Lecture / Ecriture
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Les Bons Chrétiens de Joseph O'Connor

Joseph O'Connor
  A l’irlandaise
  Redemption Falls
  Inishowen
  Les Bons Chrétiens
  Muse
  Les âmes egarées
  Maintenant ou jamais

Joseph O'Connor est un écrivain irlandais né en 1963 à Dublin.

Les Bons Chrétiens - Joseph O'Connor

Des nouvelles de Glasthule
Note :

   Outre un lever de rideau à Belfast et quelques détours londoniens, l’essentiel des treize nouvelles rassemblées ici nous entraînent à Glasthule, modeste banlieue de Dublin, pour y partager les drames, les chagrins et les insatisfactions de gens ordinaires. "Taxi Blues" nous livre ainsi le récit tout simple de la très mauvaise journée d’un chauffeur de taxi. Le jeune garçon narrateur de la nouvelle qui donne son titre au recueil devient quant à lui le témoin de la séparation de ses parents, puis de la mort solitaire d’une vieille femme qu’il avait l’habitude de rencontrer tous les dimanches à l’église, tandis que le héros de "La liberté de la presse" dont l’épouse vient de mourir dans un accident de train est bouleversé de découvrir que sa compagne de toute une vie lisait ce jour-là le Daily Sentinel et non le Telegraph dont il pensait que c’était son journal habituel: "Je veux dire, imaginez un peu: avoir connu quelqu’un pendant toutes ces années. Avoir affronté tant de choses ensemble, tout ce qu’on a pu affronter, et ne même pas avoir deviné ce petit faible pour le «Daily Sentinel», de temps en temps, comme s’il y avait du mal à cela. Ça vous en dit long – comme on se connaît peu, je veux dire." (pp. 193-194)
   
   Dès la toute première de ces nouvelles - "Les collines aux aguets", récit de la liaison homosexuelle entre Danny Sullivan, militant de l’IRA, et Henry Woods, un soldat britannique, le ton est donné. Aucun sujet n’est trop difficile pour Joseph O’Connor. Et tous sont traités avec autant d’humanité que de sobriété et de justesse. Que ce soit l’obsession malsaine d’un homme pour sa voisine du rez-de-chaussée dont il a pris l’habitude de voler le courrier ("Ailsa"), obsession qui devient par la bande le révélateur des frustrations que lui laisse son propre couple. Ou encore dans "Les mères sont toutes les mêmes" le récit par un jeune Irlandais débarquant pour la première fois à Londres pour y chercher du travail, de sa rencontre avec l’une de ses compatriotes venue de toute évidence en Angleterre pour s’y faire avorter, récit qui tire sa force peu commune du fait que son narrateur ne comprend rien de rien à ce qui se passe…
   
   Chacune des treize nouvelles rassemblées dans ce recueil mériterait sans doute d’être évoquée plus en détails ici car toutes sont de très grande qualité. Et je ne peux me défendre d’être très impressionnée, vraiment, à l’idée que ces textes comptent parmi les tous premiers publiés par Joseph O’Connor au début des années 1990. Voilà donc un auteur à suivre et auquel je reviendrai assurément dans un proche avenir!
   
   
   Extrait :
   
   "La deuxième mission fut l’expédition punitive. En se rendant au parc, la fois suivante, il repensait à la conversation qu’il avait eue. Il se rappelait la tache de sang qui s’étendait sur le sol. Il se rappelait le visage implorant et terrifié du revendeur de drogue. Il se souvenait du son mat que faisaient les os lorsqu’on les brisait. C’était la première fois qu’il brisait un genou. Mais ils n’avaient pas utilisé de pistolet. Ils avaient pris des blocs de ciment pour fracasser les jambes de leur victime. C’était absurde. Dans les autres pays on se souvient de son premier jour d’école, de sa première visite chez le dentiste à la rigueur, de son premier baiser.
   - Mais putain, qu’est-ce que l’Irlande a à foutre de moi? avait ensuite demandé Danny Sullivan." (pp. 28-29)

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critique par Fée Carabine




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Les vrais croyants
Note :

      Premier livre de Joseph O'Connor ce recueil se compose de treize nouvelles sur l'Irlande d'il y a vingt ans, juste avant son boum économique et sa chute brutale. L'Amérique n'est guère présente contrairement aux livres ultérieurs d'O'Connor comme ses grands romans, surtout ce chef-d’œuvre qu'est "Inishowen". D'ailleurs ces personnages des "Bons chrétiens", titre français de "True Believers", ne partent guère. Parfois ils croient qu'ils partent, comme Ray, 40 ans, qui dans "Faux départ", comprend que "L'amour c'est parfois simplement rentrer chez soi et pas beaucoup plus".Et puis, les grands espaces, ils vont plutôt les chercher dans la bière et le whiskey, au bord de la noyade à chaque crépuscule. A chaque aube ils se lèvent, difficilement, pour une journée où le travail sera rare et la famille pénible. De la dure condition d'être irlandais pour qui n'est pas un trader du tigre celtique. La partition de l'île est le thème du premier texte, "Les collines aux aguets", qui nous rappelle que Londonderry a longtemps ressemblé à Beyrouth.
   
