Lecture / Ecriture
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Histoires naturelles de Jules Renard

Jules Renard
  Le mauvais livre et autres tablettes
  R comme: Le journal de Jules Renard lu par Fred
  Histoires naturelles
  Les pensées
  Dès 07 ans: Histoires naturelles

Jules Renard est un écrivain français né en 1864 et décédé de maladie (artériosclérose) en 1910.

Histoires naturelles - Jules Renard

Bestiaire oublié
Note :

   J'ai lu, il y a longtemps, "Poil de carotte" et l'écriture de Jules Renard m'avait alors embarquée dans un univers où la nature est très présente. Renouant, avec la lecture des classiques, c'est avec bonheur que je suis tombée, à la médiathèque, sur les "Histoires naturelles": près de soixante-dix animaux se voient croqués par un Jules Renard maniant, avec bonheur, l'humour et la poésie.
   
   En quelques mots, il dresse un portrait-robot enjoué ou nostalgique de chaque animal, le parsemant de clins d'oeil et de douce ironie "Le geai: le sous-préfet aux champs." Il utilise les mots comme autant de pigments, de pixels dévoilant une image prise sur le vif: le lièvre au gîte, les perdrix affolées, le pinson invisible chanteur, se dévoilent sous la force évocatrice d'un mot finement choisi.
   
   Le menu peuple des bois et des champs, les âmes discrètes des jardins, les figures emblématiques de la basse-cour ou du monde agricole, deviennent les héros d'un autre type de fables: héros d'histoires que la nature offre aux regards de celui qui sait patienter et observer... Il y a de La Fontaine en Jules Renard! Chez dame Nature, la parade et la péroraison sont aussi de mise, de même que les duels, les vaines batailles ou les délicieuses piques pourfendant de leur dard leur pauvre victime et les animaux sont parfois un tantinet sots.
   
   Le souci permanent du détail est une joie apportée au lecteur avide de sensations poétiques et de surprenantes esquisses: les animaux défilent au gré de la promenade du chasseur d'images qu'est Jules Renard, sous les yeux parfois humides du lecteur ému et étreint par l'empathie de l'auteur.
   Le bal de la faune et de la flore se déroule joyeusement, avec la tendresse nostalgique d'une enfance en harmonie avec la nature et les délicieux frissons qu'elle dispense.
   
   Un recueil de textes qui restent d'une étonnante modernité: à lire et conter même aux jeunes enfants!
   
   Ravel a mis en musique le bestiaire de Renard.
   Et il existe des versions, joliment illustrées, pour les enfants.
   
   "Le Hanneton
   Un bourgeon tardif s'ouvre et s'envole du marronnier.
   Plus lourd que l'air, à peine dirigeable, têtu et ronchonnant, il arrive tout de même au but, avec ses ailes en chocolat." (p 109)
   
   "Les coquelicots
   Ils éclatent dans les blés, comme une armée de petits soldats; mais d'un bien plus beau rouge, ils sont inoffensifs.
   Leur épée, c'est un épi.
   c'est le vent qui les fait courir, et chaque coquelicot s'attarde, quand il veut, au bord du sillon, avec le bleuet, sa payse." (p 139)

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critique par Chatperlipopette




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France rurale
Note :

   Jules Renard publie ses « Histoires naturelles » alors que la France était encore un pays essentiellement rural, que l'auteur parisien venait se mettre au vert dans sa Nièvre ancestrale.
   
   Il s’agit d’un abrégé, une sélection d’observations, une leçon de choses de l’auteur sur les animaux de la campagne notamment, domestiques (vache, moutons…), sauvages (Serpent, grenouille, lézard…) ou sur les plantes alentour (la vigne, les coquelicots…) souvent sous forme de prose poétique et méditative dont cette magnifique envolée (si je puis dire) sur le papillon :
   « Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur. »

   Mais aussi avec une bonne dose d’humour et de clins d’œil, ainsi sur la couleuvre :
   « De quel ventre est-elle tombée, cette colique? »

   Ou le serpent : « Trop long. » et bien sûr le dialogue du chien de berger et des moutons, facétie qu’on ressert à l’envi sans savoir d’où elle vient vraiment :
   « LES MOUTONS –. Mée…Mée… Mée…
   LE CHIEN DE BERGER -.Il n’y a pas de mais ! »

   
   Parfois en un récit de quelques pages ou en deux mots comme ici, l’auteur fait du Buffon poétique et se pose en « Chasseur d’images », observateur émérite et minutieux de sa campagne et de ses habitants.
   
   Que dire d’autre sur ces « histoires naturelles » qui n’ait été dit. L’ouvrage se prête assez peu au résumé et à la chronique, étant chronique lui-même, on sombre vite dans la paraphrase. Que dire sinon que ces textes furent longtemps utilisés pour les dictées à cause du choix de leurs mots simples, que cela sent bon le verbe d’antan et la France rurale d’avant la première guerre, qu’on retrouve dans les descriptions bucoliques de Colette plus tard et que ça se lit comme on boit un vin doux avec je ne sais quel bonheur retrouvé.

critique par Mouton Noir




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