Lecture / Ecriture
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Le sari vert de Ananda Devi

Ananda Devi
  Le sari vert
  Indian Tango
  Manger l'autre

Ananda Devi est une écrivaine mauricienne née en 1957.

Le sari vert - Ananda Devi

Violence verbale
Note :

   Présentation de l’éditeur :
    «Dans une maison de Curepipe, sur l'île Maurice, un vieux médecin à l'agonie est veillé par sa fille et par sa petite-fille.
   Entre elles et lui se tisse un dialogue d'une violence extrême, où affleurent progressivement des éléments du passé, des souvenirs, des reproches, et surtout la figure mystérieuse de la mère de Kitty, l'épouse du "Dokter-Dieu", qui a disparu dans des circonstances terribles. Elles ne le laisseront pas partir en paix.»

   
   
   Commentaire :
   En guise de prologue, vous pourrez lire:
   
   "(...) Je suis vieux et je suis en voie de décomposition.
   Si vous souhaitez des joyeuseries, passez votre chemin. Si vous pensez sortir d'ici le ventre grouillant de bons sentiments, vous vous êtes trompés de porte.
   Gens qui criez trop fort sans avoir rien à dire, écoutez-moi si vous le voulez ou bien foutez le camp.
   Tout cela m'indiffère (...)"

   
   Si vous croyez que l'auteur a mis cela juste comme cela vous êtes bien loin du compte. Sachez que tout est vrai et que cette préparation à ce qui va suivre est un bon garde fou aux pensées qui vont vous agiter tout au long de cette lecture: empathie, répulsion, incompréhension, haine pour ce vieil homme et son entourage.
   Comment un homme dévoué aux autres, respectueux de la vie humaine et prêt à courir au chevet de chacun peut-il présenter une facette à l'inverse pour les siens?
   J'ai du mal à imaginer qu'il n'a agi tout au long de sa vie professionnelle que par avidité de la reconnaissance des autres. (Visiblement la seule fois où il connaîtra la répulsion pour son métier et se comportera en ne respectant pas son serment, il le paiera au centuple).
   Mais là n'est pas le seul paradoxe concernant "Dokter-Dieu".
   
   Chaque page vous entraîne vers l'incompréhension de son comportement, l'incompréhension qui règne au sein de cette famille. Rien ne vous est épargné: ni la crudité des propos de cet homme envers sa femme, sa fille et petite fille. Il n'a eu de cesse de les rabaisser, de leur rappeler qui était le maître. Un vieil homme pour qui le patriarcat n'est pas un vain mot et qui n'aura de cesse jusqu'à son dernier souffle de rester l'homme, de manipuler verbalement, physiquement sa descendance, puisque sa femme n'est plus là pour endurer.
   Une violence faîte aux femmes qui fait bondir le lecteur, qui lui fait frôler l'indigestion à la lecture de ces pages, mais dont le rendu incroyablement fort laisse pantois, et permet de toucher du doigt ces faits divers liés à la violence conjugale et familiale.
   
   Chapeau bas à Ananda Devi pour être parvenue à se glisser dans ce corps égoïste, mauvais, à lui faire dire ses mots d'amour pour expliquer ses gestes (mais qui ne nous empêche pas de voir en lui un bourreau), d'être parvenue à montrer cette non communication qui se répète au fil des générations devant ce Dieu Docteur tout puissant.
   
   (...) Pour avoir peur de toi, dis-je, encore faudrait-il que tu existes.
   Raidissement de ses muscles, de ses parois, de ses parties intimes. J'ai visé juste, et ma bouche fait une petite danse de guerre. Je continue:
   - Ma pauvre fille, tu sais bien que tu n'es rien. Qui es-tu? Où es-tu? Allô? Allô? il y a quelqu'un? Qui en ce monde connaît Malika? Reconnaît-on le visage d'un courant d'air? (...)
   Je vois les échardes de mes mots qui se fixent en elle, qui s'accrochent à sa chair, les barbelés qui arrachent de minuscules parcelles de sa dignité. Elle s'efforce de se reprendre, la pauvre, mais je ne lui en donne pas le temps. (...)"page 44

critique par Delphine




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