Lecture / Ecriture
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Le Chant des Gitans de Fernanda Eberstadt

Fernanda Eberstadt
  Le Chant des Gitans

Le Chant des Gitans - Fernanda Eberstadt

La new-yorkaise, la rumba et les gitans
Note :

   Au cœur de Perpignan, les gitans habitent le quartier Saint-Jacques (qu'ils appellent Sant Jaume). En 2005, des émeutes ont opposé cette communauté gitane aux Maghrébins de Perpignan. Ce quartier fut auparavant le ghetto juif. Etablis en Catalogne depuis des siècles, ils constituent une exception en Europe de l'Ouest puisque sédentarisés depuis longtemps, et parce qu'ayant développé une culture musicale propre. Cette double caractéristique a suscité l'intérêt d'une intellectuelle américaine qui a passé sur place six années. Ce séjour lui a permis d'entrer dans l'intimité de quelques familles gitanes apparentées, dont les hommes ont formé le groupe Tekameli. Sony en a diffusé les créations issues de la rumba et de leur foi pentecôtiste.
   
   La musique n'est pas le seul fil conducteur de cette enquête qui ne prend jamais une tournure universitaire, l'auteure choisissant de développer son sujet par une approche familière voire intime. Diane et Linda, femme et belle-sœur du musicien Moïse, font découvrir à Fernanda Eberstadt un monde à part. La vie quotidienne les sépare largement des “paio” (les non-Gitans dits aussi “gadjo”), tandis que les traditions familiales, reposant sur une forte domination des femmes accentuent les effets négatifs du manque de scolarisation. Le mariage précoce, la virginité de la fille, l'abandon des études, sont autant de facteurs qui replient ce groupe humain sur lui-même. Le fort analphabétisme, tant en français qu'en catalan ou castillan, empêche une meilleure intégration dans la société occidentale, d'où un niveau de revenu insuffisant aux effets désastreux sur la santé des personnes. Des traits de mentalité particuliers (pas de réveil-matin, pas de respect des horaires, les tenues criardes des femmes, le goût des bijoux ostentatoires…) sont analysés par l'auteure new-yorkaise, parfois moins déstabilisée par la culture des Gitans que par la laïcité républicaine ou la sociabilité méditerranéenne.
   
   Le maintien des coutumes, y compris les combats de coq, est donc le leitmotiv de cette étude "sociologique" qui se dévore comme un roman. Vous l'avez deviné, Fernanda Eberstadt est également romancière.

critique par Mapero




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