Lecture / Ecriture
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L'échappée belle de Anna Gavalda

Anna Gavalda
  Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
  Ensemble, c'est tout
  L'échappée belle
  La vie en mieux

L'échappée belle - Anna Gavalda

Un ton très parisien
Note :

    Garance, une célibataire désorganisée et un peu fantasque, arrive comme toujours en retard au rendez-vous fixé par son frère Simon pour se rendre au mariage du cousin Hubert. Carine, sa belle-sœur lui jette des regards noirs avant même qu’elle ait calé ses deux fesses sur le siège arrière. Ah cette Garance qui vient toujours mettre le souk dans sa petite vie bien organisée, ne peut-elle s’empêcher de penser. Il n’en faut pas moins pour faire jubiler Garance qui entreprend alors de s’épiler les jambes à la crème sur les beaux fauteuils en cuir… Dans le rétroviseur, Simon lance de discrets coups d’œil complices à sa sœur. Lorsqu’ils retrouvent leur grand sœur Lola, jeune divorcée qui fuit les mariages comme la peste, c’est l’élément déclencheur pour tout laisser en plan et partir rejoindre leur frère Vincent qui joue aux guides dans un château à deux heures de route.
   
    Le ton est donné et Anna Gavalda nous embarque sur un rythme très enlevé dans cette échappée belle ou ces quelques heures que la fratrie va voler pour retrouver des miettes de son enfance.
   
   Le rythme est bien maintenu du début à la fin, les répliques sont assez mordantes et le ton très parisien mais on ne peut s’empêcher de sourire devant quelques phrases bien senties sur les ploucs… Le sujet est attirant et intéressant, la fratrie, leur complicité, ce lien indéfectible qui les réunit et qui fait leur force, leurs failles aussi, dues à leur éducation mais sûrement plus à leurs personnalités. Cependant on reste un peu trop en surface pour que l’histoire devienne réellement touchante et les personnages sont un peu trop stéréotypés pour qu’on s’y attache tout à fait. Une bonne lecture toutefois mais à réserver pour un trajet ou une plage.
    ↓

critique par La Dame




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L’exploration des liens fraternels
Note :

   En route pour un mariage qui s’annonce des plus ennuyeux, Garance et Simon, qui sont frère et sœur, sont horripilés par le comportement de Nathalie, l’épouse de Simon. Lola, leur sœur, les rejoint en chemin. Bien décidés à rompre avec un quotidien morose, ils décident de laisser là Nathalie et de partir rejoindre leur frère Vincent. Dernières bouffées d’enfance…
   
   Voici un très court roman écrit au départ par Anna Gavalda pour les lecteurs de France Loisirs. J’ai lu la version écrite pour France Loisirs.
   
   Le ton est donné d’emblée: il s’agit d’un roman léger qui explore les liens fraternels avec subtilité. Nos quatre frères et sœurs sont unis par les liens du souvenir et un brin de nostalgie flotte sur leurs relations. Cette «échappée belle» est conçue comme une dernière étape de l’enfance des protagonistes. L’occasion de boucler une histoire pour écrire une nouvelle page d’existence sur des bases encore plus solides.
   
   J’ai bien aimé toute la phase du début, lorsque Garance, la narratrice, Simon, son frère, et Nathalie, sa belle-sœur sont en chemin pour le mariage sur l’autoroute A10. Le huis clos est grinçant, Garance dépeint sans complexe la psychologie de sa belle-sœur. Le lecteur compatit avec la sensation de ras-le-bol de Simon. Les dialogues sont incisifs et percutants. L’auteur ne tombe jamais dans le pathos. Le ton est léger et rempli d’humour.
   
   J’ai apprécié cette «échappée belle» dans les souvenirs, la nostalgie de l’enfance, du temps qui passe et qui désunit, distend les liens. Ces quatre frères et sœurs se sont échappés d’un événement familial pour mieux se retrouver et fortifier leurs liens, reconstituer une famille, l’espace d’un instant.
   
   Un roman drôle, tout en sensibilité et léger.
    ↓

critique par Seraphita




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Gavalda vs Gavalda
Note :

   J'ai voulu comparer les deux versions du (très) court roman d'Anna Gavalda. la première version , destinée à un club de lecture (et entre temps devenue "culte"), je la relis régulièrement pour me redonner la pêche. La seconde a couverture très colorée.
   Rassurez-vous, je ne me suis pas livrée à une étude loupe à la main, traquant les changements de ponctuation, les précisions ajoutées ou les chansons citées (elles ont changé, sisi!), non, je me suis juste laissée porter par la lecture, notant dans un coin de ma tête ce qui me paraissait nouveau.
   
   Bon, l'esprit est le même, ce "rab de bonheur" que vont s'octroyer, en se faisant la belle d'un mariage, une fratrie de frères et sœurs que la vie a quelque peu malmenés, n'a rien perdu de son charme. Si les francs ont cédé la place aux euros, si meetic est apparu dans le monde de la célibattante, rien que de très normal. Mais je n'ai pas supporté le langage que se croit parfois obligée d'employer Gavalda. Et là, je suis allée dénicher la version 2001 où l'on trouve, entre autres: "Sitôt la guitoune du péage franchie, j'ai enfoncé ma cassette dans l'autoradio", devenu en 2009, "Sitôt la guitoune du péage franchie, j'ai enquillé la zique dans l'autoradio." Et je vous passe l'écriture phonétique de lexique à la mode qui a le don de m'énerver. Franchement, je ne vois pas l'utilité. Les bornes, style "mille bornes" imprimées pour séparer les étapes du récit ne m'ont pas paru absolument indispensables non plus.
   
