Lecture / Ecriture
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Elémentaire, ma chère Sarah! de Jô Soares

Jô Soares
  Elémentaire, ma chère Sarah!
  L'Homme qui tua Getúlio Vargas
  Les yeux plus grands que le ventre
  Meurtres à l’académie

Jô Soares est un "touche à tout" brésilien né en 1938 : présentateur de télévision, auteur de chansons, humoriste, dramaturge, acteur, musicien, écrivain, peintre et artiste plastique.

Elémentaire, ma chère Sarah! - Jô Soares

L'homme de Rio
Note :

   Sarah Bernhardt, en 1886, est en tournée, triomphale, en Amérique du Sud: sa première étape est brésilienne. Elle se produit à Rio de Janeiro, où le Stadivarius "Le chant du cygne" de la belle et jeune baronne Maria Luisa de Albuquerque a été volé, au grand dam de l'empereur Dom Pedro qui le lui avait offert! Cette délicate affaire embarrasse sa majesté qui ne voudrait pas contrarier l'impératrice et encore moins voir sa vie intime étalée dans les journaux. Lorsque la divine Sarah apprend cela, elle conseille vivement à Dom Pedro de faire appel à son vieil ami... Sherlock Holmes en personne: le célébrissime détective résoudra, en moins de temps qu'il faut pour le dire, cette épineuse affaire.
   
   A peine arrivé, flanqué du fidèle Watson, Holmes se lance à la recherche du Stradivarius et s'intègre, naturellement, à la joyeuse société des intellectuels et artistes de Rio, noctambules et fêtards invétérés. Cependant, Holmes, tout en enquêtant sur le vol, se trouve confronté à d'autres évènements plus sanglants: deux meurtres ont eu lieu, perpétrés sur de très jeunes femmes, avec comme points communs, une langue tranchée et une corde d'instrument de musique entortillée sur leur intimité. Le commissaire Mello Pimenta se demande quel meurtrier pervers a pu commettre de telles horreurs et sollicite l'aide de notre détective londonien.
   
   Entre les joyeux drilles de la bande de la Confrérie des Fainéants, les vapeurs ronchonnes de Watson (qui ne s'acclimate vraiment pas!), les sollicitations érotiques d'une jeune métisse qui lui fait tourner la tête au point d'en presque perdre sa virginité légendaire, Sherlock expérimente les volutes apaisantes du cannabis, plus luxuriantes que le fog de Londres, les soirées mondaines au cours desquelles il joute musicalement au violon, et lance non seulement la mode des costumes blancs sous les tropiques, mais encore invente un cocktail ainsi qu'un nouveau concept en criminologie... celui du serial killer!
   
   Jô Soares s'en donne à coeur joie avec cette enquête très spéciale de Sherlock Holmes: il explore l'univers des aventures de notre célèbre détective avec la facétie du pastiche où Holmes est souvent très proche du ridicule hilarant... surtout lorsqu'il se lance dans ses déductions imparables qui tombent à chaque fois à côté (c'est qu'il devient un peu myope notre héros à casquette et pipe!). Jô Soares dresse un portrait amusant de la bonne société brésilienne, largement francophile, charmée par la venue d'une célébrissime actrice, qui s'exprime, l'air de rien, en alexandrins comme si elle était en éternelle représentation; promène son lecteur au coeur d'une cité grouillante et agitée où les étudiants enthousiastes étalent leurs manteaux et capes en guise de tapis pour la Divine Sarah, une ville pittoresque avec ses fontaines, sa vie nocturne, sa librairie polyglotte,"L'antre d'Aphrodite", pourvoyeuse des dernières parutions européennes, délices des intellectuels, éternels exilés mais solidement ancrés dans le sol brésiliens, ses clubs de musique classique et ses cafés où les bohêmes peuvent grignoter à toute heure. On déambule, le soir, après une représentation ovationnée de la Divine, dans les ruelles calmes où rôde, invisible et inquiétante, l'ombre du tueur en série, l'assassin aux couteaux et aux cordes de violon... parce que ces cordes sont celles d'un violon qui pourrait être le fameux Chant du cygne, disparu. L'assassin serait-il mélomane? En effet, le soir de chaque crime, une musique ténue s'envole vers les toits!
   