       Consacré aux modestes, ce recueil sait nous toucher dans le registre familial avec "L'évier", lieu privilégié de la solitude du mâle, pas très glamour mais si quotidien. L’humour souvent désespéré n'est pas absent non plus ("La liberté de la presse" où Jim Guthrie vient de perdre sa femme dans un accident de train et s'en trouve profondément choqué surtout parce qu'elle tenait sur elle le Daily Sentinel, journal qu'il détestait et ne lui avait jamais vu entre les mains).
   
    Un bon livre de nouvelles se doit de nous décevoir une ou deux fois. J’ai très peu goûté "La fête chez les bédouins" où pour le coup O'Connor quitte Irlande et Angleterre pour un voyage en Tunisie où bière et rires gras, hélas universels, nous présentent des abrutis notoires comme on en rencontre hélas souvent.
   
      Les deux derniers textes, parfois bouleversants, tracent le sobre portrait d'un prêtre troublé et courageux ("L'amour du prochain") et celui d'une famille dont la mère est partie laissant quatre enfants et dont le père, lui aussi, force la dignité. Cette dernière nouvelle a donné son titre au recueil.
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critique par Eeguab




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Pas tous très catholiques!
Note :

   Un recueil de nouvelles qui fut une des première œuvres de Joseph O’Connor traduite en français. Une nouvelle comme "Le dernier des iroquois" fut reprise pour faire un roman.
   Les amours homosexuels d’un militaire britannique et d’un militant de l’I.R.A dans un Belfast déchiré par "Les troubles", comment s’aimer quand tout vous sépare, surtout que les états- majors de deux camps vous espionnent. L’exil d’Eddie Virago dans "Le dernier des mohicans" ou celui de ce jeune homme naïf, qui rencontrant une jeune fille, Catriona, dans l’avion pour Londres, loue une chambre dans le même hôtel qu’elle. Durant la soirée, elle lui parle de Damien, mais passe la nuit avec lui. Elle partira pour la journée le lendemain, et définitivement le surlendemain. Des nuits très fortement arrosées amèneront en plus de la gueule de bois, des séquelles irréparables. "Le magicien d’Oz", texte plein d’humour, laissera, à un arriviste prétentieux, une facture de téléphone, à la hauteur de la vengeance d’un être humilié.
   
   "Ailsa" est une de mes nouvelles préférées, un homme amoureux de sa voisine du rez- de- chaussée commence par lui voler une lettre, puis une partie de son courrier, payant même certaines de ses factures. Et tout cela sans jamais lui dire un mot, refusant d’accompagner son épouse quand ils sont invités chez cette femme.
   
   Un homme se pose la question, pourquoi sa femme morte dans un accident de train, tient- elle à la main "The Daily Sentinel", journal à ragots plutôt que son "Telegraph" habituel?
   
   Les deux amoureux de "La colline aux aguets" sont pathétiques, pleins de bonne intentions, mais des volontés supérieures causeront leurs morts. Les exilés partent à la conquête du monde, mais n’arrivent à rien, même pas à tromper leurs proches. Des personnages à la limite d’eux- mêmes, brimés par la vie, baignant dans leur alcool comme dans "La fête chez les bédouins" où un homme absolument normal en Angleterre, Joseph, devient une épave avinée en vacances, au grand désespoir de Marie son épouse. Laquelle Marie pas si sainte que cela couchera avec le meilleur ami de son mari. Alcool encore dans "Le fantôme" où un homme brillant policier finira clochard noyé dans la Tamise.
   
   Les couples ont été brisés, puis recomposés, mais sous un vernis de mœurs libérées, les souvenirs sont encore présents. Un homme quitte sa femme, définitivement pense t- il et après des aventures rocambolesques, revient dans son giron au petit matin.
   
   J’ai toujours pensé que les Irlandais étaient des maîtres dans l’écriture de nouvelles, Joseph O’Connor le prouve encore une fois.
   
   Des textes relativement homogènes à part un ou deux un peu moins bons, mais tous de lecture agréable.
   
   
   Extraits :
   
   - Les bordures de trottoir étaient peintes, à intervalles réguliers, de motifs verts, blancs et oranges.
   
   - Certains clients recevaient de l’argent de l’Etat, d’autres de l’I.R.A., quelques- uns des deux à la fois.
   
   - "Avec l’Eire des indemnités, ça IRA" La dernière blague irlandaise à la mode.
   
   - Le volontaire Liam O’Nuallain feuilletait un numéro de "Men Only" un magazine pornographique anglais auquel il était abonné sous son nom anglais William Nolan.
   
   - On aurait dit une de ces foutues chansons de Christy Moore qui serait devenue réalité dans notre salon.
   
   - Il se définit comme une bite, un Brillant Irlandais Transplanté à l’Etranger.
   
   - C’est une histoire d’amour, soupire Jimmy. Nous les Irlandais, on a fait un putain de mariage avec l’alcool.
   
   - C’est une fille intelligente Marie, vraiment, enfin pour une Anglaise.
   
   - Je ne suis pas comme vous, putains d’Irlandais. Vous n’êtes rien d’autres que des putains de sauvages. On devrait tous vous pendre. Sale race.
   
   - Des ouvriers attaquaient la chaussée au marteau piqueur. Ils devaient être irlandais, se dit-il. Ils en avaient l’air en tout cas.
   

   
   Titre original : True Believers

critique par Eireann Yvon




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