Lecture / Ecriture
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Et Dieu fit le dimanche... de Walter Macken

Walter Macken
  Les vertes collines & autres histoires
  Et Dieu fit le dimanche...
  Le seigneur de la montagne

Régulièrement édité chez «Terre de Brumes» cet auteur est né à Galway en 1915 et y est mort en 1967. Il fut également acteur à l'Abbey Theatre, puis directeur du «An Taihbdhearc», théâtre en langue gaélique de Galway. En plus de ces romans, il est également l'auteur de plusieurs pièces de théâtre.

Et Dieu fit le dimanche... - Walter Macken

Le jour du seigneur!
Note :

   Walter Macken est un auteur relativement peu connu en France et je trouve que c'est dommage.
   
   Recueil de treize nouvelles de longueurs différentes, passant de 60 pages à 10 pages. Mais pour la qualité, elle est là!
   «Un mot avant de commencer» qui débute ce livre est une très belle histoire, proche d'une certaine réalité, quand des linguistiques encourageaient les habitants des îles à raconter leurs vies, pour que ce monde ancien ne disparaisse pas entièrement. Un écrivain vient régulièrement sur une île (une des îles d'Aran?), il tente d'apprendre le gaélique et demande à Colmain, pêcheur, qui est devenu son ami, d'écrire des histoires pendant l'hiver où les sorties en mer sont rares. Malgré quelques réticences, celui-ci accepte, il raconte sa vie en se servant de chaque jour de la semaine. Il s'ensuit un récit âpre et dur comme les conditions de vie, des îliens de l'époque.
   Le lundi, il se remémore la noyade de son père et de ses frères, puis la mort de sa mère trois ans plus tard.
   Le mardi lui rappelle les relations entre les hommes et la mer, la peur qui s'est installée, l'exil qui a supplanté la pêche et son amertume devant cet état de fait. Mais à chaque jour suffit sa peine et chapitre après chapitre la semaine s'écoulera et d'enfant Colmain deviendra un homme avec ses moments de joies et de souffrances.
   
   Il semble presque naturel pour tout un village de se moquer de Gubbler (Le raté), ce simple d'esprit et penser que cela lui fait plaisir, un jour quelqu'un de passage le vengera aux dépends de tout le village.
   
   «Le grand poisson» est une très belle histoire. Une journée de pêche qui s'annonce bien, un vieux pêcheur et un enfant, mais les rêves de prises magnifiques ne sont pas les mêmes pour tous les deux!
   
   «Le conjugateur»: cette nouvelle se passe pendant la guerre d'indépendance. Qui est réellement cet homme, magicien ou autre chose?
   
   Un vieux château doit-il empêcher le soi-disant progrès? Le sauvetage d'un agneau nous ramène dans l'Irlande profonde.
   
   Des personnages souvent très attachants, comme Colmain, marin philosophe et écrivain-conteur nous parle de sa vie et de celle de sa communauté, de ses doutes, de l'émigration vers l'Amérique et des rapports d'amour et de haine de l'homme et de la mer. Un représentant de commerce, s'élevant contre le matérialisme qui prend la place de la religion. Une jeune femme se marie, elle a dix neuf ans, son mari quarante-trois, est-ce son rêve?
   
   Chose assez rare, un personnage récurrent intervient dans plusieurs récits, le père Solo. Celui-ci, ancien footballeur gaélique, est en lutte une fois contre les vieilles croyances païennes dans «Les neufs fers», et également contre tout un village dans «Solo et La pécheresse».
   
   Des enfants également, un de onze ans qui part de chez lui; il ne peut admettre que son chien soit abattu pour avoir tué des agneaux, dans une belle histoire «Lumière dans la vallée». Un autre fait l'école buissonnière, révolté par l'injustice de l'école. Un autre qui dénonce à la police le sort réservé à un vieux lion dans un cirque minable.
   
