Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Le vent dans la maison de François Emmanuel

François Emmanuel
  Le vent dans la maison
  Bleu de fuite
  La nuit d'obsidienne
  Partie de chasse
  Regarde la vague
  L'enlacement
  L'invitation au voyage
  Le tueur mélancolique
  La partie d'échecs indiens
  Cheyenn

Né à Fleurus, près de Charleroi, le 3 septembre 1952, François Emmanuel Tirtiaux commence à écrire des poèmes dès l’âge de quinze ans. Tout en poursuivant des études de médecine, puis une spécialisation en psychiatrie, il se passionne pour le théâtre et effectue même un stage en Pologne, auprès de Jerzy Grotowski et de son Théâtre laboratoire du Wroclaw: une expérience qui se révélera déterminante pour son travail d’écriture.

Son premier roman, "Retour à Satyah", est paru en 1989 et François Emmanuel a depuis lors continué à publier à un rythme régulier. Il a obtenu le prix Rossel en 1998 pour "La Passion Savinsen". Et en 2007, "La question humaine" a été porté à l’écran par Nicolas Klotz, avec Mathieu Amalric et Michaël Lonsdale.

François Emmanuel est le frère du romancier Bernard Tirtiaux, et le neveu d’Henry Bauchau


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le vent dans la maison - François Emmanuel

Une admirable vanité
Note :

   Vanité, vanitas - en référence au fameux verset de l'Ecclésiaste - ou encore memento mori, ces noms désignent un type particulier de nature morte que les peintres du siècle d'or hollandais ont admirablement illustré: un crâne - rappel de notre nature mortelle, des livres - de la vanité de la connaissance, un verre de vin - de la futilité des plaisirs terrestres... Au fil de ma lecture du "Vent dans la maison", j'ai vu se dessiner devant mes yeux une de ces vanités: un crâne, quelques livres, un verre de vin baignant dans la lumière chaude et vacillante d'une bougie. Un tableau qui n'existe probablement pas. Il y a bien au Mauritshuis à La Haye une nature morte représentant un livre et une bougie allumée, incitation à la méditation et la quête du savoir, mais ce tableau n'est pas une vanité. Et si la bougie fait bien partie des motifs traditionnels de la vanité, elle y est en principe éteinte, car la flamme est le symbole de l'âme qui, au moment de la mort, quitte le corps et se libère du monde matériel... Mais peu importe, au fil des pages du "Vent dans la maison", c'est bien une vanité illuminée par la lumière d'une bougie que j'ai vu surgir devant mes yeux. Et au moment de refermer ce livre, je voudrais m'abîmer dans la contemplation de ce tableau, ne surtout pas rompre le silence, un silence que seul vient troubler le souffle du vent qui balaie l'étendue de l'Aïr ou les plages de la mer du Nord.
   
   Une admirable vanité que ce livre de François Emmanuel, où la mort est omniprésente: la mort de Bern Atirias, dont le corps déchiqueté repose sous le sable et les pierres de l'Aïr, la mort de la petite Maïté qui un jour a tout simplement cessé de respirer, la mort de l'enfant dont on n'avait pas voulu, la mort qu'Hugo a rencontré face à face dans le vol des vautours "(...) partout alentour des vautours par dizaine, tout un peuple de vautours, juchés sur des pierres, leur plumage fauve, argenté, noir, leurs yeux doux et fixes, dénués de toute menace, l'un d'eux déployant parfois ses ailes pour prendre son envol, planer en cercles lents dans le ciel du soir pour s'établir un peu plus loin, et pas la moindre répulsion, pas la moindre sensation de danger, pas même l'idée qu'ils attendaient que mon corps se vide de son sang, l'impression au contraire d'une incroyable grâce de leur port et de leur vol, comme s'il faisaient partie d'un tableau, d'une fresque admirable dans cette clarté crépusculaire qui ne pouvait appartenir qu'à l'hallucination mais resterait gravée à jamais dans ma mémoire comme émanant d'un pays somptueux où toute terreur était absente, toute distance abolie, les pierres, les animaux, les hommes." La mort toute puissante, même si parfois une main se tend pour renouer le fil du souffle et ranimer la flamme qui vacille, " (...) un tranchant de paume qui ne ressemblait à aucun autre, se posait ici et là sur la peau sensible, n'appuyait jamais, ne heurtait jamais, passait et repassait sans rugosité, sans hâte, réveillait patiemment le contour de la peau, contournait, chantournait la zone de douleur (afin que je ne sois plus ailleurs, mon âme, mon désir, afin que je revienne vers l'outre lourde de sang noir, la jambe dans l'étau, la torridité de l'air, les bourdons, les pilons, les ombres)", l'approche de la mort comme un voyage dont on ne revient jamais tout à fait, ni Hugo, ni Alice, égarés bien loin de la platitude des conversations mondaines, de leur irréductible vanité...
   
