, tant l'écriture de Sebastian Barry est captivante. Seul bémol, la révélation finale qui établit un équilibre de manière quelque peu artificielle à mon goût.
   
    Un récit riche en péripéties et en personnages troubles.
   
   329 pages troublantes.
    ↓

critique par Cathulu




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Plongée au cœur de l'Irlande
Note :

   "L'acquisition de la liberté s'accomplit toujours dans une atmosphère d'incertitude"
   

   Roseanne McNulty est une des patientes d'un hôpital psychiatrique qui va être contraint de se séparer de certains malades en raison de la construction d'un nouveau bâtiment remplaçant l'ancien, avec un nombre moins important de lits. Elle est âgée de cent ans et a passé plus de la moitié de son existence en HP. Elle y écrit en cachette le récit de sa vie, alors qu'elle était jeune, belle, aimée et fille d'un père gardien de cimetière.
   
   Son psychiatre, le docteur Greene, est chargé d'évaluer son état de santé, dans le but de savoir si elle est apte à quitter l'établissement et à réintégrer la société. Il est très attaché à cette patiente. Au fur à mesure de leurs entretiens et de la lecture de leurs écrits parmi lesquels "Le testament caché" de Roseanne, nous nous retrouvons plongés dans l'histoire de l'Irlande qui interfère avec le passé de cette femme.
   
   J'ai beaucoup aimé ce roman, le portrait des deux personnages principaux mais aussi des personnages secondaires comme le père de Roseanne ou son mari. L'écriture est précise et de qualité, elle nous guide dans les tourments de l'histoire et fait de ce roman une immersion dans la vie et le passé de l'Irlande. Un récit qui prend son temps et nous happe, un roman à la fois psychologique et historique. Un récit de qualité, séduisant et prenant.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Issu d'un peuple qui a beaucoup souffert
Note :

   Internée dans l’hôpital psychiatrique de Roscommon depuis des lustres, Roseanne Mc Nulty, âgée d’un siècle environ, se remémore les événements les plus marquants de sa longue vie, relayée par le psychiatre qui la suit, le docteur Grene. Roseanne note ses souvenirs et ses réflexions sur des feuilles volantes, qu’elle cache soigneusement sous les lattes du parquet de l’antique établissement hospitalier, tandis que le docteur Grene compile ses observations dans des carnets.
   
   L’alternance des notations des deux figures de cette étrange narration fait découvrir au lecteur une longue période de l’histoire de l’Irlande, parmi les plus troublées, à l’époque de la Première Guerre Mondiale et de la rébellion contre les autorités britanniques, par petites touches, selon les événements périphériques vécus par les deux protagonistes. Peu à peu, Roseanne expose les épisodes tantôt joyeux, tantôt tragiques de son existence, faisant ressentir sa gaieté de jeune fille et l’amour qu’elle porta à son fiancé, devenu son mari, puis la tristesse des combats de la guerre contre la puissance coloniale, accentuée par la guerre civile qui opposa les clans antagonistes des Irlandais entre eux, sans oublier les turpitudes que lui fit subir un prêtre aux motivations sadiques sous couvert de religion.
   
   Le docteur Grene a une approche plus mesurée, à la recherche de l’origine des causes de l’internement de sa plus ancienne patiente.
   
   Ce récit fait pénétrer le lecteur aussi bien dans les paysages de l’Irlande sauvage, de ses villes, en particulier Sligo, que dans l’intimité de certaines familles et dans les luttes meurtrières qui marquèrent cette dure période de la formation de la nation en quête de dignité et d’indépendance.
   
   Si progressivement le récit conduit le lecteur vers son terme apaisé, il demeure en son cœur un long cri de révolte et de désespoir, propre aux peuples qui ont connu le malheur de la colonisation, de la guerre civile et des massacres qui les accompagnent inévitablement.

critique par Jean Prévost




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