   Macken ne cherche pas la beauté de l'écriture, bien au contraire, c'est précis et juste, le reste deviendrait de la littérature. Ici, c'est la vie, la mer n'a jamais rendu les hommes bavards, enfin ceux qui en vivent, bien au contraire. Les petites gens ont d'autres préoccupations que le bien parler. Alors l'économie de mots et de sentiments sonne juste dans la vie très ordinaire de tous ces paysans ou marins. Mais ne pas oublier non plus l'humour de certains vieux dictons: «Que le diable arrose ton pudding»ou «A ventre plein, l'église est loin».
   
   A noter une excellente présentation de Jean Brihault.
   
   
   Extraits:
   
   - Je n'avais personne et pas de bateau, et toutes ces choses me sont arrivées un lundi.
   
   - Je ne le méritais pas, mais nous échappâmes à la destruction un mardi.
   
   - ... car je n'étais plus seul, c'est ça que je veux dire, nous nous sommes mariés un mercredi.
   
   - Je n'ai jamais aimé le nom du jeudi. Je ne l'aime toujours pas.
   
   - ..nous avons tous un tonton Patrick en Amérique.
   
   - A quoi cela sert un poisson empaillé? Cela flatte la vanité, et puis c'est tout.
   
   - Le Paradis sur terre, il y a toujours une attrape dedans.
   
   - Les neufs fers c'était du pittoresque, de l'exotisme. Cela ranimait, on ne sait quoi au fond de vous.
   
   - Ils avaient porté l'homme en bière dans la terre jaune. Ils l'enterraient maintenant dans la bière brune.
   

   
   Titre original : God Made Sunday.(1962)
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critique par Eireann Yvon




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Les verts dimanches d'Erin ou Curragh, bossons
Note :

   "Et Dieu fit le dimanche »... est un joli recueil du "Galway man" Walter Macken (1915-1967) dont j'ai déjà présenté ici "Le Seigneur de la Montagne ». Treize nouvelles plutôt rurales et insulaires, plutôt versant Ouest que Dublin. Publié en 1962 le livre est une délicieuse promenade dans ce versant océanique de l'Irlande où rien ne manque. Bien sûr, ayant déjà beaucoup lu le pays, on retrouve des traits communs à d'autres auteurs dont le pays est si riche mais j'ai appris depuis bien longtemps qu'à trop chercher la singularité la littérature peut parfois se fourvoyer. Trêve d'exégèse, quelques nouvelles des nouvelles de Walter Macken en ce florilège dont je vous ai proposé une illustration en version originale non pas parce que je l'ai lu ainsi, ça me serait assez difficile, mais parce que je l'ai trouvé bien jolie.
   
    On y rencontre de modestes pêcheurs réparant leur curragh, petit bateau traditionnel du côté de Dingle. On y rencontre un prêtre, élément à peu près obligatoire. Mais voilà, le Père Henderson, dit Solo, n'est pas le personnage torturé digne des Magdalen Sisters*, mais un brave type courageux qui ne dédaigne pas le football gaélique et penche plutôt du côté de L'homme tranquille de Maurice Walsh mais annexé par John Ford. S'il faut défendre un simple d'esprit ou une fille perdue, deux autres figures très présentes dans les lettres irlandaises de ces années-là, il n'hésitera pas à faire le coup de poing (Solo et la pécheresse, Solo et le simple d'esprit). Ces histoires paraissent parfois presque naïves, dans leur rudesse, où de bons chiens de bergers sauvent les moutons, où les fameux "tinkers", ces nomades irlandais ne sont pas (trop) pourchassés, où même la lutte fratricide et séculaire des deux clans connait quelques relâchements individuels, quelques bonnes volontés. On n'est pas chez le O'Flaherty du Mouchard ou d'Insurrection.
   
    Et puis Walter Macken décrit si bien les nuances de ce pays parfois âpre, tellement laborieux, mais si attachant. "De paresseuses volutes bleues montent des cheminées"."Les agneaux avaient l'air de ballons de laine blanche que les brebis poussaient à coups de pattes".
   
   "Et Dieu fit le dimanche.. ». est une délicate offre de voyage dans un pays qui n'existe plus tout à fait mais qui a cependant la chance d'avoir attiré assez tardivement les curieux pour savoir garder in extremis quelque chose en lui de Walter Macken.
   
   
   * film de Peter Mullan

critique par Eeguab




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