Lecture / Ecriture
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L'élégance des veuves de Alice Ferney

Alice Ferney
  L'élégance des veuves
  Dans la guerre
  Grâce et dénuement
  La conversation amoureuse
  Les autres
  Le Ventre de la Fée
  Paradis conjugal
  Cherchez la femme
  Les bourgeois

Née en 1967, écrivain français dont le vrai nom est Cécile Gavriloff, elle a choisi ce pseudonyme en hommage à Voltaire (qui résidait à Ferney) et à Lewis Carroll, ou du moins à son Alice.

Alice Ferney est enseignante et Docteur en Sciences Economiques.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'élégance des veuves - Alice Ferney

Elégance de l'écriture
Note :

   Si je devais définir un « livre de femme », je pourrais citer l'Elégance des veuves (ou peut être les ouvrages d'Alice Ferney ? je verrai avec les suivants). Histoires de femmes, traitement de la narration féminin, considérations féminines ? L'amie qui m'a fait lire cet ouvrage m'avait dit un jour à propos d'un roman de James Lee Burke ; « ça manque de femmes. » Je vais pouvoir lui demander où sont les hommes !
   
   Ce n'est pas pour autant qu'on s'embête. Il faut dire qu'Alice Ferney n'écrit pas mal.
   « C'était un bourgeonnement incessant et satisfait. Un élan vital (qu'ils avaient canalisé), un instinct pur (dont ils ne voulaient pas entendre parler), une évidence (que jamais ils ne bousculaient), les poussaient les uns après les autres, à rougir, s'épouser, enfanter, mourir. Puis recommencer. Les uns après les autres ils savaient que telle était la meilleure tournure des choses : que le Seigneur bénisse des alliances, que les jeunes ventres enflent dans l'allégresse, et que les anciens bercent des nouveau-nés propres et emmaillotés. »
   
   Tout est dit dès la première page. Nous allons assister au défilé continu des naissances, magnifiées par Alice Ferney. Naissances accompagnées au fil du temps par le naturel vieillissement de la femme, de la mère. Tout ceci est bien traité mais ne bouleversera pas les amateurs d'histoires ou de sensations.
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critique par Tistou




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Le corps des femmes
Note :

   Alice Ferney nous trace ici l’histoire de plusieurs générations de femmes d’une même famille bourgeoise depuis le début du 20ème siècle. Elle nous montre l’enchaînement des générations à travers les années et, en dépit de tout, une stabilité obtenue grâce à une certaine façon de vivre.
   
   Ce qui frappe le plus dans cet ouvrage, c’est le style, sa beauté classique et subtile. Il y a beaucoup d’élégance dans ce livre, et pas seulement dans le titre.
   
   Elégance de l’écriture d’abord. Alice Ferney manie la plume avec art et finesse, rien de tapageur, de la pureté au contraire et les plus forts sentiments, de ceux qui modèlent une vie, sont posés devant nous avec une délicatesse exquise qui est comme le reflet de l’idéal de vie qui anime les héroïnes.
   
   Elégance du récit ensuite, qui nous mène en douceur, sans cris et sans heurts à travers des décennies d’organisations sociale, psychologique, physique et intellectuelle.
   
   Elégance du mode de vie, enfin. Il est primordial pour ces femmes de renoncer à tout ce qui en elles ne servirait pas à ce rôle social, de se dévouer totalement - je veux dire jusqu’à la mort- sans quitter un instant leur air calme et leur doux sourire. C’est ainsi qu’on les a élevées.
   
   Parce qu’on n’aurait pu obtenir un tel résultat autrement, les femmes idéalisaient leur vie, leur amour (Valentine), leur rôle de mère (rôle biologique ou adoptif) au profit d’un intérêt supérieur familial dont le despote du moment ne leur savait même pas gré. En fait, il les en méprisait plutôt, étonné de leur vacuité intellectuelle, de leurs bavardages de rien, ne remarquant pas au passage qu’elles lisaient Proust, dont lui-même ignorait tout.
   
