Lecture / Ecriture
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Lydia Cassatt lisant le journal du matin de Harriet Scott Chessman

Harriet Scott Chessman
  Lydia Cassatt lisant le journal du matin

Lydia Cassatt lisant le journal du matin - Harriet Scott Chessman

Pas tout à fait une biographie
Note :

    "Ceci est une île, composée de May et de moi, de son pinceau et de mes gants, de ma douleur et de son regard. Sur sa toile, je me mue en une femme en bonne santé, vêtue de bleu et de blanc. Le soleil et le pinceau me guérissent, le pinceau et le soleil, et les oiseaux français dans un jardin français."
    May, c’est Mary Cassatt peintre américaine impressionniste ayant côtoyé -et aimé- Degas, dotée d'une énergie folle. Celle qu'elle peint ainsi à de nombreuses reprises c'est sa soeur aînée, Lydia. Lydia qu'elle aime d'un amour total, Lydia qui va mourir même si chacun s'obstine à le nier, sauf la malade elle-même.
   
   Harriett Scott Chessmann choisit donc d'interroger cette constance dans la relation peintre -modèle en consacrant un chapitre par tableau peint à la fin de la vie de Lydia, (ces toiles sont d'ailleurs représentées au centre de l'ouvrage).
   
   Pas de biographie donc à proprement parler car l'auteure s'est "immiscée dans leur univers par la pensée l'imagination et par le rêve", soulignant au passage la dichotomie entre les deux soeurs, l'une pleine de vie, revendiquant: "Je suis une artiste. Je suis indépendante. C'est le seul moyen pour une femme d'en être une." et pleine de lucidité répond à sa soeur lui demandant si elle va épouser Degas "-Je ne peux évidemment pas l'épouser, Lyddy(...)Comment le pourrais-je , il anéantirait ma peinture, il m'anéantirait moi-même . Je n'aurais pas le moyen de m'en tirer." Lydia, plus posée mais néanmoins tout aussi clairvoyante et qui n'aura finalement peut être pas eu la plus mauvaise part...
   
   L'écriture d'Harriet Scott Chessman, pleine de couleurs et de métaphores rend palpable l'émotion qui se noue entre les deux soeurs au fur et à mesure que le terme arrive et restitue à merveille l'atmosphère de cette époque. On a envie de découvrir plus à loisirs tout ce monde rempli de lumière et de douceur où rôde la mort.
   
    223 pages lumineuses.
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critique par Cathulu




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Deux sœurs
Note :

   "La maladie offre ses moments de répit. Si elle lâche prise, ne serait-ce que pendant quelques jours, vous permettant de faire à nouveau votre entrée dans le monde, les choses se mettent à resplendir, prenant toute leur valeur à l'intérieur de contours précis. Cette tasse, si légère, tient à présent du miracle. Et d'autant plus que ma sœur la regarde, et me regarde, et prélève de son pinceau, couleur après couleur sur sa palette, et s'attelle à une composition dont je suis le centre. Il y a là, pour moi, de quoi être profondément réconfortée."
   

   L'auteure, s'appuyant sur une documentation solide, a choisi la forme du roman pour décrire le lien fort qui unissait Mary, la peintre, à sa sœur Lydia, qui lui a souvent servi de modèle. Il ne s'agit en aucun cas d'une biographie.
   
   C'est Lydia la narratrice. Atteinte de la maladie de Bright, sentant ses forces la quitter inexorablement, elle accepte cependant de poser pour Mary et c'est autour des cinq derniers tableaux réalisés avec elle que le roman se déroule.
   
   Mary est une peintre qui commence à faire parler d'elle. Elle a exposé avec les impressionnistes et est épaulée par Degas. Elle est vive, énergique et farouchement indépendante. Elle sait ce qu'elle veut, vivre de et pour sa peinture, ce qui est rare à l'époque où le destin des femmes était uniquement de se marier et d'avoir des enfants. Les sentiments qu'elle éprouve pour Degas sont ambigus, Lydia les observe avec une certaine inquiétude. Degas la met mal à l'aise.
   
   Lydia, souvent alitée, admire sa sœur et lui est profondément attachée. Son immobilité forcée favorise ses réflexions et elle revoit les lieux où elle a été heureuse. Discrète et effacée, elle n'en cache pas moins elle-même des désirs et des regrets sur ce qu'elle n'a pas pu réaliser.
   
   La famille Cassatt est riche et fait partie de la bonne société américaine, ce qui a permis à Mary de prendre des cours de peinture aux Etats-Unis. Ils ont vécu en Amérique, en Allemagne, à Paris. Lydia évoque la vie familiale, mais dresse aussi le tableau d'une époque et d'un milieu.
   
   Mary a besoin d'elle pour poser, c'est son modèle préféré et sans vouloir s'avouer que sa sœur va mourir, elle sent sans doute l'urgence de la fixer sur la toile. Lydia de son côté, lucide sur son état, se demande quelle trace elle va laisser dans la vie et dans le cœur de sa sœur. Comment fera-t-elle sans elle ?
   
   C'est une lecture émouvante qui procède par petites touches et serre le cœur pour cette jeune femme sensible, délicate, confrontée à sa mort prochaine, seule avec sa douleur. Elle m'a donné envie d'en savoir plus sur Mary Cassatt et la suite de sa carrière d'artiste, sans la présence de Lydia.
   
   J'ai appris qu'une exposition aurait lieu au printemps au musée Jacquemart-André. J'espère y voir, entre autres, les cinq toiles décrites dans le roman. Ce sera l'occasion de creuser l'histoire de cette famille.

critique par Aifelle




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