Lecture / Ecriture
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Manazuru de Hiromi Kawakami

Hiromi Kawakami
  Les années douces
  La brocante Nakano
  Manazuru
  Le temps qui va, le temps qui vient

Ecrivain japonaise , née à Tokyo en 1958

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Manazuru - Hiromi Kawakami

Une inquiétante absence
Note :

   Peintre, dans "Les années douces" et "La Brocante Nakano", de la délicatesse et de la subtilité de sentiments qui affleurent à peine à la conscience de ses héros, Hiromi Kawakami révèle avec ce nouveau roman une facette plus sombre de son talent.
   
   Rei, le mari de Kei, l'héroïne de "Manazuru", a disparu douze ans auparavant sans laisser la moindre trace. Depuis lors, la jeune femme a poursuivi son existence: elle s'est installée avec sa mère, elle a regardé grandir sa petite fille, devenue à présent adolescente, et elle a noué une liaison avec Seiji, lui-même marié et père de trois enfants mais qui offre un exutoire à ses aspirations sensuelles et passionnelles. Mais si pleine qu'elle puisse paraître la vie de Kei demeure boîteuse, hantée par une absence qui, faute de s'avouer définitive, n'en est pas vraiment une. Et elle se trouve hantée, aussi, par ces silhouettes inquiétantes, mystérieuses et quelque peu menaçantes, que la jeune femme aperçoit, ça et là, du coin de l'oeil, des silhouettes, celle en particulier d'une femme inconnue, qui ne cessent de la ramener à Manazuru, petite station balnéaire dont le nom est l'une des dernières annotations que son mari disparu avait portées dans son journal...
   
   Flirtant délicatement avec l'étrange et le fantastique, Hiromi Kawakami distille lentement dans "Manazuru" un trouble subtil, reflet des états d'âme de son héroïne qui, déjà privée de son mari depuis plus de douze ans, se voit peu à peu dépossédée de ses souvenirs, occultés parce que trop douloureux, ou plus simplement mais tout aussi inéluctablement effilochés par le passage des années. Elle nous offre ainsi un très beau roman de l'incertitude, de l'entre-deux. Un roman voilé des brumes du bord de mer, et d'une infinie délicatesse.
   
   Extrait:
   
   "Qu'en est-il alors de mon mari? Ce mari qui a disparu, dont je ne connais plus l'apparence, cette coupure soudaine et brutale. Mon mari n'est pas «quelqu'un qui n'est plus», il est celui «qui n'est pas encore là».
   Celui qui n'est pas encore là. Qui apparaîtra peut-être un jour.
   Seul ce qui existe maintenant peut disparaître dans le passé. Ce qui n'est pas là ne saurait être gommé et rejeté dans le passé. Indélébile pour toujours. Absent, et pourtant qui ne disparaît jamais, présent à jamais.
   Encore une fois, la femme a dit: Le bateau...
   Bon, ça va, j'ai compris! Oui, j'irai à Manazuru, ai-je répondu. Au même instant, la pluie s'est mise à tomber." (pp. 95-96)

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critique par Fée Carabine




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Navigation à vue
Note :

   "- le récit est censé être limpide et innocent, pourtant, on ne voit pas où il mène. Et dans l'ombre de certains passages, on découvre quelque chose!"
   
   Une femme, dont le mari s'est évanoui brusquement dans la nature il y a plus de dix ans, se rend régulièrement dans la station balnéaire Manazuru. Qu'y cherche-t-elle? Peut être juste à retrouver un lien possible avec son époux ou alors à prendre un peu de distance avec sa mère et sa fille qui vivent avec elle, juste pour bien prendre la mesure du temps qui passe et n 'épargne aucune génération, aucun sentiment.
   
   Dans ce très joli roman, où la nature est très présente, il est aussi question d'une tribu de trois femmes, d'une mère qui observe, fascinée, la métamorphose de son enfant en adolescente, comme on pourrait observer la métamorphose d'une chenille en papillon. La vie quotidienne coule, et son rythme est parfois brisé par l'irruption du désir féminin qui se vit sans culpabilité.
   
   Beaucoup d'ellipses, de glissements dans ce récit qui désoriente sciemment le lecteur, le fait douter de ce qu'il a lu précédemment, lui propose des visions qui seront bientôt mises en doute.
   Rien n'est stable en ce monde nous rappelle Hiromi Kawakami avec son style tout à la fois éthéré et charnel. L'écriture elle même ne peut capturer durablement ce qui nous échappe sans cesse. On sort de ce roman étourdi mais profondément charmé.
   
   De la même auteure j'avais beaucoup aimé "Les années douces" (sorti en poche) mais je n'avais pas été sensible à "La brocante Nakano" (sorti en poche également).
   
   320 pages qui plairont à ceux qui aiment être désorientés.

critique par Cathulu




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