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Les lieux sombres de Gillian Flynn

Gillian Flynn
  Les lieux sombres
  Les apparences

Gillian Flynn est une écrivain américaine, ancienne critique de télévision.

Les lieux sombres - Gillian Flynn

Vivre d'un drame familial
Note :

    Libby Day, la narratrice, a une trentaine d’années. Alors qu’elle n’était encore qu’une jeune enfant, sa mère et ses deux sœurs ont été massacrées dans leur maison, tandis qu’elle restait cachée dans une armoire. Lors de l’enquête, elle a toujours affirmé qu’elle avait vu Ben, son frère adolescent, les assassiner. Il est depuis lors en prison, ne s’étant jamais défendu de l’accusation.
   Mais vingt ans après, Ben Day a encore des défenseurs qui le soutiennent, le visitent en prison et cherchent à accumuler des preuves en vue de le faire libérer. Ils forment une groupe un peu spécial, un Kill Club, dont un des membres contacte un jour Libby: ils veulent qu’elle revienne sur son affirmation d’avoir vu Ben massacrer sa famille car ils sont certains qu’elle a menti. Pour ça, ils lui proposent de l’argent, beaucoup d’argent, qui tombe à pic car Libby vit depuis toujours sur la générosité publique que son triste sort a soulevée. Mais après vingt ans, les fonds viennent à manquer, et Libby n’a pas du tout l’intention de travailler, ni même de s’intégrer dans la société. Revenir sur son témoignage lui serait moins pénible… Mais pas comme ça, pas tout de suite, et pas s’en avoir soutiré le plus d’argent possible à ces gens.
   Libby va donc accepter de rencontrer d’anciens protagonistes de ce drame et se prendre peu à peu au jeu de l’enquête: qui a tué trois membres de la famille Day le 3 janvier 1985 et pourquoi?
   Le lecteur passe de l’enquête de Libby de nos jours au récit des événements par Ben Day et par sa mère Patty la veille du massacre.
   
   "Les lieux sombres" est tout simplement un livre bien écrit, bien construit, qui ne sombre dans aucune facilité et met en scène des personnages d’une grande crédibilité humaine. Au premier rang desquels la narratrice, Libby Day, qui est vraiment quelqu’un de désagréable, menteuse, voleuse, fainéante, de mauvaise foi, sans aucun humour. Il est à mon avis beaucoup plus facile pour un auteur d’inventer des personnages charismatiques, l’exercice inverse n’en est que plus impressionnant. Parfait aussi le personnage de Ben Day, que l’on suit adolescent avec une angoisse croissante. Dès le début du livre, on pense que Libby a menti et que donc, son frère n’a pas assassiné sa famille. Alors on a envie d’avancer, on a envie d’arriver à cette fameuse nuit et envie de savoir pourquoi il s’est laissé enfermer en prison à vie, pour qui. Pour cette Diondra, fille de riche qui le manipule, l’humilie et certainement lui ment? Ce garçon si renfermé est-il vraiment un sataniste?
   
   C’est avec une grande habileté que Gyllian Flynn dévoile peu à peu le passé de ses personnages, un élément après l’autre, sans que pour autant on puisse deviner ce qu’il en est, nous faisant au contraire partir sur plusieurs fausses pistes. Suspense impeccable, donc.
   
   Autres points qui m’ont semblé intéressants: la pauvreté de la famille Day, dont les enfants sont des marginaux, des pouilleux dont on se moque, que la crise agricole a mis sur le carreau. Ils sont heureux, ne vivent pas leur pauvreté comme une tare et ne se rendent pas compte du regard d’autrui, sauf Ben qui est plus âgé. Jamais la condition sociale de la famille n’est évoquée avec misérabilisme, on la comprend, on la devine, c’est beaucoup plus habile. Cet élément crucial dans le sort de la famille Day (et un épisode important dans l’histoire de cette région) n’est pas assené mais suggéré et décrit par le contexte: j’aime cette façon d’écrire qui fait comprendre sans expliquer.
   Et enfin, j’ai découvert l’existence de ces étonnants Kill Clubs, des associations d’amateurs qui se regroupent autour d’un crime, d’une affaire, reconstituent les lieux, rejouent les meurtres et refont les enquêtes. Étonnant.
   Ce polar a tout pour plaire aux amateurs du genre, en particulier ceux qui aiment l’analyse psychologique. Car il n’y a pas de surenchère dans l’horreur, de scènes d’action ou de rebondissements toutes les trois pages. C’est avant tout une description minutieuse des êtres qui conduit à un suspens impeccable.
   
