Lecture / Ecriture
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Une canne à pêche pour mon grand-père de Xingjian Gao

Xingjian Gao
  La montagne de l'âme
  Une canne à pêche pour mon grand-père
  Le livre d’un homme seul

Gao Xingjian (mandarin : 高行健 ; en pinyin Gāo Xíngjiàn), né le 4 janvier 1940 à Ganzhou en Chine, est un écrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre français d'origine chinoise qui a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2000.
Gao Xingjian est un nom chinois; le nom de famille, Gao, précède donc le prénom.
(Wikipedia)

Une canne à pêche pour mon grand-père - Xingjian Gao

Une excellente introduction à l'oeuvre de Gao Xingjian
Note :

   On retrouve dans "Une canne à pêche pour mon grand-père" la qualité d'écriture de Gao Xingjian, des sauts du coq à l'âne, et puis ces phrases qui se déroulent et qu'on suit sans savoir où elles vont nous mener. La même qualitée d'écriture que dans "La montagne de l'âme", mais ici dans des textes plus courts, plus directement émouvants aussi (surtout "L'accident" et la nouvelle-titre). Les nouvelles rassemblées dans ce recueil constituent donc une excellente introduction à l'oeuvre de Gao Xingjian et je ne peux que les recommander à tous ceux qui voudraient la découvrir.
   
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critique par Fée Carabine




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Nouvelles chinoises
Note :

   On pourrait croire que le mois de juillet est le mois de la nouvelle chez moi. En effet, après Berberova, Lurie, Kingsolver, je me suis plongée dans un recueil de nouvelles de Gao Xingjian repéré il y a quelques mois.
   
   De Gao Xingjian j'avais lu seulement ses deux énormes romans «La montagne de l'âme» (lu à la suite de l'obtention du Prix Nobel de Littérature en 2000) puis «Le livre d'un homme seul». Aussi, lorsque j'ai appris qu'il avait écrit des nouvelles, la curiosité m'a piquée: allais-je être conquise par un rythme forcément différent de celui d'un très long roman? Allais-je retrouver la magie de l'écriture extrême-orientale?
   Très vite, les thèmes des nouvelles m'ont conduite à nouveau sur les souvenirs de mes lectures précédentes de Xingjian: l'enfance, les tragédies vécues par la Chine lors de la Révolution Culturelle, les menus faits de la vie quotidienne qui marquent lorsqu'ils prennent une tournure malheureuse.
   
   J'ai beaucoup aimé la nouvelle intitulée «Le temple» dans laquelle un couple de jeunes mariés s'en va visiter un ancien temple, celui de la Parfaite Bienveillance, abandonné et presque en ruines. Le temps ns semble pas avoir de prise sur la sérénité du lieu malgré la décrépitude de l'édifice: le soleil, la chaleur, les grillons crissant dans l'herbe, les yeux remplis d'amour d'un homme pour sa jeune épouse. Puis, en filigrane des touches sombres, parmi les touches vives, chatoyantes sous la plume picturale de l'auteur, de la pauvreté des campagnes reculées, de la méfiance de chacun vis à vis de l'étranger, du citadin, les souffrances vécues par les étudiants à la campagne. Les non-dits sont plus percutants que toutes les assertions du monde.
   
   Une autre nouvelle m'a également beaucoup touchée «Une canne à pêche pour mon grand-père». Les souvenirs d'enfance qui reviennent à la surface et entraînent un jeune père à revenir dans sa ville natale. Il se souvient de la vieille canne à pêche de son grand-père qu'il brisa: il en achète une, moderne, légère, fiable et revient sur les lieux de pêche de son aïeul. Mais la modernité est passée par là, dans cette Chine qui s'y rend à marche forcée, et la ville de son enfance n'est plus: certains quartiers ont disparus, la rue de son enfance est introuvable, le lac n'est plus que sable depuis qu'un barrage a été construit en amont. Le lit de la rivière poissonneuse n'est que cailloux et terre où la main peut rencontrer les restes fossilisés d'un poisson prisonnier du monde minéral. Les souvenirs se mêlent au présent (une finale de Coupe du monde de football opposant l'Argentine à la RFA) laissant une pointe d'amertume qui refuse de dire son nom.
   
