Lecture / Ecriture
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La Mort des neiges de Brigitte Aubert

Brigitte Aubert
  Scènes de crime
  Eloge de la phobie
  La danse des illusions
  Une âme de trop
  La mort des bois
  La Mort des neiges
  Le Souffle de l'ogre
  Reflets de sang
  Freaky Fridays
  La ville des serpents d’eau

Brigitte Aubert est un auteur français de romans policiers, née en 1956.

La Mort des neiges - Brigitte Aubert

Elise chez les fous
Note :

    Elise est muette, aveugle et handicapée. Rendue célèbre pour avoir éclairci l'énigme de la "Mort des bois", elle part à Castaing à la montagne, invitée par son oncle, se refaire une santé avec Yvette, sa dame de compagnie. Cependant un mystérieux personnage qui signe ses messages "D. Vore" semble suivre Elise pas à pas. On dirait que la notoriété d'Elise joue plus en sa défaveur d'autant que les messages sont transmis par une certaine "B*A*", initiales de l'auteure. A Castaing, Elise et Yvette font la connaissance de Francine Achtouel qui dirige un centre de loisirs pour handicapés de toutes sortes depuis le trisomique jusqu'au génie qui a perdu le langage. Or dans cette paisible station, des meurtres particulièrement atroces se déroulent et Elise est sans cesse menacée par Vore. Francine Atchouel héberge donc les deux dames mais ce n'est que le début d’une longue saison en enfer pour Elise dont le cerveau et l'imagination fonctionnent à plein régime.
   
    Bien sûr les différents handicaps du personnage principal sont l'originalité de ce roman, deuxième tome des aventures de Elise Andrioli, personnage positif malgré tout, elle s'accroche à ce qui lui reste de sensations et à sa vie avec un humour décapant qu'on retrouve chez l'auteure elle-même qui n'hésite pas à se mettre en scène et à s'auto-parodier:
   "Je ne suis que le scribe de la folie des hommes! Lui a renvoyé B*A* avec ce ton patelin qui caractérise les auteurs de polars." (290)
   
   Cet "Elise chez les fous" rend compte aussi de la folie elle-même et établit nettement le constat qu'il peut y avoir entre l'innocent et la folie meurtrière au nom de l'art ou de la science dans laquelle les déments possèdent une logique qui fait froid dans le dos. C'est ainsi que le roman est bâti aussi, sur cette évolution des personnages qui permet une fois encore de s'interroger sur ce qu'est la "normalité". On s'interroge alors avec distance sur la construction d'un roman policier, et l'intervention de l'auteure n'est en ce sens pas innocente car ce sont bien les personnages eux-mêmes qui "agissent" sous l'impulsion d'un auteur qui leur donne cette "vie de papier". Elise a bien conscience de n'être qu'un personnage de papier, ballotté au gré de la structure littéraire comme une marionnette et le fait remarquer à plusieurs reprises. Seules ses pensées, ses réflexions semblent dignes d'intérêt et ses notes griffonnées dans l'urgence ressemblent autant aux notes que peuvent prendre les auteurs lorsqu'une idée leur vient. Gamberge et écriture seraient les deux thèmes que je retiendrais de ce polar qui, je l'avoue, m'a bien donné le frisson. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti ce léger malaise à la fin d'un polar, avec cette idée fixe qui fait son chemin dans l'esprit : "Et si c'était vrai?" ou "Est-ce que ça pourrait arriver?"; questions dues à mon penchant pour le "vraisemblable" sans doute. En tout cas Brigitte Aubert sait faire peur et c'est bien ce qu'on attend d'elle. Peut-être faut-il conseiller de commencer par "la Mort des bois" au lieu de lire à l'envers comme je l'ai fait.

critique par Mouton Noir




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