Lecture / Ecriture
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Chroniques de Billancourt de Nina Berberova

Nina Berberova
  Le mal noir
  L'accompagnatrice
  Chroniques de Billancourt
  Nabokov et sa Lolita
  Le roseau révolté
  La souveraine

Nina Nikolaïevna Berberova (Ни́на Никола́евна Бербе́рова) est une écrivaine russe, née à Saint-Pétersbourg en 1901 et décédée à Philadelphie en 1993.

Chroniques de Billancourt - Nina Berberova

« Moussiou Renault »
Note :

   Après la chute de la Russie tsariste, les nobles et les militaires vaincus ont quitté le pays en catastrophe et, après être rapidement passés de l'opulence à la misère noire, se sont retrouvés dans divers pays d'Europe d'abord, puis plus lointains ensuite où ils ont essayé de survivre. Parmi eux, il y avait des «riches» et de simples militaires de base, mais plus ou moins rapidement, tous ou presque se sont retrouvés pauvres. Parmi ces «riches» et ces «pauvres» mêlés, il y avait une frange, plutôt aisée quand elle était en Russie, mais moins réactionnaire que les vrais soutiens du régime tsariste, il s'agissait de ceux qu'on appelait l'Intelligentsia. Nina Berberova en faisait partie.
   
   Quand ces Russes sont arrivés en France, on les a appelés les «Russes Blancs», par opposition aux «Russes Rouges» de la révolution.
   
   Ils sont arrivés crevant de faim et n'ayant pratiquement rien pu emporter avec eux. Une valise, peut-être, quelques bijoux pour les plus riches (voir «Le mal noir» du même auteur), quelques hardes pour les autres. Dans leur malheur, ils ont eu la chance d'arriver en France à un assez bon moment pour eux. La guerre de 1914-1918 venait de se terminer et on s'apercevait qu'on manquait sérieusement de bras dans tous les domaines, de l'agriculture à l'industrie. Ils ont donc pu trouver de l'embauche.
   
    Près de Paris, à Billancourt, «Moussiou Renault» avait installé ses usines, entourées de toute une floppée d'autres industries plus ou moins parentes et on avait toujours besoin d'ouvriers. Beaucoup se sont donc installés là. On les payait bien peu et le but principal était de parvenir à se loger, se nourrir et se vêtir. Toute leur énergie y passait, mais, comme le dit Berberova, le militaire russe survivant était un solide gaillard, jamais malade, pratiquement indestructible, travailleur quoique buveur et les patrons les embauchaient volontiers.
   
   Peu à peu, au fil des ans, ceux qui ne sont pas morts là ont trouvé de meilleures situations à Paris même et ont quitté Billancourt. La «Colonie russe» s'est fondue dans la population. C'est dans ce microcosme, habitant des baraques de misère près des usines de Billancourt, que Nina Berberova a choisi les modèles dont chacune des 13 nouvelles qui constituent ce recueil racontera l'histoire. Comme elle le dit elle-même dans sa postface, ce recueil vaut surtout pour son intérêt historique, le témoignage qu'il apporte sur la vie de ces gens-là. Il ne faut pas oublier que l'auteur elle-même, à son arrivée à Paris, a connu la plus grande misère.
   
   Intérêt documentaire certain, tant pour les conditions de vie de ce «peuple migrateur» que pour l'ambiance, l'état d'esprit et l' «âme russe».

critique par Sibylline




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