Lecture / Ecriture
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Chanson sans paroles de Ann Packer

Ann Packer
  Chanson sans paroles

Chanson sans paroles - Ann Packer

Entre femmes
Note :

   Liz, mariée, deux enfants, a su préserver, par-dessus les années son amitié avec Sarabeth, bien partie pour rester célibataire.
   
   Quand Lauren la fille de Liz tente de se suicider toute cette belle harmonie va lentement mais sûrement se fissurer, cet acte renvoyant trop Sarabeth a son passé douloureux.
   
   "Et qu'était une amie alors? ", c'est à cette question que tentent de répondre chacune de leur côté ces deux personnages féminins qu'Ann Packer peint avec beaucoup d'empathie. On pourrait également y ajouter cette question sous-jacente: "Et qu'était une mère alors? ", Sarabeth ayant eu une mère qui n'a pu ou su assumer ce rôle tandis que Liz se torture à l'idée de ne pas être une mère suffisamment bonne.
   
   En parallèle, un très joli portrait d'adolescente qui s'auto déprécie et n'arrive pas à nouer des liens d'amitié et/ou d'amour.
   
   Que l'on s'identifie à l'une ou l'autre de ces femmes, on trouvera un texte jamais mièvre, parfois acide mais avec une lucidité sans pareille ainsi Liz: "Elle refit la queue pour acheter son paquet de café, alors que la vendeuse essayait, tant bien que mal, de se faire à l'idée qu'elle était payée pour travailler. Elle devait avoir dix-huit ou dix-neuf ans et était si lente que ce ne pouvait qu'être voulu. Liz comprit qu'elle n'aurait pas été aussi énervée si elle n'avait craint que Lauren ne finisse comme elle."
   
   Un très bon moment de lecture.
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critique par Cathulu




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Trois personnages féminins
Note :

    Ta vieille PAL regorge décidément de petites pépites… Ce mois-ci, tu t’es arrêtée sur ce titre d’Ann Packer, un volume de près de 400 pages que tu avais déniché en son temps en bouquinerie, et que tu as dévoré en trois jours. Et ce roman est devenu pour toi, un personnel et subtil coup de cœur !
   
    Pourtant, rien d’éclatant dans ce livre. Nous sommes dans une famille banale, aux Etats-Unis. Liz est heureuse auprès de son mari Brody, et de ses deux adolescents, Lauren et Joe. Évidemment, Lauren semble bien un peu soucieuse, triste, mais Liz est une mère attentive, qui se consacre à ses enfants depuis toujours, et pense savoir garder une juste distance bienveillante… Rien de grave ne peut donc arriver. Et pourtant si. Liz retrouve un beau jour sa fille ensanglantée dans leur baignoire. Alors, tout est remis en cause, le couple, les liens familiaux, ce que l’on croyait acquis…
   
   Ann Packer, sans mièvrerie, sans pathos, avec un regard très juste, sait décrire les répercussions intimes pour chaque membre de la famille du geste de Lauren, qui est immédiatement internée, pour sa sécurité. Elle sait décrire aussi très bien l’adolescence et cette barrière soudain levée entre les enfants et leurs parents, malgré l’affection et le soutien inconditionnel. Et puis il y a Sarabeth, cette amie de Liz, célibataire, ayant vécu elle aussi autrefois un drame, le décès brutal d’une mère particulière, que ce geste de Lauren va complètement paralyser, alors qu’elle sombrait déjà par le souvenir d’une relation amoureuse perdue. Le lecteur suit donc en parallèle le parcours de ces trois femmes, avec leurs caractères différents, leurs fragilités, leurs manières différentes de survivre et de prendre leur place dans la société.
   
   Tu as tout aimé dans ce titre, et pour une fois tu t’es sentie proche de chaque personnage féminin, alternativement, ce qui est assez rare. Une lecture forte, mais qui prend le temps de fouiller psychologiquement chaque portrait, et de s’asseoir longuement sur un perron, dans le calme d’une cuisine… Un roman, qui ouvre la possibilité de toutes les renaissances.

critique par Antigone




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