Lecture / Ecriture
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La mort des bois de Brigitte Aubert

Brigitte Aubert
  Scènes de crime
  Eloge de la phobie
  La danse des illusions
  Une âme de trop
  La mort des bois
  La Mort des neiges
  Le Souffle de l'ogre
  Reflets de sang
  Freaky Fridays
  La ville des serpents d’eau

Brigitte Aubert est un auteur français de romans policiers, née en 1956.

La mort des bois - Brigitte Aubert

Peu crédible mais divertissant
Note :

   Elise est une jeune adulte devenue handicapée suite à un attentat à Belfast dans lequel elle s’est retrouvée piégée avec son ami Benoît qui, lui, est décédé. Elle est tétraplégique, aveugle et muette. Mais elle entend et peut lever un index, ce qui va lui être d’une grande utilité pour la suite. C’est ainsi qu’un jour, elle est abordée par une petite fille de 7 ans, Virginie, qui lui parle, dans un langage énigmatique, de la «Mort des Bois» qui s’est déjà emparée de son frère Renaud et qui vient tout juste de faire une nouvelle victime. S’agit-il d’une mythomanie enfantine? Ou bien Virginie dit-elle la vérité? Peu de temps après, on découvre le cadavre atrocement mutilé d’un petit garçon. Comment mener l’enquête quand on a si peu de sens et de mobilité à sa disposition? Voici le deuxième thriller de Brigitte Aubert que je lis après «Une âme de trop» qui fut un vrai coup de cœur. «La mort des bois» a obtenu le Grand prix de littérature policière en 1997. Au départ, j’ai été très emballée par le pari fou de l’auteur: nous livrer l’enquête d’une jeune adulte handicapée, privée de mobilité, sauf celle d’un index, privée de la vision et de la parole. L’histoire allait-elle se révéler captivante malgré tout? Au début, je trouve que le pari est réussi: la narratrice est incarnée par Elise. Le lecteur suit toutes ses pensées les plus intimes, les plus secrètes, celles qui concernent son quotidien, marqué par l’appui constant de sa gardienne dévouée, Yvette, celles ayant trait à son vécu douloureux du handicap, de ce qu’elle peut, mais surtout de ce qu’elle ne peut plus faire depuis son accident; puis arrivent progressivement les raisonnements, ponctués de beaucoup de résumés (salvateurs pour le lecteur tant les événements s’enchaînent, complexifiant l’intrigue), concernant l’enquête, les déductions de notre infatigable Elise. Mais au milieu du thriller, mon intérêt s’est amoindri: il m’a semblé que la situation devenait de moins en moins crédible: Elise devient vite la confidente de tous les protagonistes du roman, alors même qu’elle ne peut pas parler, elle ne peut pas interagir avec ses interlocuteurs, hormis en levant son index. A la fin, au moment du dénouement, les événements sont encore moins plausibles, même si on se laisse entraîner par le scénario habilement tissé par l’auteur. Le suspens monte crescendo, l’étau se resserre autour d’Elise. Je me suis souvent prise à avoir peur pour elle, sachant qu’elle ne pouvait ni bouger ni se défendre. Brigitte Aubert prend un malin plaisir à jouer avec nos nerfs en nous donnant à voir tous les états d’âme d’Elise, y compris dans les pires moments. Je voudrais parler du style de l’auteur, un style qui m’avait déconcertée dans «Une âme de trop»: là encore, j’ai été assez décontenancée par sa plume: on peut souligner tout d’abord l’humour noir qui teinte le roman et la tendance à l’autodérision de la narratrice, qui commente, comme une voix off tous les dialogues auxquels elle assiste, se moquant souvent d’elle-même et de son handicap, enrageant contre une mobilité réduite et des sens perdus. Le ton semble assez désinvolte comme dans «Une âme de trop», mais le sujet reste tragique. Les ressorts menant vers la compréhension de la vérité sont complexes. Les rebondissements, une des spécialités de Brigitte Aubert, sont multiples et maintiennent l’intérêt du lecteur. Les cadavres se succèdent, avec parfois des détails atroces, qui sont rapportés à Elise. L’auteur aime les ambiances glauques. Un livre effrayant, dont on peut reprocher le côté peu crédible, mais qui s’avère au final divertissant.
    ↓

critique par Seraphita




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Elise, ma sœur, n’entends –tu rien venir?
Note :

