Lecture / Ecriture
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Le week-end de Bernhard Schlink

Bernhard Schlink
  Le liseur
  La circoncision
  Le week-end
  Le retour
  Amours en fuite
  La Femme sur l’escalier

Bernhard Schlink est un écrivain allemand né en 1944 à Bielefeld (Allemagne).

Le week-end - Bernhard Schlink

Raccrocher les armes
Note :

    Jörg est un ancien membre de la Fraction Armée Rouge. Après vingt ans en prison, il est gracié par le Président de la République allemande. A l’occasion de sa libération, sa sœur Christiane décide d’organiser un week-end dans la maison qu’elle habite avec Margarethe. Ce week-end réunit d’anciens amis de Jörg, et certains ne l’ont pas vu depuis son passage dans la clandestinité. Ce week-end est donc l’occasion pour chacun de solder les secrets de cette période trouble…
   
   Dans ce roman, Bernhard Schlink, auteur du roman à succès "Le liseur", revient sur une période sombre de la vie politique allemande, celle du terrorisme mené par la Rote Arme Fraktion, qui avait à sa tête Andreas Baader. Mais, plutôt qu’une grande fresque historique sur l’évolution du mouvement, l’auteur décide d’aborder tous les mystères entourant cette période à travers le prisme du regard rétrospectif. Ainsi, on ne saura jamais précisément ce qui est reproché à Jörg. On se doute, à travers les discussions qu’il a avec ses anciens amis, qu’il a participé à l’assassinat d’un grand patron, mais sans description précise de son parcours. Le seul retour sur le passé se fait par le roman que tente d’écrire Ilse, qui souhaite raconter l’histoire de son ami Jan, mort en France après avoir pris la fuite.
   
   Ce week-end est également l’occasion de régler tous les différends restés en suspens: qui a vendu Jörg à la police, alors que peu de personnes connaissaient l’endroit où il se cachait? Pourquoi les anciens amis ont-ils pris des chemins si différents, comme Ulrich qui a monté un laboratoire de prothèses dentaires? Et que cherche Marko, jeune homme qui voit Jörg comme un modèle?
   
   Ce roman pose beaucoup de questions, sans vraiment en résoudre. Pourquoi passe-t-on du coté de la violence pour un combat idéologique? Comment réagissent les proches face aux volontés autodestructrices de celui qui se lance dans cette lutte?
   
   J’ai apprécié ce roman, qui fait un choix de narration très clair, en se limitant temporellement au seul week-end. Choix de narration qui implique une approche très différente de celle de la saga ou du roman d’action avec suspense à la clé. Et Bernhardt Schlink s’en tire plutôt bien dans cet exercice assez difficile, dans lequel il offre des moments de respiration entre des scènes difficiles pour les protagonistes, qui les fait plonger dans leur passé, avec leurs erreurs ou leurs renoncements. Rien de manichéen, mais une approche nuancée d’une époque où les choix étaient parfois radicaux.
   
   Ce roman m'a fait penser au film de Lucas Belvaux, deuxième opus de sa merveilleuse trilogie, "Cavale", qui met en scène un terroriste qui sort de prison et décide que le combat n'est pas fini. Jörg et Bruno, le personnage incarné par Lucas Belvaux, ont des comportements différents, mais les questionnements sont proches.
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critique par Yohan




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Culpabilité, responsabilité, pardon, pas léger léger tout ça
Note :

    Ce roman de Bernhard Schlink (Le liseur), publié en 2008, revient sous forme de soirée entre amis, et l'on sait ce que cela peut parfois donner, sur les années de terrorisme et la Fraction Armée Rouge. Jörg a passé plus de vingt ans en prison, il a tué, et la grâce présidentielle le libère. Sa sœur Christiane lui a ménagé un week-end à la campagne avec des amis, tous plus ou moins anciens de la même mouvance. Elle a sûrement cru bien faire, Christiane, mais la quinzaine d'invités n'ont pas tous le même enthousiasme à l'idée de trois jours de huis clos avec leur passé. On sait que cette époque de plomb a beaucoup intéressé les écrivains allemands, particulièrement versés dans les problèmes de culpabilité qu'elle soit individuelle ou collective. Je craignais une excessive "romantisation" de l'art du terrorisme, une de mes hantises littéraires, que j'ai parfois rencontrée. Ce n'est pas le cas bien que Schlink se garde de trop de tranchant. Alors les questions seront posées certes, mais le bal des retrouvailles n'ira pas jusqu'au bout et vérité restera en deçà.
   
    Je ne suis guère à l'aise avec ce sujet, la vie d'un homme m'étant précieuse et j'ai passé ce week-end avec méfiance et circonspection, les circonvolutions littéraires m'apparaissant parfois sympathies meurtrières. Cependant Schlink sait installer une ambiance, fût-elle quelque peu délétère. Et rester à la surface des choses n'était pas forcément une mauvaise idée. Après réflexion et quelques jalousies au réveil teigneux, après quelques vieilles lâchetés à peu près assumées, d'autant plus que rôde la maladie, chacun rentre chez soi. Mieux ainsi? "Le retour" du même auteur m'avait autrement transporté. Mais ceci ne reflète qu'une opinion, la mienne

critique par Eeguab




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