Lecture / Ecriture
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Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey

Julia Strachey
  Drôle de temps pour un mariage

Drôle de temps pour un mariage - Julia Strachey

Une fraîcheur acide
Note :

   Tout va très vite dans "Drôle de temps pour un mariage" : Un mois de fiançailles entre "Dolly, âgée de vingt-trois ans, à l'honorable Owen Bigham. Il avait huit ans de plus qu'elle et appartenait au corps diplomatique.", une centaine de pages pour nous raconter la journée du 5 mars, et rendre compte, en scènes télescopées, des réactions des uns et des autres dans cette maison de campagne anglaise en ce jour où les demoiselles d'honneur frissonnent dans leurs robes jaunes, avant le départ des jeunes mariés pour l'Amérique du Sud.
   
   Vieille tante, cousins, domestiques, tout ce petit monde s'agite, se chamaille, mais la comédie prend une tonalité grinçante avec l'apparition de celui qui n'osa se déclarer l'été dernier.
   
   Ce pourrait être mélo, c'est follement acidulé, très anglais, avec son lot d'excentricités, ses cadeaux horribles, une mariée qui se saôule au rhum -mais sans perdre sa dignité- et veut emmener sa tortue en voyage!
   
   On arrive, un peu étourdi à la fin du roman, mais pleinement satisfait d'avoir découvert une petite merveille qui fut publiée pour la première fois en 1932 par Virginia Woolf et son mari, et a conservé toute sa fraîcheur acide.
   
   Un livre qui a filé directement sur l'étagère des Indispensables!
   
   Il n'y a que les anglaises pour écrire comme ça!
   
   
   PS: N'étaient ses superbes descriptions de fleurs, ce pourrait être une magnifique pièce de théâtre, drôle et enlevée (un peu comme "Le Bal" d'Irène Némirovsky, roman qui a ensuite été adapté au théâtre).
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critique par Cathulu




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Mamma mia !
Note :

    Une amie m'a offert "Drôle de temps pour un mariage" de Julia Strachey, petit bijou de la littérature anglaise que je recommande à tous ceux qui passent par ici et aiment les auteurs ayant fréquenté le cercle de Bloomsbury. Et comme vous vous en doutez, j'ai été ravie d'être conviée à ce mariage aux accents très British!
   
   Ce récit à huis-clos tout en retenue aborde de manière originale la question du mariage. Si celui-ci semble a priori le sujet principal, il est finalement éclipsé par tous les éléments extérieurs à l'événement qui se déroulent pendant la journée; la relation entre les mariés, leur personnalité et la cérémonie elle-même ne sont même pas évoqués. Au contraire, le narrateur se penche sur les invités les plus étrangers à la cérémonie et ne lésine pas sur les détails, tels que le déroulement du goûter, les disputes entre deux cousins au sujet d'une histoire de chaussettes, la description de plusieurs tantes, un objet et une lettre retrouvés sans rapport avec le mariage ou encore le passage des domestiques qui ponctue subrepticement le récit.
   
   On comprend ainsi que ce n'est pas tant ce mariage qui est important que la relation entre deux autres personnages et, à travers eux, une autre vision de la vie. Au final, ce mariage est en quelque sorte une supercherie, d'où le titre qui porte davantage sur le "drôle de temps". Voilà une brève incursion dans un monde qui s'attache aux petits gestes du quotidien et à leur banalité, alors qu'un mariage est par essence extraordinaire. Une approche originale qui m'a beaucoup séduite!
   
   Enfin l'histoire s'achève sur une révélation surprenante dont on ne saura jamais si elle s'avérait exacte ou non, les portes de la maison se refermant sur ses secrets à la fin de la journée.
   
   Comme toute Anglaise qui se respecte, Julia Strachey ponctue son roman de petites touches d'humour. Elle sait également décrire l'insiginifiant avec sensibilité, faisant penser à "Mrs Dalloway" et à l'oeuvre d'Edith Wharton (le livre fut d'ailleurs publié par les Woolf). Un beau récit poétique, dont la force vient essentiellement de la perspective choisie. L'intérêt du récit tient au paradoxe entre la situation évoquée et son traitement décalé, avec un sujet hors de son histoire et, en quelque sorte, un héros absent. Une belle lecture et un livre tout en finesse qui se déguste - lorsqu'on parvient à ne pas le dévorer.
   Un beau moment passé dans une maison anglaise!
   
   
   PS : Au passage, l'oncle de Julia Strachey n'était autre que Lytton Strachey .

critique par Lou




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