   Sous la plume de Soares, Sherlock Holmes prend une dimension humaine: il commet des erreurs, il est attiré par les représentantes du beau sexe (ce qui est fort rare dans les récits de Sir Conan Doyle), il est affecté par de vulgaires inconvénients tels que les maux de ventre ou la myopie. Bref, ce n'est plus une icône intouchable, d'ailleurs le "serial killer" met le doigt sur sa fatuité et son incapacité à trouver la signification des indices laissés sur le lieu de chaque crime, mais un homme ordinaire et touchant. Quant au docteur Watson, malgré son séjour aux Indes, il ne supporte pas le climat brésilien et l'auteur en dresse un portrait caricatural: celui d'un européen, anglais, qui ne parle que sa langue et semble étonné, voire choqué, que le reste du monde ne le comprenne pas! Watson est grognon, ne fait aucun effort pour s'intéresser à son environnement, passe son temps à avoir peur d'attraper microbes et maladies, reste toujours en dehors des conversations et est affublé, en plus de son mortel ennui, d'une capacité à être grugé et moqué qui prête à rire.
   
   "Elémentaire, ma chère Sarah!" est un roman sympathique, agréable à lire, amusant par le contexte particulier dans lequel l'auteur fait évoluer les deux célébrités, de fiction et réelle, de cette fin du XIXè siècle, Sarah Bernhardt et Sherlock Holmes. Par la même occasion, Jô Soares apporte sa pierre au sujet de l'identité possible d'une autre célébrité de l'époque....Jack l'Eventreur!
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critique par Chatperlipopette




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Drôle, mais glauque
Note :

   C'est avec beaucoup d'enthousiasme que je me suis plongée dans ce polar qui avait le grand mérite de faire de Sherlock Holmes l'un des principaux protagoniste de cette enquête. L'action se situe en 1886 au Brésil. Le grand détective a été sollicité par son amie, l'illustre actrice française Sarah Bernhardt, en tournée dans ce pays, afin de résoudre une enquête délicate : le vol d'un coûteux Stradivarius qui embarrasse Dom Pedro, le souverain du Brésil. Mais voilà, sitôt débarqué à Rio de Janeiro en compagnie de l'inséparable docteur Watson, Holmes devra également aider le commissaire de police Mello Pimenta, lequel est chargé d'enquêter sur une série de crimes particulièrement crapuleux.
   
    Outre la présence de mon détective favori, le roman a beaucoup d'atouts. Il permet d'abord au lecteur de faire connaissance avec le Brésil de cette époque, et Rio en particulier. Fort belle ville où se mêlent joyeusement l'aristocratie dans les splendides quartiers, la population la plus pauvre, les Indiens et les esclaves.
    Autour du souverain et de Sarah Bernhardt gravitent nobles et intellectuels fort épris de culture française.
   Très vite, Sherlock Holmes établit la relation entre le vol du Stradivarius et la série de crimes commis sur des femmes...
   
    A la fois érudit et cocasse, ce polar est très bien réussi au niveau de l'intrigue. Grâce à quelques chapitres judicieusement insérés, le lecteur peut entrer dans les pensées du mystérieux meurtrier qui se joue de Sherlock et de la police locale. La fin est très surprenante, et de nombreux clins d’œil parsèment le roman, dont l'un au plus terrifiant des serial killers de notre époque.
   
    Le digne Sherlok Holmes est passablement tourné en ridicule. Intelligent certes, parlant couramment le portugais et doté d'une culture impressionnante, mais dont les célèbres déductions se retrouvent presque toujours fausses. Ce qui ne l'empêche pas d'être extrêmement suffisant et sûr de lui. A ses côtés, Joares dépeint un Watson ronchon et guère aventureux, qui ne comprend strictement rien à ce qui se passe et qui regrette fort d'avoir quitté le brouillard Londonien. Holmes en revanche découvre les joies du cannabis et succombe aux charmes d"une jolie métisse.
   
    J'avoue avoir beaucoup ri. Holmes et Watson enchaînent les répliques tordantes et les gaffes, L'immense Sarah s'exprime le plus souvent en alexandrins, et certaines situations sont vraiment désopilantes.
   
    C'est bien justement pour ça que cette bonne humeur ne colle pas vraiment avec la nature des crimes.
   
    En fait, deux choses m'ont gênée dans le roman. Les crimes sont particulièrement sordides. Fallait-il pour autant surenchérir dans les détails immondes? Les actes du tueur sont un peu trop "glauques" pour moi. On peut très bien terroriser le lecteur d'un polar sans accumuler les détails sur les perversités d'un tueur...
   
    Deuxième point, le rapport de Sherlock aux femmes. Je trouve très amusant que des pastiches se moquent de l'illustre détective en accentuant tel trait de son caractère ou même en le ridiculisant un peu. Et tout a été dit ou suggéré sur l'absence d'histoire entre Holmes et une femme. Il eût été plus élégant et plus drôle de nous épargner les détails salaces.
   