   On ne peut pas faire moins revendicatif que ces femmes-là, plus soumises sans condition, sans un murmure ni même une pensée rebelle, plus satisfaites de leur sort ; et pourtant, leur témoignage parle, que dis-je qu’il parle ? Il hurle.
   
   Il y a eu (il y a encore) des mutilations physiques des filles, il y a tout autant des mutilations mentales. Je ne sais pas si Alice Ferney est féministe, mais son livre l’est.
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critique par Sibylline




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The white side of the moon
Note :

   «Une fois n’est pas coutume» me suis-je dit l’autre jour en lorgnant sur les piles de livres en attente chez moi. Depuis quelques temps déjà, mon cœur se serrait à la vue des livres d’Alice Ferney, sagement rangés chez le libraire, chuchotant entre eux d’un petit air entendu dans un bruissement de pages. Car oui, chers lecteurs, j’étais prête à succomber. J’ai franchi le pas avec "L’Elégance des Veuves". Encore aujourd’hui, je me dis que le nom trompeur d’Alice Ferney m’a impitoyablement manipulée en me faisant, entre roman français et anglo-saxon, dangereusement perdre le sens de la réalité. Si les regards pleins d’éloquence des livres d’Alice Ferney ont fini par vaincre mes dernières réticences, c’est aussi parce qu’Actes Sud est à votre chroniqueuse ce que la Bible est à un mormon, bref, beaucoup de choses, le sacré Graal, une montagne de promesses, un océan de plénitude, une douceur infinie.
   
   Vous qui connaissez mes lectures, vous ne vous étonnerez sans doute pas de ces prémisses à n’en plus finir. Car vous savez que j’éprouve une certaine aversion pour la littérature française actuelle, après quelques malheureuses expériences et des émissions télévisées affligeantes.
   
   Peu importe. Il est temps de faire la place aux excellents. De balayer d’un coup de serpillière rageur le musée des horreurs ! Et d’accorder à nouveau (presque) toute mon indulgence – ou du moins, le bénéfice du doute – aux auteurs français que je ne connais que de nom.
   
   Autant le dire tout de suite : Alice Ferney nous rappelle l’écriture calme et franche de nos classiques ; elle s’en affranchit pourtant avec une incroyable féminité et une écriture détachée, se posant en simple observatrice. Avec simplicité, elle évoque les émotions de toute une vie, de plusieurs vies. Avec brio, elle place la femme au cœur de tragédies familiales. Alice Ferney ne décrit pas. Elle donne à voir le monde de ses héroïnes, nous fait partager leur vie, la simplicité des instants vécus, la beauté du quotidien, l’abnégation face à l’adversité.
   
   Sur plusieurs générations, nous suivons le rapide écoulement de la vie d’une famille. La maternité, le deuil, le renoncement : tels sont les maîtres mots de l’histoire, ceux qui vont peu à peu forger chaque héroïne. Ployant sous le chagrin, Valentine, Mathilde ou Gabrielle s’effacent sans cesse au profit des autres. Taisant leur douleur, elles continuent d’avancer jusqu’au dernier instant, puisant dans leur rôle d’épouse et de mère la force nécessaire à leur survie.
   
   Si le destin de Valentine au début du XXe m’a bouleversée, j’ai particulièrement apprécié l’égale importance accordée à chaque personnage et me suis attachée à chacun d’eux. Sans voyeurisme, Alice Ferney évoque avec grâce et sobriété le malheur qu’entraîne la perte d’un être aimé. Et nous renvoie à notre propre image. Car l’histoire, loin d’être finie, recommence encore et encore. Comme celle de l’arrière petite fille de Valentine qui, dans les dernières pages du roman, est à un tournant décisif de sa vie. Une jeune fille de mon âge, également étudiante. Car toutes les femmes peuvent se retrouver dans ce roman où toutes les générations sont représentées.
   
   Hommage à la femme ? A la famille ? A nos vies, si complexes et pourtant prises au sein d’un cycle en mouvement permanent ? Peut-être est-ce là un hommage à tout cela.
   
   Pour moi, mon premier Alice Ferney. Certainement pas le dernier.

critique par Lou




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