Lecture / Ecriture
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Une enfance australienne de Sonya Hartnett

Sonya Hartnett
  Une enfance australienne
  Finnigan et moi
  L'enfant du jeudi

Sonya Hartnett est une écrivaine australienne née en 1968.

Une enfance australienne - Sonya Hartnett

La couleur grise de l'enfance
Note :

   Adrian est un jeune garçon de neuf ans, il pourrait être un garçon comme les autres puisqu'il vit dans une petite ville, qu'il aime les glaces, qu'il aime dessiner en rêvant d'avoir enfin un chien. Seulement, Adrian n'est pas comme les autres car sa vie est loin d'être celle d'un petit garçon ordinaire: Adrian vit chez sa grand-mère maternelle, aux côtés d'un oncle, Rory, cloîtré dans sa chambre et sa solitude depuis son accident de voiture, un bolide qui termina sa course contre un arbre, emportant dans les limbes son meilleur ami. Depuis, Rory erre comme une âme en peine, tourmentée par un passé qui ne peut s'oublier, Rory, ombre un tantinet menaçante, ombre dérangeante à l'humour grinçant pour l'oreille d'un petit garçon de neuf ans, solitaire et engoncé dans la peur de sa grand-mère.
   
    Adrian tente d'oublier l'absence d'ami, l'absence d'une mère et d'un père, dans le train-train qui rythme son quotidien gris et sans rires, ce quotidien où la peur d'être seul et d'atterrir dans un foyer pour enfants abandonnés scande ses angoisses irrationnelles. D'ailleurs, ce dernier est ébranlé par l'arrivée d'une étrange famille: un homme et trois enfants, deux filles et un garçonnet... détail troublant car une affaire de disparition d'enfants est au coeur de l'actualité du pays. Trois jeunes enfants, deux filles et un garçonnet, ont disparu après avoir été acheté des glaces, des témoins ont vu un homme les suivre... et si ce nouveau voisin était l'homme en question? Pourquoi les volets de sa maison sont-ils toujours fermés? Cache-t-il un sombre secret? D'autant que Nicole, l'aînée qui a le même âge que lui, cultive à plaisir l'ambiguïté depuis qu'ils ont fait connaissance. Nicole à la langue bien pendue, Nicole qui semble à l'aise et nullement gênée d'être sans amis, Nicole qui intrigue Adrian, qui le titille sans cesse pour le faire sortir de sa réserve. Entre les sarcasmes de Nicole et la suffisance de Clinton, son seul ami à l'école, Adrian est loin d'avoir confiance en lui, et le climat délétère de la ville, en raison du traumatisme dû à la disparition de trois enfants, est loin de le rassurer.
   
   Dans "Une enfance australienne", Sonya Hartnett entraîne son lecteur dans un monde inhabituel de l'enfance: l'atmosphère est pesante, grise, parfois très glauque, l'insouciance enfantine est absente tandis que les peurs et les angoisses de l'abandon, de la perte, du deuil et de la solitude suintent à chaque mot, chaque phrase. La hantise de l'abandon, tant illustrée dans le conte "Le Petit Poucet", ronge l'âme d'Adrian sans qu'il y ait qui que ce soit capable de le rassurer, de lui montrer qu'il est aimé, car il est aimé par sa grand-mère même si elle est incapable de le lui dire tant par les mots que par les gestes. Le monde adulte apparaît impuissant à calmer cette part sombre que recèle celui de l'enfance et semble inapte à permettre à Adrian de grandir en apprivoisant ces peurs pour lui permettre d'accéder à cette estime de soi essentielle à la construction intime de chaque être humain. L'adulte est tout sauf une personne rassurante, aimante et protectrice: il est démuni et fragile alors que l'enfance a besoin de force supérieure et de sûreté pour entrer, sereine, dans le monde adulte.
   
   Le lecteur est loin de l'atmosphère sucrée et légère des souvenirs d'enfance, il est pris dans le tourbillon sombre des questionnements existentiels d'un enfant perdu dans la forêt de sa solitude sans la présence rassurante des petits cailloux blancs de l'amour parental. Une lecture qui ébranle, qui étreint le coeur jusqu'au dénouement final, loin d'être rassurant. "Une enfance australienne" est un roman, certes qui dérange, écrit tout en sensibilité et subtilité, parcourant les gammes des contes traditionnels pour en sortir un reflet moderne des angoisses intrinsèques à l'enfance.
   
