Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Little Bird de Craig Johnson

Craig Johnson
  Little Bird
  Dark horse
  Enfants de poussière
  Le camp des morts
  Molosses
  L'indien blanc

Craig Johnson est un auteur de romans policiers américain né en 1961.

Little Bird - Craig Johnson

Si le shérif est charmant...
Note :

   La découverte du cadavre du jeune Cody Pritchard, un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol de la jeune Amérindienne Melissa Little Bird,va raviver les tensions à l'intérieur du Comtéd'Absaroka. Son shérif, Walt Longmire, "triste, gros, affligé d'autodénigrement chronique, pourtant étrangement charmant", comme le décrit son adjointe Vic, va se lancer à la poursuite de ce probable vengeur, tout en essayant de préserver un semblant de vie affective...
   
   Charmant, mais capable de faire le coup de poing si nécessaire, fidèle en amitié, d'un humour ravageur, Walt Longmire remporte tous les suffrages. Les personnages secondaires tous plus pittoresques les uns que les autres lui renvoient la balle avec habileté et l'on n'est pas prêt d'oublier cette prison où l'on fait la sieste dans les cellules et où l'on refuse un prisonnier car il est trop vorace! L'émotion est aussi au rendez-vous et rien n'est plus touchant que de voir cet homme, plus tout jeune, intimidé comme un adolescent à son premier rendez-vous, lorsqu'il va enfin renouer avec une vie amoureuse.
   
   Le tout se déroule dans les grands espaces du Wyoming, près d'une réserve indienne, dans une atmosphère flirtant un peu avec le fantastique mais qui s'intègre parfaitement aux rebondissements de l'enquête.
   Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce premier volume mettant en scène Walt Longmire et j'attends déjà avec impatience la parution des autres aventures de ce shérif selon mon coeur!
   
   409 pages qui me laissent repue, (jusqu'au prochain!)
   
   
   Série Walt Longmire dans l’ordre :
   
   Little bird – (The Cold Dish - 2006)

   Le Camp des morts (Death Without Company - 2006)
   L'Indien blanc (kindness Goes Unpunished - 2008)
   Enfants de poussière (Another Man's Moccasins - 2009)
   Dark Horse (The Dark Horse - 2009)
   Incendiaire (Firebug - 2011)
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Le folklore américain
Note :

   Titre original : The Cold Dish, 2005
   
    Il est quasiment impossible de lire une ligne sur Craig Johnson sans qu'il soit question de Jim Harrison : l'ombre du grand Jim plane sur les aventures du shérif Walt Longmire dont c'est ici le premier volet. On peut trouver cette tutelle agaçante mais, après lecture, on ne peut que la trouver justifiée, et bienvenue : Jim Harrison n'a rien publié de marquant depuis un bon moment et la venue d'un jeune poulain permet de poursuivre un filon riche et intéressant. Ce qu'il y a de commun entre Jim Harrison et Craig Johnson ? Le goût pour les grands espaces (ceux du Wyoming chez Johnson), la peinture d'une Amérique mythique sillonnée par des héros qui le sont tout autant. Des hommes qu'on imagine aisément avec les traits de Nick Nolte ou de Jeff Bridges, des costauds amoureux et grands connaisseurs de la nature qu'ils piétinent allègrement au volant de 4 fois 4 pachydermiques ou de pickups rouillés. Sous la chemise carreautée bat bien entendu un cœur d'or, mis à mal par quelques drames sentimentaux dont il convient de s'extraire en faisant preuve d'une activité sans limites. Et sous le Stetson cabossé, une tête bien pleine qui permet à Longmire de citer Aristote en enfilant ses bottes, comme si de rien n'était. Ces hommes préoccupés de chasse, pêche, nature et tradition sont suffisamment proches des Indiens pour porter la culpabilité de l'homme blanc, ils sont experts en armes, en botanique, en zoologie, en gastronomie, en base-ball et s'expriment à demi-mots, dans des conversations elliptiques pas toujours faciles à décrypter, on n'a pas forcément le niveau. C'est du folklore, le même que celui des mauvais garçons qui peuplaient les Série Noire et les films de José Giovanni, avec des costumes différents. Et je me demande si ce n'est pas un folklore destiné avant tout au gogo européen friand d'exotisme et d'authenticité pas chère, je me demande quelle est l'audience réelle de ces Harrison, Johnson et de tous ceux de la Missoula connection dans leur propre pays. Quoi qu'il en soit, j'accepte volontiers d'être le gogo de service. Car derrière cette façade folklorique se cachent une qualité d'écriture et un sens de la construction du récit qui ne sont pas faisandés. Craig Johnson donne une dimension policière supplémentaire à ses histoires, ce qui ne les rend pas forcément plus faciles à suivre mais ce n'est pas gênant. Ce que l'on remarque surtout chez les auteurs de sa tribu, et qui vient peut-être de l'efficacité des cours de creative writing, c'est l'art d'élever l'anecdote au rang de récit mythique : chaque personnage nouveau et chaque situation nouvelle dans laquelle se trouve le personnage principal donnent lieu à un souvenir édifiant, une épopée en miniature, quelque chose d'original, d'inventif, d'inattendu. C'est cette mosaïque d'anecdotes qui fait de cette lecture une mosaïque d'instants délectables.

critique par P.Didion




* * *