Lecture / Ecriture
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Le dissident chinois de Nell Freudenberger

Nell Freudenberger
  Lucky Girls
  Le dissident chinois
  Les jeunes mariés

Nell Freudenberger est une écrivaine américaine née en 1975 à New York.

Le dissident chinois - Nell Freudenberger

Art's connection
Note :

   Yuan Zhao est un célèbre dissident chinois, artiste peintre réputé pour ses performances illégales dans l'East Village à Pékin. Ayant été remarqué par le professeur Harry Lin, il est invité à se rendre à Los Angelès dans le cadre d'une bourse universitaire afin de faire connaître ses oeuvres au public américain et réaliser un projet artistique. Il est hébergé dans une famille bourgeoise-bohême, les Travers, et se voit offrir un poste de professeur d'art au célèbre collège pour filles de St-Anselm's. Tout semble être au mieux dans le meilleur des mondes possibles: entre les attentions puériles autant que touchantes de la maîtresse de maison, Cece Travers, les ronchonneries de son époux, les frasques du beau-frère, la crise d'adolescence du fils et l'insouciance de la fille, Yuan s'évertue à se faire oublier et observe tout ce petit monde avec une bonhomie un tantinet ironique.
   
   Yuan Zhao perçoit très rapidement les infimes fissures qui lézardent l'apparente harmonie familiale: Cece tente, avec l'énergie du désespoir, de masquer le désarroi dans lequel elle se trouve devant l'indifférence de son époux qui lui préfère la généalogie; elle se démène pour percer les affres de l'adolescence de son fils, aux portes de la dépression et au goût marqué pour les expériences interdites, et remarque combien sa fille s'approche de l'âge adulte. Comment Cece parviendra-t-elle à sortir du labyrinthe compliqué du tissu familial qui lentement s'effiloche et surtout, comment réussira-t-elle à gérer l'apparition, inattendue dans ce paysage, de son beau-frère, dramaturge en pleine crise existentielle et toujours épris d'elle? Son côté "desperate housewife" semble la desservir et pourtant, on ne peut s'empêcher d'éprouver de la tendresse pour ce personnage, papillon prisonnier d'une toile d'araignée: elle n'est plus amoureuse de son mari, elle est trop mère poule, elle se heurte à l'indifférence des siens, sans baisser les bras et, surtout, sans se déconnecter du monde sensible, représenté par son hôte chinois.
   
   Quant au dissident chinois, Yuan Zhao, le fil de l'histoire sème les graines du doute quant à sa véritable identité: pourquoi craint-il tellement d'être en présence du fameux professeur Harry Lin? Est-il réellement celui qu'il paraît être? Les pistes se mélangent et embrouillent les idées, les bribes de solutions portées par la jeune June et ses performances, sortant des sentiers battus, titillent la curiosité et les interrogations.
   
   Par petites touches, Nell Freudenberger, dresse un portrait amusant de la bonne société bourgeoise aisée et intellectuelle californienne: l'engouement pour tout ce qui touche à l'exotisme de l'étranger, une certaine naïveté dans les bons sentiments et surtout une relative incompréhension, malgré toute la bonne volonté du monde, de ce qui n'appartient pas à la micro-société dans laquelle elle évolue. Cette société qui vit toujours à cent à l'heure, qui s'enthousiasme pour quelque chose ou quelqu'un à la vitesse de la lumière et l'oublie tout aussi rapidement... un mode de vie à l'opposé de la vie chinoise, bercée par les siècles d'une longue tradition et lentement secouée par les prémices d'une évolution radicale.
   
   La structure narrative à deux voix du roman transporte le lecteur entre Pékin et Los Angelès, l'emmène au coeur de la créativité bouillonnante des artistes contemporains chinois, bravant les interdits et les convenances pour le triomphe de l'expression artistique. En compagnie des souvenirs de Yuan Zhao, on suit les cheminements, parfois underground, des performers chinois, on participe aux déjeuners du mercredi où les artistes parlent d'art et de ce qui n'est pas de l'art, où la question de la propriété intellectuelle d'une performance est latente mais pas définie: une fois photographiée, pour en garder trace, à qui appartient-elle? A l'artiste performer ou au photographe? L'immersion dans les appartements, glauques de l'East Village, est comme entrer dans l'euphorie créatrice des artistes et regarder, avec intensité, leurs tableaux vivants.
   
