Lecture / Ecriture
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Père des Mensonges de Brian Evenson

Brian Evenson
  Père des Mensonges
  Alien : No exit

Père des Mensonges - Brian Evenson

Au Nom du Père
Note :

    Voilà un livre qui a fait couler beaucoup d'encre dans la blogosphère et qui a en général beaucoup plu, malgré un sujet assez dérangeant.
   
   A la demande de sa femme, l'homme d'Eglise Fochs se rend chez un psychiatre afin de lui parler de ses nuits troublées par des crises de somnambulisme, des accès de violence et des paroles obscènes prononcées d'une voix qui n'est pas la sienne. Il en vient à évoquer ses rêves pédophiles et sadiques, dont les victimes sont les membres de sa congrégation. Déjà malsain en soi, ce cas pose rapidement un problème de conscience au médecin qui fait le lien entre un meurtre qui a eu lieu et les déclarations croustillantes faites par le doyen Fochs. Il se heurtera ensuite à la solidarité de l'Eglise vis-à-vis de leur membre, la confrérie se préoccupant davantage de sa propre réputation que de questions de justice et de morale. Ce tableau franchement nauséabond de l'Eglise, cette dénonciation du pouvoir que la religion corrompue peut avoir sur les fidèles, cette démonstration extrême des excès que peut engendrer le fanatisme et l'amour du pouvoir forment le fond de toile de ce roman.
   
   Mais ce qui rend le récit si intéressant tient surtout à la complexité du personnage principal, dont on ne tarde pas à deviner qu'il est atteint de troubles de la personnalité, peut-être de schizophrénie. Se met ainsi en place un jeu subtil entre le psychiatre, le lecteur et l'homme d'Eglise. Les formats divers, les changements de narrateur facilitent la manipulation et font de "Père des Mensonges" un roman fascinant qu'on a bien du mal à refermer. L'impossible côtoie la réalité, les fantasmes éclairant des faits divers sordides, des situations surréalistes se produisant sans que l'on sache exactement si elles sont les inventions d'un esprit malade ou sa version d'une autre réalité. Fochs est ainsi suivi par deux hommes en noir qui, malgré leur comportement violent, représentent en quelque sorte la bonne conscience, mais aussi par un homme écorché qui évoque l'inverse. Avec un petit côté christique, l'écorché vient à son secours à chaque mauvaise action, après avoir joué les tentateurs. C'est au final davantage au Malin qu'il fait penser, exigeant au final le corps de Fochs et de sa fille en échange de son aide. Le doyen finit par projeter ses fantasmes sur ce personnage imaginé qui prend de plus en plus ancrage dans la réalité, jusqu'au point de non retour.
   
   L'ambiance est assez oppressante grâce à un schéma narratif qui fait facilement ressortir la folie du personnage et des faits de plus en plus glauques. L'intérêt du livre tient également à la réaction de la famille du doyen, y compris la femme qui finit par se rendre compte de la monstruosité de son époux. La fin est peut-être le petit bémol: rapide, elle semble moyennement. En revanche, elle réussit finalement à désarçonner une fois de plus le lecteur, avec une conclusion profondément amorale et choquante qui peut peut-être se voir comme une dénonciation des pratiques de certains groupuscules (religieux ou non), lorsqu'elles sont poussées à l'extrême.
   
   Un roman passionnant, moins éprouvant à lire qu'il n'y paraît et au final, une lecture qui fait réfléchir. A ne pas laisser passer.
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critique par Lou




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Tu ne mentiras point
Note :

   Eldon Fochs, doyen de la Corporation du Sang de l'Agneau, est perturbé par des rêves extrêmement violents, mettant en scène des viols d'enfants. Sa femme, inquiète, lui demande de consulter un psychothérapeute, Feshtig. Lorsqu'une adolescente est violée et assassinée, Feshtig soupçonne Fochs d'être passé à l'acte...
    
   "Père des mensonges", roman dense et parfaitement construit, dans lequel alternent les points de vue de Feshtig et de Fochs, entrecoupés des lettres échangées par le clergé qui considère qu'il n'y a pas d'affaire avant de l'étouffer, se lit comme un thriller, chers happy few. Ce roman s'ouvre sur le dossier de Feshtig, qui raconte les séances d'analyse de Fochs avant de conclure qu'il craint bien de s'être laissé embobiner par ce dernier. Dès lors, le récit n'aura de cesse de montrer comment Fochs, pervers et assassin, est aussi un manipulateur de première, parfaitement servi par le système de l'Eglise dans laquelle il officie. Dans cette petite communauté américaine il est impensable pour ses membres que les hommes d'Église puissent être autre chose que de saints hommes. Secte fondée sur une forte différenciation des genres (les femmes restent à la maison, les hommes prennent toutes les décisions), les Sanguistes ne reculeront devant rien pour étouffer l'affaire, maniant à l'envi l'intimidation, le mensonge et la violence. La mécanique du tueur, qui passe à l'acte parce que ses fonctions le lui permettent et se retrouve pris dans une spirale de violence et de perversion qui le réjouit profondément, est parfaitement reconstituée, de même que l'abjecte hypocrisie de son Eglise. Si l'analyse psychologique est implacable et le dénouement parfaitement crédible, il manque un je ne sais quoi à ce roman pour le rendre excellent. Très bon, donc.
   
    
   Titre original: Father of lies, 1998 pour la parution en VO
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critique par Fashion Victim




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Ni regrets, ni remords
Note :

   "L'âme est ductile et va et vient."
   
   Simples rêves perturbants ou fantasmes mis en actes? le doute n'est bientôt plus permis pour le psychanalyste Alexandre Feshtig: le respectable homme d'Eglise Eldon Fochs, en plus d'être un pédophile, est un assassin. Va alors se mettre en marche la formidable machinerie des autorités religieuses de cette communauté de "sanguistes" pour étouffer à tout prix le scandale.
   
   "Père des mensonges" est un roman extrêmement troublant qui happe son lecteur et ne le lâche plus. Brian Evenson refuse de jouer bien longtemps sur le suspense mais pour autant son roman, une plongée à mains nues dans l'âme pervertie de cet homme raide qui abuse de son autorité morale et religieuse, donne le frisson.
   
   La casuistique dont use Fochs pour justifier et surtout excuser ses actes monstrueux, la manière dont il manipule ses victimes, la façon dont il escamote à la fois l'acte criminel et la souffrance engendrée, tout ceci est rendu avec une hallucinante vérité.
   
   Seule bouffée d'espoir, les lettres du thérapeute qui s'efforce de résister aux pressions de sa direction et de préserver un semblant de probité. Une attitude suffisamment rare pour être soulignée...
   
   324 pages éprouvantes et nécessaires.

critique par Cathulu




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