    Mais il est vrai que de nos jours un écrivain, et qu'importe la nationalité, se doit d'inclure dans un roman (et quel que soit le sujet) un peu de sordide, de sexe et de détails scatologiques. J'imagine que c'est la recette idéale pour plaire aux éditeurs et aux lecteurs. L'auteur prouve ainsi qu'il est moderne, bien ancré dans la réalité et sans tabou, décomplexé quoi... Au risque de paraître vieux jeu, je dirai que ce manque d'élégance m'agace. Heureusement que tous les écrivains ne cèdent pas à ces facilités...
   
    Quoi qu'il en soit, et malgré ces quelques reproches, je conserve globalement une très bonne opinion de ce roman qui m'a fait passer un excellent moment.
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critique par Folfaerie




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Incompatibilité culturelle
Note :

   Titre original : A samba for Sherlock
   
   Holmesophile de toujours, je ne pouvais pas ne pas m'intéresser à ce roman. Quel que soit l'auteur, je peux rarement résister aux romans Holmesiens. J'apprécie généralement ces pastiches, même moqueurs, ou ces variations sur le thème de Sherlock. Cela m'intéresse de voir ce que les auteurs en ont fait, comment ils se le sont approprié et ce qu'ils ont été capables de tirer de ce matériau hautement symbolique.
   
   Mais là, non.
   
   De la première page à la page 130 où j'ai finalement déclaré forfait, je me suis tout le temps ennuyée. Ennui léger ou profond, désintérêt superficiel ou catégorique, telles ont été les variations de mon humeur.
   130 pages, je trouve que, dans ces conditions, c'est déjà beaucoup. S'il en était alors resté 20, j'aurais terminé au forcing, mais il en restait encore 280! et là, je ne m'en suis pas senti le courage.
   
   Ce que je reproche à ce bouquin? L'histoire n'avance pas. Il se passe des choses, un meurtre ou deux mais pas captivants et un peu répugnants qui plus est. L'assassin a un côté besogneux et appliqué qui colle mal avec la violence de ses crimes. Holmes arrive, mais il n'a pas plus de charisme que le morne assassin, des incidents se succèdent mais on ne sent pas cet élan unitaire qui relie tout et donne l'impression d'être emporté par une histoire. Sarah Bernhardt est peut-être divine, mais les alexandrins (surtout traduits) ça va bien cinq minutes, plus, c'est trop. Or elle parle toujours en alexandrins. Watson est pénible; lui non plus ne gagne pas ce petit rien de sympathie qui lui attachait le lecteur; à partir de là, il peut bien devenir ce qu'il veut...
   
   L'action semble morcelée, les détails sont déplaisants, plutôt vulgaires et je n'ai même jamais vraiment eu grande envie de savoir qui était l'assassin. C'est embêtant dans un roman à énigme.
   
   Les gaffes de S. Holmes s'accumulent sans amuser (exemple: il se retourne et fait tomber un vase précieux sans même s'en rendre compte, tu parles d'un gag hilarant!), ses déductions complètement fausses, c'est drôle au début, mais quand on en est à la Nième série "déductions fausses/réalité différente"... pour tout dire, on finit par sauter la page (car en plus c'est bien détaillé). Et donc, ce n'est pas drôle, ce n'est pas émouvant non plus. C'est quoi alors? Je veux dire, à part répétitif.
   
   La présentation des intellectuels et artistes brésiliens de l'époque prend l'allure d'une cascade de noms avec petit dictionnaire à la fin de l'ouvrage pour en savoir plus à leur sujet, ce qui a mon avis n'est pas du tout une bonne façon d'enrichir le roman d'un apport culturel. Leur implication dans le récit est pour la plupart très faible et l'on n'en garde pas grand souvenir.
   
   Comme je l'ai dit, j'aurais pu boucler l'affaire si cela avait été moins long mais reprendre son bouquin avec toujours le même ennui après deux meurtres et l'arrivée de Holmes, c'est un signe qui ne trompe pas: signe qu'il vaut mieux en rester là d'autant que l'écriture est sans charme particulier.
   
   C'est dommage, le cadre était bon et aurait pu porter une histoire passionnante. Mais ce Holmes-là, je n'y ai pas cru, pas eu non plus envie de le connaître mieux. Le froid intellectualisme du Cerveau de Baker Street avait mal supporté la moiteur tropicale. Tant pis. Je me demande si le jeu n'était pas un peu sadique et si Soares ne voulait pas démolir Holmes. Mais c'est raté et c'est lui qui est resté sur le carreau.

critique par Sibylline




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