Lecture / Ecriture
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Comment parler des livres que l'on n'a pas lus? de Pierre Bayard

Pierre Bayard
  Il était deux fois Romain Gary
  Les dénis de l'histoire. Europe et Extrême-Orient au XXe siècle
  Comment parler des livres que l'on n'a pas lus?
  Et si les œuvres changeaient d’auteur
  L'affaire du chien des Baskerville
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  Aurais-je été résistant ou bourreau ?

Pierre Bayard est un universitaire et psychanalyste français né en 1954.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus? - Pierre Bayard

Lu et approuvé
Note :

   "Je viens d’un milieu où on lisait peu, je ne goûte guère cette occupation, et n’ai pas le temps de m’y consacrer… car j’enseigne la littérature à l’université ce qui m’oblige à commenter des livres que la plupart de temps je n’ai pas ouverts… "
   c’est l’incipit du livre de Pierre Bayard "comment parler sans être lu"; je veux dire "comment parler des livres que l'on n'a pas lus"
   
    Un début provocateur, fait pour attirer la foudre sur son auteur (pourtant il n’y a pas eu beaucoup de critiques enragées…) qui installe un narrateur «non lecteur» abordant le monde intellectuel handicapé et culpabilisé par son milieu d’origine et une scolarité qui ne relève pas de l’excellence, où il a été constamment suspecté de n’avoir pas réellement lu le livre à étudier.
   
   Ce lecteur déficient, devenu professeur d’université, dénonce l’hypocrisie qui règne dans son monde. A la place qu’il occupe, il peut maintenant dire qu’il n’a pas lu certains classiques incontournables, par exemple, «Ulysses» de Joyce. Personne ne le croira.
   Ce prof n’ira pas jusqu’à dire "je n’ai pas lu Proust"; mais "je me suis mis à distance d’une lecture attentive (par l’oubli, le défaut de mémoire) pour pouvoir en parler, se l'approprier, le réinventer, en faire pourquoi pas la matière d'un livre qui me serait propre."
   
   Thèse de Pierre Bayard :
   Nul ne peut prétendre à la lecture totale ou à la non lecture intégrale. Le lecteur se situe toujours dans un entre-deux.
    Etre cultivé c'est pouvoir situer les livres jugés importants par le monde où l’on tente d’occuper une place, et conséquemment pouvoir en discourir pour être reconnu dans ce monde.
   «La culture est la faculté de situer chaque livre dans la bibliothèque collective et de se situer à l’intérieur de chaque livre (livres parcourus, évoqués, dont on a entendu parler…)».
   
   Pierre Bayard succombe encore à la tentation de remettre en question l’élucidation tenue pour certaine de l’énigme policière d’un ouvrage célèbre. (Non ce n’est pas Œdipe… on nous a déjà fait le coup…)
   D’un ouvrage qui baigne dans les livres, et dont le raisonnement qui résout le mystère, repose sur l’invention du contenu d’un livre que le détective n’a jamais lu, et dont l’existence n’est même pas sûre.
   
   Cette démonstration de Bayard mène tout droit à ses idées les plus convaincantes:
   
   -on lit rarement un livre: on l’interprète en le parcourant en le feuilletant (voire en en lisant la plus grande partie); on s'en sert pour l’élaboration d’un livre intérieur qui est fait de fragments de nombreux livres que l’on s’est appropriés).
   
   - Ce qu’on croit savoir d’un livre (plus ou moins lu) tient pour une bonne part du fantasme: il existe des livres écrans comme Freud parlait de souvenirs-écrans. Inventés pour cacher une vérité dérangeante. Ils renvoient selon l’auteur à la bibliothèque collective, série de livres supposés «lus» c'est-à-dire dont chacun se fait une idée en les situant par rapport à l’ensemble.
   • Le livre réel est toujours masqué par «les commentaires infinis»; nous nous séparons des livres par ce que nous en disons et nous en protégeons par là même. Les discours sur les livres renvoient à un livre inatteignable. Le livre dont on parle en société, ou même pour soi, est un livre fantôme:
   «objet insaisissable et mouvant que nous faisons surgir quand nous parlons d’un livre»
appartenant à une bibliothèque virtuelle.
   Se déprendre de l’idée que l’Autre sait, que l’Autre a lu.
   
   Pierre Bayard a raison de déculpabiliser les personnes paralysées par une relative ignorance. Mais le contraire est tout autant problématique. Une fois que l’on a découvert que l’Autre ne veut pas savoir, c’est bien pire!
   
    Il est aussi des mondes où il ne faut pas parler des livres qu’on a lus, feindre de ne pas les connaître ou de ne pas les aimer pour rester sociable et paraître normal. Si le professeur d’université contraint par son milieu, revendique la non lecture, un petit fonctionnaire anonyme évoluant dans un monde où avoir lu certains livres et en parler est mal vu, pourrait vouloir écrire comment parler des livres qu’on a lus sans les nommer?
   
   Bah! il est nul ce commentaire!
   normal: j'ai lu le bouquin de la première ligne à la dernière!

critique par Jehanne




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