   La dernière nouvelle de recueil, «Instantanés», est absolument étonnante: au premier abord, le lecteur a l'impression de lire des clichés pris sur le vif par l'écrivain, des tranches de vie fugaces, esquissées d'un mouvement rapide. Puis, peu à peu, on se rend compte qu'elles se font écho parfois jusqu'à l'absurde. Des historiettes s'enchevêtrent sans cependant s'emmêler et ainsi la lecture frôle le surréalisme. On a l'impression de lire un délicieux «cadavre exquis» digne de l'Oulipo! Surprenant, déroutant et enchanteur: la plume-pinceau de Xingjian est magique car de multiples tableaux gigognes s'ouvrent au regard du lecteur, petites fenêtres de l'imaginaire.
   
   J'ai aussi beaucoup aimé la couverture des éditions de l'Aube réalisée par Vincent Dutrait: cet énorme poisson rouge à la nageoire dorsale immense qui semble ne pas vouloir se laisser attraper... une très belle illustration empreinte de poésie.
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critique par Chatperlipopette




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Prix Nobel de littérature en 2000
Note :

    Résumé
   "Souvenirs d'enfance, les bonheurs simples de l'amour et de l'amitié, le pays natal et ses lieux familiers, mais aussi les drames de la rue ou les tragédies vécues par la Chine, tels sont les thèmes de prédilection de ces six nouvelles choisies par l'auteur - avec la complicité de son traducteur."
   
   Commentaire
    En fait, il s’agit d’un recueil de 5 nouvelles écrites il y a environ 20 ans. Il s’agit là de ma première rencontre avec un auteur chinois… en fait, je ne connais pas beaucoup la littérature asiatique! De façon générale, j’ai aimé l’écriture douce, imagée et agréable de l’auteur (et du traducteur... j’imagine qu’en traduction «chinois-français», ça doit beaucoup compter!). Les nouvelles m’ont apporté de jolis moments de lecture et ne m’ont pas dérangée. Ce ne sont pas des nouvelles qui se terminent par un gros «punch» … à moins que je ne l’aie manqué!
   
   Le Temple: Un arrêt impromptu au cours de leur voyage de noces amène deux jeunes mariés à s’arrêter dans un temple. Agréable, tout doux, narration intéressante. Nouvelle bien, mais pas marquante.
   
   L'accident: En pleine ville, on assiste à un accident entre un vélo et un autobus. Un homme meurt et un enfant est transporté à l’hôpital. J’ai bien aimé cette nouvelle, davantage que la précédente. Bribes de conversation disparates de passants pour qui cet accident devient brusquement le centre de l’univers… le temps de quelques secondes. Parenthèse en pleine rue.
   
   La crampe: Un homme est pris d’une crampe alors qu’il nage au large. À travers la nouvelle, j’ai vraiment ressenti l’angoisse, j’ai pensé en même temps que le personnage. Un gros drame de sa vie qui n’a rien changé au monde qui l’entoure, qui ne suscite aucune réaction. J’ai eu de la difficulté à interpréter la fin… les détours du destin? Je ne sais trop.
   
   Dans un parc: Un homme et une femme se retrouvent dans un parc après avoir été envoyés à la campagne. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Les dialogues m’ont touchée, ainsi que la présence de cette sensation que j’ai souvent quand je réalise que les choses ont changé et que deux personnes ne se comprennent plus vraiment. La conversation est intéressante. J’avoue aussi que l’inculte que je suis a dû aller se renseigner un peu sur ces «envois à la campagne». Je n’avais aucune idée de ce dont ils voulaient parler!
   
   Une canne à pêche pour mon grand-père: Un homme achète une canne à pêche pour son grand-père. Ma préférée du recueil, je crois. J’y ai vu d’une part des réactions face aux changements imposés par le développement et l’industrialisation mais aussi, d’autre part, la désillusion face aux souvenirs d’enfance, jadis magnifiés par nos yeux d’enfants émerveillés. J’ai encore cette sensation quand je me balade sur les traces de mes errances enfantines, dans un paysage qui n’a, en somme, que peu changé. Ce changement de regard, cette difficulté à accepter le temps qui passe est particulièrement venu me chercher. Je ne suis toutefois pas certaine que c’est ce que l’auteur voulait nous faire ressentir, toutefois!
   
   Instantanés: Comment résumer?? Des instants de vie. La nouvelle que j’ai le moins aimée. J’ai définitivement de la difficulté à la comprendre. Après une seconde lecture, j’ai pu faire quelques liens entre des scènes et amorcer un début de compréhension… mais j’ai réalisé que ça ne me tentait pas particulièrement de terminer cette réflexion. En fait, «difficulté à comprendre» est un euphémisme… je n’ai rien compris du tout!!! Mais c’est «beau» à lire… ça coule tout seul!

critique par Karine




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