   Par contre, ne pas louper, comme dans les génériques de films, la dernière intervention d'un personnage, après la fin du roman, clin d'œil facétieux qui m'a permis de relativiser mes agacements précédents. Quelques péchés véniels donc qui n'empêcheront pas les lecteurs moins pointilleux que moi de se régaler.
   
   Ps: vous avez deviné quelle version, je relirai cet été...
   ↓

critique par Cathulu




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Convenu et condescendant
Note :

   Anna Gavalda est connue pour ses romans qui mettent de bonne humeur, ses histoires plaisantes, agréables, auxquelles elle parvient à ajouter une touche personnelle dans l'écriture. Si tout ceci, je l'ai bien ressenti à la lecture de "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part", son recueil de nouvelles, ou "Ensemble c'est tout", je suis beaucoup moins convaincu par l'histoire contée dans "L'échappée belle".
    
   L'élément le plus gênant de ce court roman est l'homogénéité des personnages, mais plus encore, de leur milieu social. On suit Garance, qui avec son frère Simon et sa sœur Lola se rendent à un mariage dans la campagne berrichonne. Ils espèrent y trouver leur autre frère, Vincent, afin de recomposer la famille le temps d'un week-end. Mais alors que celui-ci est obligé de travailler dans un château qu'il fait visiter, le frère et les sœurs décident de prendre la poudre d'escampette pour tenter de reconstituer ce quatuor rêvé.
    
   Alors Garance est bien sympathique, une jeune femme cool qui n'hésite pas à dire du mal de sa belle-sœur pharmacienne qui est pour elle le prototype de la femme coincée. Garance saisit la moindre petite chose pour la faire enrager. Et le frère, magnanime, est au centre de ce jeu d'échec, ne sachant jamais quelle position adopter, sinon celle du diplomate. Ce n'est pas mieux avec le seconde sœur, encore plus désordonnée que la première. Alors, cette arrivée au mariage se laisse lire, d'un œil pas vraiment attentif car il n'y a rien de bien passionnant dans toutes ces discussions, même si Gavalda parvient à y faire sentir son style si particulier, et qui me plaît assez.
    
   Et puis, c'est la chute, le drame. La plongée dans la campagne berrichonne. Et là, Anna Gavalda ne peut s'empêcher d'avoir un regard très condescendant (et je suis presque gentil) sur les gens du terroir. Ce sont des personnes louches, inquiétantes et bien souvent demeurées. Cela pourrait tenir, si à l'inverse les personnages de la ville n'étaient pas traités avec une aussi grande indulgence. Même la belle-sœur parvient à obtenir un regard bienveillant, celui de son mari qui prend sa défense à la fin du roman. Cette différence de traitement, flagrante ici, fait perdre tout charme à ce petit roman, et je vous conseille vivement de passer votre chemin sur celui-ci et de lire les autres productions citées plus haut.
   ↓

critique par Yohan




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Derniers lambeaux d’enfance
Note :

   Pour croquer la nostalgie du temps qui est passé, au sein d’une fratrie, et mettre en exergue ce qui peut faire qu’un petit bonheur, justement, est un petit bonheur, Anna Gavalda est dans son élément. Elle est donc dans son élément dans cette "échappée belle".
   
   L’écriture est davantage dans l’exposition de faits, de situations et l’évaluation des sentiments qui en résultent que dans l’introspection. C’est un fait et c’est aussi ce qui fait le succès d’Anna Gavalda. Il faut reconnaître qu’elle le fait bien car lorsque le roman (grosse nouvelle) démarre avec la voiture de Simon et sa femme qui emmène Garance – la sœur de Simon – vers la campagne berrichonne pour le mariage du cousin Hubert… On y est! On est dans la complicité du frère et de la sœur, dans le ressentiment de Garance vis-à-vis de la femme de son frère, genre "coincée" sans imagination qui l’accable de ses convenances. On souffre avec elle pendant ce transport, on est heureux avec eux lorsque Simon et Garance retrouvent Lola, la grande sœur, aussi peu conformiste que possible elle aussi, et aux antipodes de la belle-sœur.
   
   On est tout à leur déception lorsque, à l’arrivée, et comme ce mariage s’annonce bien être l’épreuve convenue que peut représenter cet acte social, ils constatent l’absence du quatrième élément de la fratrie, Vincent, qui joue les guides dans un château pas trop loin de là…
   
   Si bien qu’on y croit encore lorsque les trois réunis prennent brutalement la décision de planter là tout ce beau monde pour aller retrouver Vincent. Pour une "échappée belle", revisitation de leur enfance envolée. Tendresse, nostalgie, légèreté, il ne faut pas demander davantage à ce court roman, mais c’est vrai que parfois on a bien envie d’envoyer promener toutes les obligations pour retrouver un peu de fraîcheur et d’innocence…
   C’est ce à quoi nous convie Anna Gavalda.

critique par Tistou




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