Lecture / Ecriture
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La Peau et les Os de Georges Hyvernaud

Georges Hyvernaud
  La Peau et les Os

La Peau et les Os - Georges Hyvernaud

Condition humaine
Note :

   Dans la foulée des “archives de la vie littéraire sous l’occupation”, voici une brève fiche sur un récit de captivité publié en 1949 et réédité peu après la mort de l’auteur. Une écriture percutante!
   
   Ce livre bref plonge le lecteur dans l'état d'esprit d'un lieutenant français capturé en juin 1940 et tardivement libéré. Né en Charente en 1902, Georges Hyvernaud était devenu professeur de Lettres et il avait exercé aux Ecoles normales d'instituteur d'Arras puis de Rouen. Il se retrouve prisonnier dans un Oflag en Poméranie. Pour survivre il écrit. Il tient des carnets: sur le huitième, il porte le mot fin le 6 avril 1945.
   
   «La Peau et les Os» commence par l'immédiate après-guerre: la scène du retour au foyer parisien, les retrouvailles avec son épouse, avec ses amis, et toute sa parentèle. C'est raconté avec des termes désenchantés qui s'accordent parfaitement avec les derniers travaux universitaires sur le "Retour à l'intime" au sortir de la guerre.
   
   Loin de la relation chronologique: tout le prix du récit de captivité est dans le ton et la réflexion, pleins d'amertume, et un souci de la vérité qui vous éclate à la figure. L'écriture ressasse les grands et petits travers des compagnons de captivité. En phrases courtes et assassines, c'est l'état de déshumanisation atteint par ces hommes jadis bien installés dans la vie d'avant-guerre. Leur chute se lit non seulement dans leurs gestes quotidiens mais dans l'absence de toute élévation de l'esprit.
   
   L'auteur dénonce les propos des intellectuels sur la guerre rêvée comme une preuve de virilité et de grandeur de soi. Péguy est tout particulièrement visé pour avoir été le "grand poète" révéré, lui qui avait écrit: «Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre…» Et, fort de son expérience toute neuve, Georges Hyvernaud commente:
   «Les morts ne sont ni heureux ni malheureux: ils sont morts. On leur a volé leur montre et leurs bottes, et ils pourrissent au fond d'un fossé. Cette réalité de la guerre et de la mort a de quoi guérir d'un certain lyrisme martial. Mais Péguy voyait la guerre comme dans les livres que les professeurs commentent en classe. Comme dans Hugo. Comme dans l'Iliade. Comme dans Corneille. Chacun a connu, vers ses quinze ans, de ces farouches vieux pédagogues que le combat des Horace ou l'invocation aux soldats de l'an II jetaient dans un délire sacré.»

   
   L'un des meilleurs livres sur la captivité, et plus largement un grand lessivage de toute la littérature cocardière.

critique par Mapero




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