Lecture / Ecriture
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Le Canon de Cecil Scott Forester

Cecil Scott Forester
  Le Canon

Le Canon - Cecil Scott Forester

«Et nos bouches proclameront Tes louanges!»
Note :

   Cecil Scott Forester (1899-1966) est surtout connu du grand public pour sa saga maritime en douze volumes: «Hornblower». Il est aussi, et c’est un fait moins connu, l’auteur de «The African Queen», roman immortalisé sur grand écran par John Huston avec dans les principaux rôles Humphrey Bogart et Katharine Hepburn.
   
   Parmi d’autres romans moins connus de cet auteur, dont Winston Churchill pensait qu’il était le plus grand romancier du siècle, figure «Le Canon» qui se situe dans le même contexte historique qu’ «Hornblower», c’est-à-dire à l’époque napoléonienne.
   
   Cependant, nous sommes avec «Le Canon» bien loin des combats navals et des aventures maritimes d’Horatio Hornblower. L’action se déroule en effet en Espagne, en 1808, après que les armées napoléoniennes aient envahi le pays, et que l’empereur des français ait déposé Charles IV et Ferdinand VII pour installer sur le trône son propre frère, Joseph Bonaparte.
   
   Si la Grande Armée a pu venir à bout relativement facilement de l’armée régulière espagnole, il n’en fut cependant pas de même avec la population qui se souleva et embrasa les provinces du royaume. Les fières armées françaises vont en effet avoir fort à faire avec un ennemi fuyant et insaisissable qui pratique les techniques de guérilla. Les régiments disciplinés qui avancent en rangs serrés sur les champs de bataille avec en face d’eux un adversaire utilisant la même tactique n’auront plus cours ici. Les occupants sont harcelés par des troupes peu nombreuses, rapides et invisibles qui, au lieu de faire front face à l’ennemi, frappent par surprise et profitent du moindre point faible pour semer la mort. Ces guérilleros ne sont, pour la plupart, pas des militaires mais des hommes venus de tous horizons qui ont pour objectif commun de rétablir l’indépendance de leur pays.
   C’est l’histoire de certains de ces hommes ordinaires qui nous est contée dans «Le Canon».
   
   Alors que l’ armée espagnole, défaite, fuit devant l’envahisseur, les soldats décident, afin de ne pas se retarder, d’abandonner sur le chemin une lourde pièce d’artillerie dont le transport s’avère des plus malaisés compte tenu de l’énormité de cette arme.
   
   Ce canon abandonné va être retrouvé par des hommes du pays, bûcherons et mineurs qui, sous l’autorité d’un prêtre, vont transporter l’énorme pièce d’artillerie afin de la dissimuler dans une carrière. Deux ans plus tard, un chef de la guérilla viendra à s’en emparer et commencera alors une odyssée violente et barbare au cours de laquelle le canon passera de main en main et sera l’objet de toutes les convoitises et de toutes les trahisons. L’énorme pièce d’artillerie sera témoin de nombre d’exactions, d’exécutions sommaires, de massacres de civils et de militaires, faits qui sont devenus caractéristiques de cette guerre d’indépendance espagnole où la cruauté et la barbarie se sont illustrées de manière particulièrement effroyable. On ne peut, en lisant «Le Canon», que penser aux peintures, aux gravures et aux dessins de Francisco de Goya qui illustra, de la même manière que le fit deux siècles plus tôt Jacques Callot, les malheurs de la guerre avec son cortège d’atrocités, de corps pendus, mutilés et démembrés.
   
   On pourra voir dans ce livre une métaphore de la guerre, de toutes les guerres. Ici pas de figures héroïques mais seulement des hommes terriblement ordinaires confrontés à une situation extra-ordinaire qui bouleversera leurs destins et fera d’eux des braves ou des monstres.
   
   Pas de héros, donc, dans cette histoire, si ce n’est la figure muette de ce canon qui s’achemine dans les plaines du Léon, traînant son imposante masse de terreur et de destruction.
   
   Ce récit sans héros, sans vertueux vainqueurs et sans infortunés vaincus, où le Mal est partout et où le Bien fait preuve d’une cruelle absence, se lit donc comme une parabole sur la guerre, sur le rapport de forces apporté par la puissance des armes, rapport de forces qui, du premier gourdin paléolithique jusqu’à la bombe thermonucléaire, se nourrit des peurs et des ambitions humaines. La portée quasi-universelle du propos de ce roman de C.S. Forester donne à cet ouvrage une dimension épique qui l’inscrit dans la catégorie des grandes œuvres littéraires mettant en scène la condition humaine face à ce phénomène de la guerre omniprésent dans l’histoire des civilisations.

critique par Le Bibliomane




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