   Premier volume des "aventures d'Elise Andrioli", jeune femme devenue tétraplégique, aveugle et muette suite à un attentat en Irlande du Nord, "la Mort des bois" reprend les thèmes chers à Brigitte Aubert: mutilations, prélèvements d''organes, charcutages divers... Dans cet ouvrage, une petite fille confie à Elise (qui heureusement n'est pas sourde!) des meurtres d''enfants que commet "la Mort des bois" dans la région. Tout le suspens naît de l'impossibilité où est le personnage de communiquer aux autres, de voir les masques dont ils se parent et bien sûr de se défendre contre toute agression. Son humour inoxydable,
   ("J'arrête enfin de pleurer et je renifle copieusement. Yvette me mouche et remouche, j'use bien trois kleenex. Et pendant ce temps-là, l'assassin court toujours.") (166)
   et son énergie vitale,
   ("Même si la vie est moche, triste, cruelle et injuste, je préfère la vivre.") (169)
   s'intercalent agréablement pour relancer la machine de ce polar de faux-semblants. Pourtant, dans l'attentat qui lui coûta sa mobilité, sa vue et sa voix, Elise aurait tous les prétextes au découragement et à l'apitoiement, et c'est pour ça qu'elle reste assez lucide devant le malheur des autres:
   "Ça a été dur pour moi, quand j'ai compris ma situation, de ne pas pouvoir crier, hurler, pleurer, me griffer les joues, m'arracher les cheveux ou taper dans les meubles, dur de ne pas pouvoir m'épuiser, me saouler de tristesse, dur d'être seule, enfermée là-dedans avec un cerveau qui aligne inexorablement des pensées, des images, des mots et qui ne s'arrête jamais." (145)

   
    Tout n'est qu'apparence, tout ce qu'elle entend, tout ce qu'on lui confie -pratique car elle ne peut le répéter- met en route ce cerveau intact qui tourne à plein régime, tel un Holmes dans le noir. De plus chaque émotion, agression de l'assassin pervers, qui rôde dans son entourage, qui sait qu'elle est au courant, provoque chez Elise, un progrès dans sa mobilité. L'index bouge puis la main toute entière, la communication devient alors possible, mais comment dire qu'elle pourrait écrire?
   "En tout cas, comme thérapeutique, la terreur, c'est efficace! Si à chaque tentative de meurtre je récupère l'usage d'un membre, je vais demander qu'on me balade la nuit dans les coins malfamés." (179)
   
    Elise, dans son handicap, allégorise assez bien le polar où un indice (mot proche d’index) implique toute une série d'évènements possibles, communicables par l'écriture qu’Elise désire tant, ultime moyen de tout dévoiler. La main qui bouge n'est-elle pas déjà un large panel d'indices sur lesquels le lecteur doit compter. Ainsi les "films" qu'elle se fait dans sa tête - elle était auparavant gérante de cinéma - constituent à eux seuls un "roman dans le roman" commenté en direct par son auteure qui imagine les ramifications possibles entre les personnages. Cela va du délire pur et simple jusqu'à la démonstration solide. Comme une aveugle, une enquête procède aussi par tâtonnements.
   
    Plus discutable, à mon sens, est la démonstration finale d'un personnage "qui explique tout", un peu comme dans Agatha Christie, car la narration prend quelques pages un peu pénibles à lire même s''il se sent informé, le lecteur bâille un peu.
   
    Mais c'est le seul écueil, à mon avis de ce roman d'une grande maîtrise dans lequel on s'attache beaucoup au personnage principal tant son énergie est communicative, justement. On la retrouve par la suite dans "La Mort des neiges".

critique par Mouton Noir




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