Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Emmeline de Elizabeth Bowen

Elizabeth Bowen
  Les Petites filles
  Emmeline
  La Maison à Paris
  Les Cœurs détruits
  Dernier automne

Elizabeth Bowen est une écrivaine irlandaise née en 1899 à Dublin et décédée en 1973.

Emmeline - Elizabeth Bowen

Là où tout se fige
Note :

   «Nous allons vers le nord
   Le magnétisme naissant du pôle glacé commença de se resserrer sur eux à mesure que l’exaspération de Londres s’écoulait rue par rue. La lueur s’éteignit dans le ciel et le Nord posa ses premiers doigts de glace sur les tempes d’Emmeline, rampa le long de son cou, fit se dresser les racines de ses cheveux.»

   
   Emmeline et Cécilia deux jeunes femmes, liées par le souvenir de feu Henry frère d’Emmeline et mari de Cécilia, vivent ensemble à Oudenarde Road dans le quartier de St John’s Wood (banlieue de bourgeoisie aisée proche de la Cité).
   Nous sommes dans les années 30. Emmeline tient une agence de voyage avec Peter pour s’occuper. «Son agence de voyage ressemblait à son destin».
   - Avec tant de prévoyance, vos clients ne sont-ils pas trop en sécurité?
   - Oh, oui! Physiquement, dit-elle avec quelques mépris. Mais chacun sent que la vie, même en voyageant est en train de perdre son élément d’incertitude; nous tentons de le restituer. Nous fournissons à nos clients les données, à eux d’user de leur cerveau. Bien sûr, leur disons-nous toujours il est possible que vous n’ayez aucun plaisir… »

   
    Elle est très myope et aime voir flou («regardant passer un dessin brouillé et répété qu’elle croyait être la vie») ; n’est pas bavarde sauf avec ses clients.
   
   Cécilia, plus mondaine, cherche un nouvel attachement, espère une aventure un peu excitante, pense à son jeune époux défunt («homme et femme leur rencontre semblait encore à venir… parfois il semblait qu’ils n’eussent même pas été amants… ». Courtisée par Julian 39 ans, elle ne se résigne pas à ce mariage de semi-raison.
   Elle a fait connaissance de Mark Linkwater, avocat de son âge. Mais c’est Emmeline, la sérieuse Emmeline, seulement occupée de son agence de voyage, qui tombe amoureuse de Mark. «Le matin parait divinement jeune; on dirait une journée glissée entre le lundi et le mardi et qui n’aurait rien de commun avec le reste de la semaine.»
   Ce dernier a plusieurs maîtresses, et ne veut pas épouser Emmeline qui en est à ses premiers émois et lui a cédé, au cours d’un voyage d’affaire à Paris, «sans mettre le mariage en balance» ce qui déconcerte son partenaire, car Emmeline n’est pourtant pas une fille facile, et il ne lui a pas laissé ignorer qu’il souhaite une liaison agréable qui ne l’engage pas.
   Comment peut évoluer cette liaison?
   
   Il y a aussi une vieille dame Georgina Waters cancanière, emmerdeuse, rafistoleuse de couples, («Lady Waters avait pour spécialité de déceler des situations inexistantes… elle enrichissait sa vie de frémissement d’émoi sur le compte de tous ses proches… »)
    Sa victime principale est Pauline, une nièce, élevée chez les sœurs et mal dégourdie, mais elle s'occupe aussi activement d’un couple en crise, d'une peintre snob et déjantée, d'un chat Benito, d'une robe argentée qui sied à Emmeline, et d'une sténodactylo pendant un été pluvieux.
   
   "To The North" le titre original du récit signifie «vers le nord» là où tout se gèle et se fige.
    Emmeline la jeune fille sage, qui porte une robe argentée, a décidé avec les moyens qui sont les siens d’un destin exempt de médiocrité.
   
   Dans l'ensemble, un récit intéressant, non exempt de critique sociale, dans la droite ligne de Jane Austen.

critique par Jehanne




* * *