Lecture / Ecriture
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Je suis un écrivain japonais de Dany Laferrière

Dany Laferrière
  L'énigme du retour
  Le pays sans chapeau
  Je suis un écrivain japonais
  L'odeur du café
  Le charme des après-midi sans fin
  Chronique de la dérive douce

Dany Laferrière (de son vrai nom Windsor Klébert Laferrière) est écrivain et scénariste haïtien né à Port-au-Prince en 1953 et vivant à Montréal.
Il a été élu à l'Académie française en décembre 2013.

Je suis un écrivain japonais - Dany Laferrière

De l’importance et des conséquences d’un titre…
Note :

   C’est la vie d’un écrivain qui a le projet d’écrire le livre que nous sommes en train de lire!
   
   Ce sont des histoires de gens qui gravitent autour de cet écrivain. Des japonais intrigués par le titre choisi. Des japonaises vivants en bande autour de la chanteuse Midori. Un éditeur. Des amis. Une serveuse. Une équipe télé… On se promène avec l’écrivain qui lit, qui pense, qui rencontre, qui divague…
   
   On y lit des réflexions, des réactions, des digressions sur la lecture, l’écriture, l’identité, la vie et la mort. On saute d’une pensée à une autre pensée.
   
   Pour ceux qui aiment le roman construit, l’intrigue qui se déroule, les personnages moultement décrits, passez votre chemin. C’est du décousu main.
   
   «Une bonne raison pour écrire un tel livre. Je me demande à quoi tout ça rime. Et pourquoi toute cette agitation? On s’agite dans le livre, et on s’agite hors du livre. Pourtant, je n’ai pas bougé de mon divan. Oh, les humains font toujours du bruit. Tant que ça les amuse, il y aura des romans. Je crée un univers, et je n’ai pas l’intention de le partager.»

   
   Difficile de critiquer un tel auteur, un tel livre… Je ne sais toujours pas quoi en penser. Tout est dans le titre mais rien n’y est non plus. C’est un roman mais ce n’en est pas un. On a l’impression de se perdre et finalement on s’y retrouve. La paresse et la vie faite de hasard revendiquées par les personnages se retrouvent dans l’écriture. Est-ce paresseux par paresse ou par volonté d’être paresseux?
   
   Ce livre -et en général les livres de Dany Laferrière- n’est pas simple à lire parce qu’il imbrique des lieux, des personnages fictifs, de l’autobiographie… C’est le cas de beaucoup de ses livres ("l’énigme du retour", "pays sans chapeau", "je suis fatigué"…) sauf peut-être de «vers le sud» un peu plus «classique» dans son écriture. Cependant, il fait partie des auteurs qui avec leur style restent dans la tête après qu’on les ait lus. Raison qui fait que j’y retourne régulièrement!
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critique par OB1




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Ça n'a pas marché
Note :

    « Un dimanche en province. Un homme tranquillement assis sur sa galerie devant une large table couverte de livres, tous ouverts. Il était penché vers eux, comme devant un buffet riche et varié. Ce gourmand passait d'un livre à un autre avec la même excitation. Rien ne semblait exister autour de lui, à part ces mets appétissants. Il semblait si loin de nous, si hors de notre portée - nous pouvions le voir mais il était visiblement ailleurs. Ma grand-mère m'a alors glissé à l'oreille : "c'est un lecteur!". Et j'ai tout de suite pensé : "c'est ce que je ferai plus tard. Je serai un lecteur".»
   

   C'est ma première lecture de l'auteur et je suis assez déroutée, ce n'est pas l'idée que je m'en faisais. Au début, le narrateur, pressé par son éditeur, annonce le titre de son prochain livre "Je suis un écrivain japonais". A part cette lumineuse inspiration, rien ne suit et pourtant le roman qui n'existe pas encore se met à intéresser beaucoup de monde, à commencer par l'ambassade japonaise. Un roman qui parle du Japon ne risque-t-il pas d'entacher son image? Ils vont donc essayer d'en savoir plus sur ce mystérieux écrivain.
   
   Je suis assez embarrassée pour raconter la suite, la narration part dans tous les sens, suit des pistes, les abandonne, revient en arrière. Bien sûr il est question d'identité, d'exil. A quel pays appartenons-nous, celui qui nous a vu naître, celui où nous vivons au moment présent? Questionnement encore plus aigu chez un écrivain qui a lui-même quitté son pays et peut endosser toutes les nationalités par le seul pouvoir de l'imagination.
   
   Ce qui est frustrant c'est que certains passages laissent entrevoir ce que le roman aurait pu être, l'écriture est aisée et a des fulgurances, je pense notamment à l'évocation d'un voyage de Basho où mon intérêt s'est subitement réveillé. Mais il y a aussi des longueurs, lorsque l'écrivain, habitant à Montréal, se met à fréquenter une bande de jeunes filles gravitant autour de Midori, pour en apprendre plus sur la mentalité japonaise. J'avoue que les démêlés de ces groupies ne m'ont guère intéressée.
   
   C'est une déception, en dépit de l'humour, de l'écriture, de la réflexion. Je n'ai pas réussi à entrer véritablement dans ce roman. Je redonnerai cependant une chance à l'auteur.

critique par Aifelle




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