   "Le dissident chinois" est un roman qui se laisse lire avec plaisir, qui embarque le lecteur au coeur d'un exil intérieur et dans un voyage inattendu dans l'art contemporain chinois ainsi que dans les gestes répétés à l'infini, imitateurs des grands classiques. On ne peut que se laisser entraîner dans les paysages du rouleau "Lui Chen et Ruan Zhao dans les monts Tiantai", copié et laissé en guise d'ultime message par Yuan Zhao à Cece.
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critique par Chatperlipopette




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Peut mieux faire
Note :

   Yuan Zhao, artiste renommé dans le milieu de l'art contemporain et de la performance, bénéficie d'une opportunité pour exposer aux États-Unis. Logé chez les Travers, il a en charge un cours d'art dans un collège réputé. Cece Travers, la mère de famille, est ravie de le recevoir. Entourée de Gordon, son mari, et de ses enfants Olivia et Max, elle met tout en œuvre pour que Yuan Zhao se sente le mieux possible: elle a aménagé la maison de piscine, se passionne pour l'œuvre de Yuan Zhao et veille, par le biais de son activité au collège, sur les élèves de son pensionnaire, parmi lesquelles Olivia. Mais l'arrivée inattendue de Phil, son beau-frère avec lequel elle a eu une relation, met en lumière les difficultés de son couple. Difficultés que la présence de Yuan Zhao ne fait que voiler...
   
   
   J'ai une impression mitigée sur ce roman. Il est agréable à la lecture, intéressant dans ces deux parties principales, mais laisse un goût de trop peu, un sentiment d'inachevé.
   
   Une de ces parties consiste en la description de l'arrivée de l'artiste chinois dans cette famille américaine aisée. Les Travers ne sont en effet pas dans le besoin, et la piscine est le symbole de cette aisance. Gordon Travers est psychologue et a connu un important succès de librairie, qui a assis sa place à l'université. Olivia est une élève brillante, membre d'une troupe de danse qui vient de faire un voyage en France, mais Max, le fils, pose plus de problème. Sa petite amie n'est pas forcément la bienvenue dans la famille, car venant d'un milieu qui n'est pas celui des Travers. Ce petit monde riche, fermé sur lui-même, est mis à mal par l'arrivée de Zhao, mais surtout par le retour de Phil. Ayant eu une liaison avec son beau-frère, Cece est mal à l'aise, et elle va essayer de le cacher derrière son activité pour intégrer Zhao. On découvre donc la vie de cette famille, plutôt intéressante d'ailleurs.
   
   L'autre pan du roman est consacré à la vie de Yuan Zhao à Pékin, dans l'East Village. Cette zone de la capitale chinoise est connue, au début des années 90, comme le repère des artistes contemporains, que le pouvoir refuse. Les œuvres, éphémères, mettent les corps à nu, leur font subir des sévices au nom de l'art. Cette plongée dans le monde artistique de cette époque et de ce pays, est très instructive, et permet d'en connaître un peu la face cachée. Cette partie de l'intrigue permet aussi une réflexion intéressante sur la question de la propriété de l'œuvre: en tant qu'œuvre éphémère, les seuls traces de ces expériences sont les photos, et l'artiste photographe, comme le performer, revendiquent la paternité de ces photos. Débat qui n'est pas tranché, mais la question est intrigante.
   
   Malgré cette intrigue sur deux plans qui tient la route le long des 450 pages, il manque des éléments pour en faire une histoire forte. Yuan Zhao a un secret, mais le dévoilement, à la fin du roman, est un peu un pétard mouillé. Les œuvres déroutantes de June Wang, à base de poissons morts, apportent un côté absurde et drôle, comme le voyage du galago en avion, mais ces moments sont trop peu nombreux pour emporter une adhésion plus forte. Bref, un moment pas désagréable, plutôt plaisant même, mais trop lisse pour susciter l'enthousiasme.

critique par Yohan




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