   
   Titre original : Dark Places, parution aux États-Unis : 2009
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critique par Yspaddaden




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Sombrement talentueux
Note :

   Roman idéal lors d’un week-end pluvieux (et c’était le cas!), je l’ai attrapé et plus lâché. Le style est impeccable. Si juste. Les personnages, leurs humanités tordues parfois fracassées, les lieux inquiétants, la trame tout en retour en arrière, tout concourt à rendre cette histoire irrésistible. C’est maîtrisé de bout en bout.
   
   Malgré la simplicité apparente, rien n’est gnangnan, les personnages sont complexes. Alors que chaque loser de cette histoire devrait nous agacer au plus haut degré, leur description si humaine nous les rend aimables. Et pourtant, quel ramassis de personnages délicieusement ignobles compose ce roman sombre mais pas noir. Un seul petit bémol, au milieu d’une fin surprenante, une scène est en trop (à la sauce des thrillers hollywoodiens, cette scène de trop qui fait durer le plaisir de certains, peut-être parce qu’il faut contenter le client qui a payé, et qui m’agace à chaque film). Un petit indice rappelant l’américanité de l’auteur. Mais il ne s’agit que d’un seul point négatif. Le plaisir n’est pas à bouder.
   
   Au centre de cette histoire, un fait divers. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 1985, trois membres de la famille Day, Patty la mère, Michelle et Debby les filles sont sauvagement assassinées. Une survivante au massacre, la plus petite des filles Day, Libby. Un coupable envoyé en prison, notamment suite au témoignage accablant de sa sœur, le grand frère, Ben Day.
   
   La rescapée, Libby, nous raconte, en utilisant un "je" très intime, vingt-cinq ans après le drame, chapitre après chapitre, les évènements qui la plongent à nouveau dans ce passé douloureux. Elle se confie sans complaisance, se dévoilant flemmarde, menteuse, lâche… Au gré des rebondissements, elle se montrera tenace. On s’y attache. Elle est conduite à revivre cet assassinat familial suite au contact pris par Lyle, membre d’un kill club (associations de personnes passionnées par les faits divers), souhaitant, moyennant argent, rencontrer Libby pour lui faire part des recherches de son groupe sur l’affaire Day.
   « Je suis une menteuse et une voleuse. Ne me faites pas entrer dans votre maison, et si vous le faites, ne me laissez pas seule. Vous risquez de retrouver votre rang de perles fines cliquetant entre mes petites pattes avides, et je vous dirai qu’elles m’ont rappelé ma mère et que je n’ai pas pu m’empêcher de les toucher, juste une seconde, et que je suis tellement désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris.» P. 81

   
   Insérés entre ce journal quasi intime de Libby, les retours en arrière vers les jours dramatiques nous permettent de faire connaissance avec les protagonistes de l’affaire. La mère, débordée et incapable de s’organiser, subissant une crise agricole qui l’enfonce dans le bourbier financier. Le père, lâchement masculin, ado attardé et personnage qu’on aimerait éliminer au blanco, Runner (les noms de personnages sont marrants!), parasite notoire. Le frère Ben, coupable idéal, parce qu’ado sans repère au moment du crime, entourés de connaissances, Trey, Diondra qu’on ne souhaite pas à nos enfants (satanisme, drogues, alcool…). D’autres personnages glauques composent le menu de ce thriller pas vraiment policier (dans le sens où l’on ne suit pas une enquête de policiers mais une enquête du point de vue intime d’une victime).
   
   Les infos sont savoureusement distillées tout au long du livre. Nous laissant sans possibilité de lâcher l’ouvrage. Et surtout, aucune formule, aucune description de personnage, ne donne l’envie de souffler en pensant «mais que cette phrase est bêtement clichée».
    Un petit régal.
    ↓

critique par OB1




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Bon suspens mais vraisemblance moyenne
Note :

   Voilà un roman que j’ai eu envie de lire après avoir vu une dizaine d’avis positifs sur les blogs que je lis.
   
   Début janvier 1985, dans une ferme du Kansas,près de la ville de Kinnakee, deux fillettes et leur mère ont été assassinées. La plus jeune fille Libby, âgée de sept ans, a eu la vie sauve. Son frère aîné Ben, 15 ans, a été reconnu coupable de ce forfait et vit en prison.
    
   25 ans plus tard, Libby la rescapée, narratrice de, l’histoire, n’a plus de quoi vivre. Elle a gagné de l’argent pendant longtemps, parce que le massacre de sa famille se vendait bien sous la forme de livres, articles, interviews diverses. A présent, le public a cessé de s’intéresser à ces meurtres. Sauf que Libby est encore contactée par un comité de défense de Ben, son frère, que de charitables visiteuses de prison, tiennent pour innocent et veulent faire libérer.
   Libby enquête donc, sérieusement, sur ce passé auquel elle ne veut pas penser d’ordinaire. Elle est chargée de convoquer ses souvenirs et d’aller interviewer les amis de l’époque de Ben et le reste de sa famille, notamment son père…
   
   En alternance de cette enquête de Libby, nous suivons deux récits relatant la veille de cette terrible nuit. L’un met en scène Patty, la mère de Libby et Ben. Endettée depuis très longtemps, menacée par un usurier, son mari, des parents d’élèves qui accusent Ben de pédophilie, plus le temps passe, plus les soucis pleuvent sur elle.
   