   "Le vent de la maison" se referme presque comme il a commencé, la boucle bouclée, un homme franchit le seuil d'une maison, la voix d'une femme l'accueille, ce pourrait être l'image d'un bonheur sans histoire... un bonheur suspendu au-dessus du vide, d'une beauté bouleversante dans sa fragilité même. Et ce livre si sombre m'a laissé éblouie, car le soleil ni la mort - pas plus que la flamme d'une bougie - ne se peuvent regarder fixement.
    ↓

critique par Fée Carabine




* * *



A côté
Note :

   "Après le repas nous avons marché sur la plage. De petits échassiers s'envolaient en nuées pour picorer toujours plus loin, à la limite des vagues. Vous avez dû l'aimer beaucoup, m'a-t'elle fait remarquer. Je lui ai répondu que ce n'était pas une question d'amour, c'était comme un appel à rester ou à poursuivre, sans savoir où cela pouvait me mener, j'ai ajouté que depuis mon accident en Afrique les choses avaient pris pour moi un autre sens, ma raison de vivre était ailleurs, à la fois plus profonde et plus hasardeuse. Je n'ai pas parlé des circonstances dudit accident, encore moins de l'histoire de Bern Atirias, et elle a dû comprendre ma réticence car elle ne m'a plus interrogé". (4e de couverture)
   

   J'ai repris l'extrait de la quatrième de couverture, car pour être franche, je ne sais pas quoi dire de ce roman, à part qu'il ne m'a pas intéressée.
   
   Au début de l'histoire, Hugo, le narrateur, rentre en France après une longue absence. C'est un mot d'Alice, un ancien amour qui le fait revenir, en même temps que la nécessité de vider une maison familiale. Le mot, très sibyllin, lui indique seulement qu'Alice va mal. Il apprend qu'elle est dans un établissement psychiatrique depuis un long moment, suite à la mort de sa petite fille.
   
   Quant à Hugo, diplomate en Afrique, il a vécu une épreuve qui l'a changé. Blessé lors d'un guet-apens, il a été soigné par des Touaregs et garde le souvenir tenace d'une femme qui le veillait. Les deux histoires s'entrecroisent. Ce sont donc deux êtres meurtris qui vont essayer de se retrouver.
   
   Est-ce la distance adoptée par l'auteur qui m'a maintenue en dehors de toute émotion ? Le narrateur s'adresse à Alice et non pas au lecteur. Les motivations des uns et des autres me sont restées obscures. Bref, je suis passée complètement à côté. L'écriture n'est pas en cause, elle est exigeante, fouillée, il y a plusieurs strates de lecture, mais voilà ça n'a pas marché. Peut-être trop de folie du côté d'Alice, difficile à saisir.
   
   Je suis d'autant plus déçue que j'avais aimé deux romans précédents de l'auteur "La passion Savinsen" et "La question humaine".

critique par Aifelle




* * *