Lecture / Ecriture
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Les Croix de bois de Roland Dorgelès

Roland Dorgelès
  Les Croix de bois

Les Croix de bois - Roland Dorgelès

La vérité sur la guerre
Note :

   Avec Jacques, héros du roman, engagé volontaire comme l'auteur, Roland Dorgelès, plongez dans le quotidien de la Grande Guerre. Au coeur des tranchées, entre les attaques, les bombardements (alliés ou ennemis, quelle différence? même les artilleurs français tirent souvent sur les poilus en première ligne) incessants, les moments de repos à l'arrière, les conversations entre camarades, les disputes, le froid, la boue, la pluie, les blessures au corps et au coeur, les lettres de la femme aimée, souvent de plus en plus distantes, jusqu'au silence de l'oubli. Dorgelès, lui, se souvient, prête à ses personnages les noms, les voix, les anecdotes de ses anciens camarades tombés au combat. Demachy, Sulphart, Broucke, Bouilloux, Bréval, Vairon, Lemoine et tant d'autres encore. Chacun a sa manière propre de parler, de l'argot au langage policé en passant par le délicieux ch'timi de Broucke, et Dorgelès tente de nous faire vivre à travers ses différents parlers la vie bouillonnante des tranchées, faite de peur et de résignation, bien sûr, mais aussi de joie, de sourires, de franche camaraderie et d'amitié sincère entre ceux qu'un seul et même destin attend: finir le long d'une route, sous une simple croix de bois.
   
   
   Ce roman paru dès 1919 avait pour ambition de livrer au public la vérité sur la guerre, celle que les journaux ne disaient pas, celle que les civils refusaient d'entendre de la bouche des rares poilus revenus du front. Cette vérité, bien sûr, n'est pas agréable à entendre. On y lit le désespoir et l'horreur de la guerre, cette boucherie humaine qui confond dans un même destin Allemands et Français, paysans et ouvriers, prêtres et brancardiers.
   
   Le style de Dorgelès se fait tantôt épique lorsqu'il s'agit de décrire les vagues d'assaut, tantôt burlesque lorsqu'il évoque les conversations entre poilus, tantôt pathétique en nous donnant à voir les derniers instants d'un camarade entouré des "copains" en larmes, tantôt poétique avec le motif récurrent des croix de bois alignées partout, dans les villages, le long des chemins, près des rivières, dans les cimetières improvisés... A chaque page on découvre un peu plus l'horreur de ce désastre, et l'on frissonne pour cette escouade de soldats qui se réduit de chapitre en chapitre.
   
   Certes, Dorgelès a choisi de ne donner aucune date dans son récit, peut-être pour atteindre à l'universalité. Car ce n'est pas tant cette guerre particulière qui est décrite ici, que la Guerre et les guerres en général, toutes aussi destructrices et meurtrières. Un grand roman qui, à l'instar du chef-d'oeuvre d'Erich Maria Remarque, "A l'Ouest rien de nouveau", nous répète que malgré les années il ne faut pas oublier ces soldats morts pour la France, loin de tout patriotisme consensuel, loin du "devoir de mémoire" devenu "de bon ton" aujourd'hui, simplement parce que ces gens avaient aussi une famille, une femme, des enfants, un emploi, des rêves et des ambitions, brisés nets par la guerre qui n'épargne rien ni personne.
   
    A lire et à faire lire au plus grand nombre.

critique par Elizabeth Bennet




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