Lecture / Ecriture
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J'y suis presque, Le parcours inachevé d'une femme de Dublin de Nuala O'Faolain

Nuala O'Faolain
  J'y suis presque, Le parcours inachevé d'une femme de Dublin
  Chimères
  L'histoire de Chicago May
  Best love Rosie
  On s'est déjà vu quelque part?
  Ce regard en arrière et autres écrits journalistiques

Nuala O'Faolain est une écrivaine irlandaise née en 1940 et décédée d’un cancer en 2008.

Après des études de lettres (littérature médiévale), elle travaille pour des journaux, la radio et la télévision. Elle écrit également des romans dont l’un, "L'Histoire de Chicago May" obtiendra le prix Femina étranger en 2006.

J'y suis presque, Le parcours inachevé d'une femme de Dublin - Nuala O'Faolain

Et la vie continue... et la vie recommence...
Note :

   Il y a quelque temps déjà, le hasard d'une flânerie dans une grande librairie de Toronto m'a fait découvrir une pile d'exemplaires des mémoires de Nuala O'Faolain, en solde, comme un livre qui ne serait plus d'actualité et dont on se débarrasse pour faire place à du neuf. Et pourtant...
   
   L'expérience que Nuala O'Faolain nous fait partager ici, avec beaucoup de lucidité et de générosité, avec un peu d'impudeur et une touche d'égocentrisme, a quelque chose d'universel. C'est celle d'une remise en question, d'une vie qui avait suivi son cours tranquillement et qui tout à coup semble se mettre à tourner en rond: un couple qui se défait, une carrière de journaliste couronnée de succès et qui laisse de longs moments de liberté à "tuer" en compagnie d'un livre et d'une bouteille de vin, et un avenir qui s'annonce couleur-grisaille... "J'y suis presque" commence donc plutôt mal, mais se révèle une lecture roborative, à mesure que Nuala O'Faolain dévide son parcours, les amitiés et les petits bonheurs qui lui rendent le goût de vivre, ses rencontres et ses découvertes, de Dublin à Belfast, Manhattan ou aux vacances familiales dans la lagune vénitienne. Tout est passé au crible: de son besoin de solitude - parce qu'elle s'aime bien, ou au contraire parce que ne s'aimant pas elle-même, elle cède à cette forme subtile d'arrogance qui consiste à rejeter l'amour ou l'amitié qui lui sont offerts, allez savoir! -, des rêves et des moments d'évasion qu'ils procurent, des espoirs déçus, d'amour en désamour, des blessures mal cicatrisées et enfin de l'écriture, de ce qu'elle permet d'introspection lucide et de découverte de soi.
   
   Un mélange détonnant de générosité et de narcissisme, de détachement et d'engagement. Et une belle découverte qui me donne l'envie de poursuivre un bout de chemin en compagnie de cette femme complexe et attachante.
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critique par Fée Carabine




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J'y suis tout à fait
Note :

     J'y étais déjà, favorable à la grande Nuala O'Faolain, après avoir lu "On s'est déjà vu quelque part?" Et je le suis plus encore après avoir lu "J'y suis presque", écrit dans la foulée. Le talent de cette écrivaine irlandaise éclate dans ces Mémoires ironiques, sévères, d'une rare profondeur. J'ai décidé de vous proposer quelques extraits, plus parlants peut-être. Nuala O'Faolain restera une femme irlandaise lucide, qui aura réussi dans ce pays que j'aime tant mais dont j'ai déjà dit qu'il n'avait pas été exemplaire, à faire bouger les choses au delà du journalisme et de la littérature?
   
    Nuala O'Faolain trouve des mots de tous les jours pour évoquer sa solitude, son penchant pour l'alcool et sa fratrie nombreuse (neuf enfants d'une mère elle-même alcoolique).Elle écrit aussi divinement sur l'Amérique et le 11 septembre. Et surtout à l'âge de soixante ans elle nous parle de l'âge venant avec une lucidité et une détermination qui, si elles vacillent parfois, demeurent inébranlables. Je tiens ce récit pour une œuvre de toute première importance.
   
   Un petit florilège, ce que je fais rarement mais je voudrais tant faire découvrir ou mieux connaître ce livre:
     "La cinquantaine, c'est l'adolescence qui revient de l'autre côté de la vie adulte-le serre-livres correspondant-avec ses troubles de l'identité, ses mauvaises surprises physiques et la force qu'il faut pour s'en accommoder"
   
     "Il se peut que je commence à m'apaiser au sujet de mon père, mais je pense que je serai à jamais hantée par ma mère. Cependant, je ne suis plus sûre que la meilleure chose soit de lui pardonner, et ça aussi me donne de l'espoir. Il se joue plus ici et maintenant que jamais auparavant et c'est beaucoup, beaucoup plus tard dans la vie. Pourquoi ne pas s"armer de courage pour rompre avec elle cette fois-ci?Pour lui dire de se débrouiller toute seule, enfin?"
   
     "En grimpant sur mes propres mots et ceux des autres, le trajet n'a cessé de me pousser plus haut. L'écriture m'a ramenée des mondes souterrains. J'ai été mon propre Orphée"

   
      A noter aussi les mots troublants et magnifiques sur la dualité Irlande-Amérique qui est au cœur de presque toute la prodigieuse littérature irlandaise. J'ai appelé cela "Le regard d'Aran sur Ellis Island". Se plonger dans "J'y suis presque", après "On s'est déjà vu quelque part?" c'est toucher au plus près le mal de vivre mais aussi la paix d'écrire de part et d'autre de l'Atlantique.

critique par Eeguab




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