   L’autre récit se focalise sur Ben et ses amis d’alors. Des adolescents déjantés, drogués, tentés par des actes fous, avec cette différence que Ben étant nécessiteux, ses amis de familles aisées l’humilient en permanence. A l’école, il est mal vu car il doit faire le ménage de l’école, pour gagner quelques sous.
    
   Au total, on a un roman réussi surtout par les descriptions très réalistes des problèmes sociaux et psychologiques rencontrés par la famille Day, marginalisée par d'impitoyables voisins. Un aperçu de certaines dérives adolescentes, d’enfants laissés en plan par leurs familles, de diverses façons. Les personnages de Libby et Ben sont fort bien observés, mais les rôles secondaires sont très intéressants aussi.
    
   Pour ce qui est du suspens, puisqu’il s’agit d’une enquête, il est bien mené: la tension s’accroît à mesure que l’on approche du moment crucial, et les événements se précipitent.
    
   Il reste que, pour l’explication finale, certains éléments s’admettent, tandis que d’autres ne tiennent pas debout.
   On trouve aussi peu vraisemblable la facilité avec laquelle Libby retrouve des gens de l’entourage des Day, qu’elle n’a pour ainsi dire jamais vus, qui n’ont plus de contact avec sa famille depuis 25 ans...
    ↓

critique par Jehanne




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Plaisant et accrocheur
Note :

   Résumé : début des années 80. Libby Day a 7 ans lorsque sa mère et ses deux sœurs sont assassinées dans leur ferme familiale. Rescapée par miracle, la petite fille désigne le meurtrier à la police, son frère Ben, âgé de 15 ans. Ce fait divers émeut tout le pays, et la jeune Libby devient un symbole de l'innocence bafouée.
   
   Vingt cinq ans plus tard, alors que son frère est toujours derrière les barreaux, Libby, qui ne s'est jamais remise du drame, souffre de dépression chronique. Encouragée par une association d'un type très particulier, elle accepte pour la première fois de revisiter les lieux sombres de son passé. C'est là, dans un Middle West désolé, dévasté par la crise économique et sociale, qu'une vérité inimaginable commence à émerger. Et Libby n'aura pas d'autre choix pour se reconstruire, et peut-être enfin recommencer à vivre, que de faire toute la lumière sur l'affaire, quelles qu'en soient les conséquences.
   
   
   Je n'ai plus le livre en ma possession, je l'ai terminé il y a une quinzaine de jours et je m'aperçois que j'ai déjà oublié des éléments. Je vais donc faire bref. Libby a tout de la peste imbuvable, elle est odieuse, menteuse, voleuse. Elle vit cyniquement de la charité publique en se servant de son malheur. Seule la perspective de l'argent des donateurs qui se tarit la fait bouger un peu tout en la terrifiant. Le genre de fille que l'on adore détester, tellement on se sent mieux (si si ...). Pourtant, très vite, en remontant dans le passé, on se prend à s'attacher à elle, pauvre petite fille prise dans un drame épouvantable, également victime d' un appareil judiciaire catastrophique qui la pousse dans la direction où elle veut orienter l'affaire.
   
   Les chapitres alternent entre le passé, où l'on remonte la journée du drame pratiquement minute par minute et le présent de Libby à partir du moment où elle doit trouver de l'argent à tout prix, d'où sa rencontre avec un groupe qui croit fermement à l'innocence de Ben et veut le faire sortir de prison.
   
   Autant le dire tout de suite, j'ai été harponnée dès le début par l'intrigue, très habilement menée et je n'ai eu de cesse d'arriver au dénouement. Les personnages sont bien campés, la mère, les deux sœurs de Libby, et Ben, l'assassin présumé, pas très net non plus le jeune Ben. Où l'on peut voir jusqu'où peut mener la pauvreté et l'envie féroce de se hisser à tout prix au même niveau que les autres.
   
   On retrouve dans cette histoire une Amérique profonde, puritaine, confite en religion, impitoyable pour les faibles. On pourrait croire au bout d'un moment que tous les enfants de ce pays sont tordus, drogués, satanistes etc. Ouf, ce n'est qu'un roman, avec une vraie méchante, complètement givrée. Je n'ai pas été totalement convaincue par le dénouement, il est un peu cousu de fil blanc, mais ce n'est pas grave, toute la lecture est plaisante et accrocheuse.

critique par Aifelle




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