Lecture / Ecriture
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Organes de Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon
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Marie-Hélène Lafon est un écrivain français née en 1962. Professeur agrégée de Lettres Classiques, elle a choisi de continuer à enseigner, par goût et pour se maintenir indépendante du marketing de ses livres.


* Interview dans la rubrique "Rencontres"

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Organes - Marie-Hélène Lafon

Chroniques villageoises
Note :

   Une douzaine de nouvelles nous sont ici offertes et "offertes" est bien le mot puisque je les ai reçues comme un cadeau, un album d’images, de photos de famille qu’on aurait ouvert et feuilleté avec moi. Une fois encore, Marie-Hélène Lafon écrit sur son Cantal, sur son village. Une fois encore, elle nous fait cela sans qu’il soit seulement possible d’envisager de la qualifier d’écrivain régional et ce n’est pas l’une des moindres victoires de cet auteur. Elle écrit peut-être sur sa terre natale, mais ce qu’elle écrit a, d’évidence, une portée universelle.
   
   Ici, l’on trouve souvent des objets, titres et centre de la nouvelles. Variations sur un monde à travers un objet, un mouvement et celles, ceux, qui le font: les mazagrans, la robe, le corset, la tirelire, qui sont le point de départ d’un geste, plus largement d’une attitude générale, plus largement encore d’un concept sociétal mais tout cela avec une totale souplesse, comme les choses sont dans la réalité, le tout se cachant derrière le détail, étant dévoilé par l’exposition du dit détail.
   
   L’auteur nous fait voir l’intimité quotidienne d’un monde rural silencieux, où les rôles sociaux sont nets, comme sont nets les rôles familiaux. On retrouve presque notre famille des "Contes du chat perché". On n’en est pas loin en tout cas, mais le regard est autre, proche, empathique, sérieux, objectif, observateur et calme. Pas d’humour. Il est comme ces enfants qui, au cœur du foyer, voient tout, et c’est d’ailleurs des regards d’enfants qui nous présentent les divers tableaux de ce recueil.
   Omniprésents, les rôles féminins et masculins s’imposent: "La saison des grenouilles est brève, violente, il ne faut pas la manquer, elle exalte, elle échauffe les esprits mâles. Les femmes font l’autre travail. Les enfants ont le droit de regarder." (122) Cette distribution des rôles, détaillée dans cette scène, est en fait permanente. C’est un mode de vie. L’auteur se tient en dehors de ces deux pôles, à peu près à la place des enfants. Etre écrivain dispense sans doute des rôles sociaux, voire familiaux.
   
   D’autres nouvelles sont consacrées à un évènement, ponctuel comme la communion ou les premiers émois, ou saisonnier, comme le massacre des taupes ou des grenouilles. A cette occasion, nous voyons en filigrane l’inconscience écologique d’un monde de paysans braconniers déjà nostalgiques de la proche extinction des grenouilles, qui suivra celle des écrevisses, mais totalement incapables de comprendre leur responsabilité dans l’affaire. Ils trompent les gendarmes qui voudraient les empêcher de tuer les grenouilles prêtes à pondre, trouvent cela très drôle et ne voient pas plus loin.
   
   Tout a l’air vrai, tout l’est sans doute, d’une manière ou d’une autre.
   
   De même que dans une nouvelle elle parle des mots qui sont précieux, ou doux etc. on ne peut pas penser que le titre de ce recueil n’a pas été soigneusement pesé et choisi. Il y a dans le mot "organes" quelque chose de fascinant et repoussant à la fois, de trop proche de nous, quelque chose dont qu’on voudrait éloigner et de précieux, vital en même temps, de… pas mal de choses encore. Forte charge pour ce mot, titre non inoffensif.
   
   Cela n’a même plus de sens de parler de la qualité d’écriture de Marie-Hélène Lafon. Elle n’est même plus à examiner. Elle s’impose et n’offre aucun terrain à la discussion. C’est le cas ici encore. Il faut la lire. C’est important.

critique par Sibylline




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