Lecture / Ecriture
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La mariée était en noir de William Irish

William Irish
  La mariée était en noir
  Dès 10 ans: Une incroyable histoire
  Irish Blues
  Nouvelles, volume 1
  Irish Murder

William Irish est le nom de plume de Cornell Woolrich, écrivain américain né en 1903 à New York, et décédé en 1968.

La mariée était en noir - William Irish

Noir, le polar
Note :

   Deuxième fois que je lis "La mariée était en noir" et je ne m'en lasse pas. Apparemment le roman a été porté à l'écran par François Truffaut mais je ne l'ai pas vu. Pas influencé donc.
   
   "La mariée était en noir" serait plutôt dans la veine «genre Simenon» mais avec comme un souffle épique en plus. Il y a de la tragédie grecque là-dedans. Impossible de résumer l'histoire sans la déflorer. Je m'abstiendrai donc. Cela dit, une mariée en noir?? Plutôt tragique. Oui, évidemment.
   Beaucoup de tension, de passion, pour un scénario qui sort de l'ordinaire, ou qui, au moins, en sortait en 1940 quand il fût écrit.
   
   Les traits psychologiques sont très finement cernés. Pas d'esbrouffe. On sent le drame venir dès le début, et il parvient encore à nous surprendre. Cornell George Hopley Woolrich, alias William Irish a dû en inspirer plus d'un, et plus d'une! C'est clairement déja un polar moderne, en opposition à des prédécesseurs tel Maurice Leblanc.
   
   « Elle tira une photographie d'une pochette boutonnée sous le couvercle de la valise. C'était le portrait d'un jeune homme...
   Puis elle prit une boîte d'allumettes dans son sac et s'approcha du lavabo ; elle enflamma un coin de la photo et attendit qu'elle fût réduite en cendres...
   ... elle marcha vers la fenêtre ouverte et se pencha, les deux mains appuyées à chaque extrémité de l'appui. Elle semblait se pencher vers la ville, comme pour la menacer.»
   

critique par Tistou




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Un régal qui se mange froid
Note :

   Le roman de William Irish et le film de François Truffaut : La mariée était en noir relatent tous deux l'histoire d'une femme Julie dont le mari, Nick, est tué à la sortie de l'église juste après leur union. La balle a été tirée accidentellement par un groupe de jeunes gens irresponsables, des chasseurs qui avaient l'habitude de se réunir pour jouer aux cartes. Ces derniers s'enfuient pour ne pas subir les conséquences de leur geste irréfléchi et stupide accompli sous l'influence de l'alcool. La jeune femme est désespérée. Elle ne peut supporter la mort de son amour d'enfance et souhaite mourir mais elle ne réussit pas son suicide. Alors elle recherche les cinq coupables et va les supprimer les uns après les autres.
   
    Le roman et le film divergent énormément dans le dénouement. Alors que la mariée de Truffaut parvient à éliminer tous les coupables, celle d'Irish est arrêtée au quatrième meurtre par un policier qui a pu faire le recoupement avec le mariage tragiquement interrompu il y a quelques années. Il révèle alors à Julie ce qui change toute la face du livre.
   
    Dans les deux œuvres, le thème est celui de la vengeance. Si l'on peut comprendre les sentiments qui animent Julie, le lecteur ou le spectateur vont rapidement être fascinés par ce personnage qui agit avec une froide intelligence et une détermination sans faille. Jamais Julie ne sera en proie au doute, jamais elle ne manifestera de faiblesse devant les actes horribles qu'elle accomplit. La déshumanisation du personnage fait froid dans le dos et crée un suspense trouble car notre curiosité est tenue en éveil non parce que nous compatissons avec les victimes mais parce que nous épousons totalement le point de vue de Julie. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas le Mal ou le Bien, interrogation qui devrait être au centre de l'histoire, mais la manière dont elle va s'y prendre pour éliminer ses victimes et son ingéniosité à le faire! François Truffaut n'aimait pas ce film car il regrettait d'avoir présenté le thème de la vengeance en nous amenant à y adhérer. Si ses scrupules l'honorent, il a pourtant réussi une œuvre efficace et forte. Ceci est encore plus vrai dans le film que dans le roman car le réalisateur, coauteur du scénario, élimine tout ce qui peut être extérieur à son personnage. Dans le roman l'inspecteur Wanger mène l'enquête et nous assistons à ses recherches, ses doutes, ses interrogations. Outre que ce parti pris coupe l'action, il affaiblit le récit qui gagne en force dans le film car nous ne voyons qu'à travers la conscience de Julie et par son regard.
   
   Il faut noter que dans les deux œuvres, le récit pêche souvent par son invraisemblance. Dans le film par exemple, comment Julie aurait-elle pu découvrir le nom des coupables alors que la police avait échoué jadis? Pourquoi la jeune mariée a-t-elle vieilli alors que Bliss et Fergus ont toujours le même âge? Dans le roman, est-il crédible que l'on ne puisse pas relever les empreintes de la meurtrière et faire le lien entre tous les meurtres? Il faut reconnaître qu'en lisant le livre et surtout en regardant le film, le spectateur n'a pas le temps de se poser de telles questions! Preuve que le suspense marche. Truffaut applique ici les recettes de son réalisateur vénéré : Alfred Hitchcock!
   
    Tous les acteurs dont Jeanne Moreau dans le rôle principal ou Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy, Claude Rich, Charles Denner, Michael Longdale, sont si brillants que nous ne nous posons pas de questions. Quant aux dialogues, souvent totalement empruntés au livre, ils sont très réussis!
   
   Un petit régal!

critique par Claudialucia




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