   Une lecture éprouvante mais d'une sombre beauté.
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critique par Chatperlipopette




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Plein de larmes...
Note :

   "Adrian est un enfant pour qui la vie peut s'effondrer à la moindre occasion. Une seule petite difficulté suffit à le briser. Devant la fenêtre, il se laisse envelopper par l'inquiétude; la marée des soucis lui soulève le cœur. Ses yeux gris s'humectent. Ses angoisses semblent vouloir s'infiltrer. Il n'a que neuf ans, mais le monde tente déjà de le submerger. Il ne sait pas comment il survivra quand il sera grand, quand ses angoisses auront crû avec les années, quand elles auront fleuri, quand elles se seront multipliées."
   
   L'extrait ci-des sus donne une juste idée de l'atmosphère de ce roman. Tout au long de l'histoire j'ai eu l'impression de suivre un enfant à bout de forces, épuisé psychologiquement, en équilibre précaire sur un fil prêt à se rompre.
   
   Rien n'est vraiment précisé, mais nous comprenons qu'il a été retiré à sa mère, incapable de s'occuper de lui, abandonné par son père qui ne veut pas s'encombrer d'un enfant, et recueilli à contre-cœur par sa grand-mère qui s'estime trop âgée pour le prendre en charge. Il y a aussi Rory, son jeune oncle qui vit cloîtré dans la maison depuis qu'il a eu un grave accident.
   
   Le roman commence avec la disparition de trois enfants, deux filles et un garçon. Cette disparition instaure un climat d'inquiétude qui planera jusqu'au bout. Parallèlement, une famille s'installe dans la maison en face de chez Adrian, avec trois enfants également. Qui est cette famille? Pourquoi la mère ne se montre-t-elle jamais?
   
   Sur cette trame, nous voyons Adrian empêtré dans le quotidien, où personne ne le rassure vraiment, et surtout pas la fréquentation de l'école où "la jument" une petite fille différente provoque des incidents de plus en plus dérangeants.
   
   Adrian est terrifié à l'idée d'être rejeté par les deux seuls amis qu'il a pu se faire, Clinton et Nicole, la fille aînée des voisins. L'obsession d'être accepté et de ne pas se retrouver dans une solitude totale le mènera à des décisions désastreuses. Dans un climat éprouvant, nous sentons monter une catastrophe, sans savoir de quel côté elle va venir.
   
   J'ai été captivée par cette lecture, d'une subtilité et d'une sensibilité très fortes. J'ai oublié que j'avais affaire à un personnage de roman tellement Adrian a pris de réalité au fil des pages. La confusion qui peut s'installer dans la tête d'un petit bonhomme qui ne demande qu'à aimer les autres, tous les autres, et qui n'est ni regardé, ni vu, est terrible. Seul Rory, l'oncle en rupture de société, tente quelquefois de le comprendre, sans beaucoup de persévérance. La grand-mère n'est pas indifférente, elle tient à lui, mais ne laisse passer que de la dureté. 
   "Adrien a l'impression de vivre dans un bocal en verre, incapable de toucher les choses. Les choses, les personnes évoluent dans un monde qu'il n'arrive pas à saisir. Il n'en voit que des bribes. Des résidus. Il reste à la surface des évènements. Il se demande si, quand il sera grand, il saisira mieux le sens de la vie, où s'il est condamné à vivre pour toujours l'existence de quelqu'un qui doit lutter pour saisir la réalité".

   
   Les dernières pages sont magistrales. L'issue de cette histoire est inéluctable, l'auteure a su l'amener avec une maîtrise et une finesse confondantes.
   Un livre que je referme en pensant à la phrase d'Henri Calet "ne me secouez-pas, je suis plein de larmes".
    ↓

critique par Aifelle




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Désespérance
Note :

   "Une enfance australienne" de Sonya Hartnett est un beau roman plein d'émotions mais l'on referme ce livre, le cœur serré.
   
   Le récit débute, dans une petite ville d'Australie, par la disparition de trois enfants, enlevés, pense-t-on, par un individu suspect que l'on a aperçu rôdant autour d'eux. C'est dans le quartier où vit Adrian. Comme il est triste et chaotique parfois le chemin de l'enfance lorsqu'on est un enfant rejeté. Adrian (9 ans) pourrait être un petit garçon comme les autres mais voilà, il a une mère irresponsable qui a été déchue de ses droits et un père qui n'entend pas gâcher sa vie en élevant un fils qu'il ne supporte pas. Alors Adrian est confié à sa grand mère qui l'aime, peut-être, à sa manière rude et sévère mais sans savoir le lui dire. Adrian est solitaire mais il va se lier d'amitié avec Nicole, l'aînée de ses petits voisins qui est une fille sensible et torturée. Un jour Adrian entend une conversation sur lui entre son oncle, sa tante et sa grand mère. Il décide de s'enfuir...
   
