Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Seule Venise de Claudie Gallay

Claudie Gallay
  Dans l'or du temps
  Les déferlantes
  Seule Venise
  L'amour est une île
  Une part de ciel

Claudie Gallay est une écrivaine française née en 1961.

Seule Venise - Claudie Gallay

Dispensable
Note :

   Si vous aimez les histoires d’amour douces et tristes qui s’étirent en un lieu hautement (et traditionnellement) romantique, avec un libraire dans le décor (car vous aimez les livres plus que la viande, alors un boucher, ça n’allait pas; et puis, comme disait Marcel Aymé, il y a une hiérarchie dans le commerce). Si vous n’avez rien contre, dans le décor également, un jeune couple d’amoureux dont la femme est danseuse, un vieux prince russe, un logeur original et un peu malheureux… vous allez adorer ce livre. Moi, je me suis un peu ennuyée.
   
   C’est agréable à lire, cette histoire de chagrin d’amour qu’on efface à Venise l’hiver dans un décor feutré d’autres histoires d’amour présentes et passées. Ça se lit bien, mais au fond, ça ne m’intéresse pas. Ce nombrilisme de la narratrice cajolant sa peine à laquelle elle se dévoue entièrement allant jusqu’à solder tous ses comptes pour aller tout claquer à Venise en son honneur m’a laissée sceptique. Que fera-t-elle ensuite? Quand elle n’aura plus d’argent pour… je ne sais pas moi, manger par exemple? Vous me dites que dans ces circonstances on ne pense plus à cela? Moi si. Mais même, admettons. Disons alors que c’est ce moment là qui m’aurait intéressée. Elle est à Venise (si vous y tenez), elle n’a plus un sou. Elle a faim et elle est à la rue. Son cœur est brisé aussi, par parenthèse. Que fait-elle, que pense-t-elle? Continuera-t-elle à ne rencontrer que des gens cultivés et bienveillants? Oui, cela m’aurait déjà davantage intéressée, encore que…
   
   Mais bon, ne nous égarons pas. Nous sommes à Venise en hiver pour guérir d’un chagrin d’amour absolument irréparable bien que notre héroïne flirte sérieusement dès les premières heures avec ce libraire auquel elle s’adresse dans ses écrits et qu’elle vouvoiera d’un bout à l’autre du livre, m’agaçant grandement en cela car je jugerai cette affectation précieuse… et ridicule.
   
   Bref, c’est bien écrit, ça se lit très bien, c’est sans intérêt particulier.
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Venise et l'amour = en été au début, en hiver à la fin
Note :

   Venise en décembre, une pension. Un lieu comme un autre pour lécher ses blessures après une rupture. Quitte à y retrouver le goût de vivre au gré des rues et des canaux de la ville, au gré des rencontres qui, parfois, font renaître le désir quand on le croyait mort.
   
   A se demander s'il est possible de résumer proprement et sobrement "Seule Venise". Ou alors en style télégraphique? Venise - stop - Cœur brisé - stop - Joue aux échecs - stop - Libraire - stop. Pas plus convaincant: "Seule Venise" ne se raconte pas, parce qu'il ne s'y passe pas grand chose: une femme s'y rend comme pour s'y enterrer, elle y retrouve le goût de vivre. Entre ces deux moments, il y a la plume de Claudie Gallay, sa manière de décrire Venise qui donne l'envie immédiate d'aller se perdre à Torcello ou dans les ruelles de la ville, il y a ces personnages dont elle croque les amours malheureuses et les choix avec une certaine finesse. Au sein de la pension de Luigi, tous les moments amoureux ont rendez-vous: le fusionnel des débuts, le brisé, celui qui renaît de ses cendres, les prémisses... Mais ce n'est finalement pas cela qui m'a touchée. Au contraire même. J'ai suivi avec un intérêt mitigé, voire par moment un peu de lassitude la renaissance de cette femme, restant en surface de son histoire comme de celle du prince ou de Carla et Valentino. Pour moi, tout cela a sonné un peu trop "construit", trop évident. C'est Venise que j'ai aimée dans ces pages, son atmosphère sereine qui peut se faire pesante, la neige, l'humidité de ses murs, ses couleurs, décor parfait pour des histoires d'amour un peu tristes et la note d'espoir qui résonne tout à la fin.
   ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Décevant et creux
Note :

   Je suis allée à la médiathèque avec la liste de tous les titres que j’avais glanés dans vos blogs mais… Je n’en ai trouvé que deux. Seule Venise de Claude Gallay est un de ceux-là.
   
   Ma première remarque concerne la minceur et le manque d’originalité de l’intrigue; je crois avoir lu cette histoire des dizaines de fois.
   
   Un femme, la quarantaine, est "plaquée", pour reprendre ses termes, par son amant : souffrance insupportable, tentative de suicide, anéantissement proche de la folie … Alors, l’héroïne craque, casse sa tirelire et part à Venise pour une durée indéterminée. Elle s’installe dans une pension et se lie d’amitié avec un vieux prince russe qui a fui la révolution (en effet, il doit être vieux !) et elle rencontre un libraire qui lui prête des livres et dont elle tombe amoureuse…. Je ne vous en dis pas plus.
   
   Bon, d’abord, bonjour les poncifs, le prince russe à Venise, le libraire obligatoirement séduisant … Aucun personnage n’a vraiment une épaisseur psychologique. Ce sont des figures que l’on peut désigner par leur titre ou leur métier, le prince, la danseuse, l’aubergiste etc. mais ils n’existent pas, pas même elle, l'amoureuse désespérée, qui manque de vraisemblance : suicidaire mais prête à remplacer son grand amour une semaine après son arrivée à Venise ! Accompagnatrice dans des voyages en Italie, mais complètement ignare, elle semble n’avoir jamais rien lu. En dehors de cela, on sait peu de choses d’elle.
   
   Donc, "Seule Venise" se révèle à mes yeux un roman bien décevant et creux. Heureusement, il y a Venise, la vieille cité que le texte nous invite à arpenter, des anecdotes, une foule de petits détails que nous saisissons au passage dans cette errance : la Fenice dont les vénitiens viennent récupérer les cendres après l’incendie, la bora au souffle glacial, le pont de l’Académie, Le Rialto, les reflets gris de la lagune, le cimetière San Michele, Torcello, la Ca’ Dario et ses mosaïques… Et là, j’aime ces passages tout simples, poétiques, par petites touches, ces phrases sans grandiloquence, au présent de narration, qui nous font voir la ville, ses beautés et sa mélancolie. Beaucoup de charme se dégage de ces promenades ! Finalement pourquoi un prétexte romanesque? Venise se suffit à elle-même !
   
   "La Calle delle Capucine, une ruelle tout près de la pension, une passe étroite qui s’enfonce entre deux hauts murs et permet de rejoindre les quais de Fondamenta Nuevo. La pierre y est rongée, grattée. Le vent s’engouffre là-dedans comme dans un couloir. Tout au bout, la masse grise de l’eau. Les murs de briques rouges. L’île San Michele, l’île des morts. Tous les morts de Venise. Là-bas. Ensevelis.
   On dit que les murs du cimetière s’enfoncent. Qu’un jour, des pans entiers glisseront dans la lagune et qu’ils emporteront les cercueils avec eux. Ce jour-là, on ne saura plus qui est qui, et alors la mort reprendra ses droits.
   On dit que ce jour-là n’est pas loin."

critique par Claudialucia




* * *