   Le récit est raconté au présent de l'indicatif, dans un style simple et sobre qui semble souvent épouser le point de vue de l'enfant et sa naïveté. Pourtant ce qu'il voit est souvent terrible et une société impitoyable est ainsi dévoilée à travers ce regard enfantin. L'histoire des enfants disparus hantent tous les esprits et fait peser une menace sur les autres. J'ai pensé, en le lisant, au conte de Grimm, "le Joueur de flûte d'Hamelin", à l'histoire de cet homme qui entraîne vers la mort tous les enfants d'une ville. Un conte cruel.
   
   Et puis il y a les riches et les pauvres et c'est de ce côté que se situe Adrian avec ses vêtements trop grands pour qu'il puisse les porter longtemps même si c'est disgracieux. Et il y a l'orphelinat et ceux qui y vivent sont bizarres parce qu'ils n'ont pas de parents comme cette grande fille à l'école qui se prend pour une jument et sombre dans la folie.
   
   La folie et la mort : ce sont les thèmes omniprésents du récit : l'oncle du petit garçon n'a plus le courage de vivre depuis qu'il a tué son ami dans un accident de voiture, la voisine s'éteint lentement vaincue par le cancer, les petits disparus sont certainement morts eux aussi. L'enfance est abandonnée, laissée à elle-même, l'amour des parents est une chose peu sûre, précaire, l'amitié aussi. Adrian l'apprendra à ses dépens. Il y a une désespérance qui règne dans tout le roman. La cruauté est partout, des adultes envers les enfants, mais aussi des enfants entre eux. Pourtant l'enfant sait encore rêver, dessine le dessin de ce monstre marin décrit par le journal, rêve d'avoir un chien, se crée un monde magique où une soupière joue un très grand rôle, un monde étrange que Sonya Harnett décrit avec poésie. Un beau roman.
   ↓

critique par Claudialucia




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Une enfance… particulière
Note :

   Pas simple l’enfance d’Adrian. Petit garçon de neuf ans, Adrian est élevé par sa grand-mère, vit avec son oncle, reclus chez la grand-mère, grand-mère qui ne se sent en réalité plus trop la force, pour ne pas dire l’envie, d’élever un petit garçon. Il a encore des souvenirs de sa mère et ne sait pas trop pourquoi il lui a été brutalement enlevé pour atterrir chez la grand-mère – nous, lecteurs, comprenons à demi-mots, Sonya Hartnett fait ce qu’il faut pour, mais Adrian… Adrian a neuf ans, n’est pas en âge de tout comprendre et de toutes façons, on ne lui explique rien. Ça en fait un petit garçon craintif devant l’autorité sans concession de sa grand-mère, un petit garçon débordé par la vie, qui n’a pas d’amis et n’a surtout pas confiance en lui...
   
   Pas ce qui fait le meilleur départ pour la vie, n’est-ce pas? De fait...
   
   Je n’ai pas trop senti à la lecture qu’on était en Australie. Peut-être parce que pour Sonya Hartnett, le fait important est que nous soyons un petit garçon de neuf ans déjà marqué par le sort et que... quelque soit le lieu... En tout cas il ne faut pas lire "une enfance australienne" pour en savoir davantage sur l’Australie!
   
   "On ne peut pas dire qu’Adrian aime ou déteste l’école. Depuis neuf ans, il fait ce que lui disent des personnes plus vieilles que lui. Aller à l’école est sur la liste. C’est inévitable. Se rebeller? Ce serait peine perdue.
   Adrian a fréquenté plusieurs écoles. Celle-là, il y va depuis qu’il habite avec sa grand-mère et son oncle – presque un an. Avant, quand il vivait avec sa maman, il allait dans une école à côté de chez lui et faisait l’aller-retour tout seul ; et quand il vivait avec son père, il prenait le vieux bus scolaire. Désormais, chaque matin, sa grand-mère le conduit en voiture devant le nouvel établissement ; et, chaque après-midi, elle vient le rechercher au même endroit. Elle lui dit souvent qu’il est son  "fil à la patte". Il ne sait pas trop ce qu’elle entend par là. Il a beau regarder, il ne voit pas en quoi il ressemble à un fil."

   
   Sonya Hartnett ne cherche pas à nous raconter une histoire merveilleuse style conte ou "happy end". Elle y va "cash" et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas de concessions!

critique par Tistou




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