Lecture / Ecriture
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La maison en chantier, éloge du plâtre, de la poussière et du pot de peinture de Christine Brusson

Christine Brusson
  La maison en chantier, éloge du plâtre, de la poussière et du pot de peinture

La maison en chantier, éloge du plâtre, de la poussière et du pot de peinture - Christine Brusson

Accroche-toi au pinceau
Note :

   Allez savoir pourquoi le mot "éloge" (malgré de nombreuses déconvenues made in folio,2 euros) exerce sur moi un attrait irrépressible. Quand, de plus, lui sont accolés des mots aussi incongrus que "plâtre" et "poussière", ma curiosité est aussitôt mise en éveil et je craque bien évidemment!
   
   Bien m'en a pris car si en matière de chantier (et non de bricolage ou rénovation, comme le précise l'auteure) je ne fais que subir et non agir, j'ai été totalement conquise par le texte de Christine Brusson.
   
   Comme elle le souligne "Rares sont les travailleurs manuels qui écrivent" et on pourrait ajouter: d'une manière aussi originale, poétique et iconoclaste qu'elle.
   Parce qu'elle s'est elle-même consacrée à cet art du chantier après des études de lettres et d'architecture, l'auteure -qui a par ailleurs rédigé "Rénovation intérieure de A à Z"- a donc toute légitimité pour nous parler de manière pratique (schémas à l'appui), mais aussi vivante et charnelle des liens qui unissent le corps humain, la maison et le monde.
   
   Dans ce court livre, composé de 64 chapitres mêlant références littéraires -une petite sélection de livres clôt le texte- architecturales, poétiques, Christine Brusson, balaie les idées reçues, dédramatise le chantier, nous montre tout ce qu'il lui apprend et nous transmet son "même amour passionné des livres et des maisons".
   Elle nous dit la matière (très belles pages à la fois instructives et poétiques sur le plâtre et la poussière), le rapport au corps, à la vie, à tout ce qui s'inscrit dans les maisons et en nous. "Mettez-vous au travail. Commencez par planter un clou, puis deux, puis dix. Vous verrez, cela ira de mieux en mieux. De mieux en mieux, je vous assure". Et on a envie de la croire tant son énergie est contagieuse.
   
   Un livre total, où l'humour et la sensualité se faufilent, -qui aurait pensé que le chantier donnait envie de faire l'amour?- un livre où piocher citations à l’envi, tant sur le chantier que sur une pratique de vie et de liberté. Un livre charnel et puissant qui va m'accompagner longtemps, je le sens car après l'avoir lu et corné abondamment, je vais régulièrement y piocher au hasard et recorner sans vergogne de nouvelles pages...
   
   A propos du mot chantier: "Il évoque un lieu interlope empli de matériaux et d'outils, où le corps, oublieux de lui-même et du temps, avec générosité, s'use et s'amuse."
   "Les maisons ressemblent aux arbres. On s'y hisse pour s'y cacher.
   On sent cela dans les romans : les maisons sont des personnages. Chez Dickens, par exemple, écrit l'architecte danois Rasmussen, "les maisons et les intérieurs acquièrent de façon démoniaque une âme correspondant à celle des habitants."
   "Oui, elles abritent une âme, ou quelque chose qu'on peut nommer ainsi, une conscience. Elle est là, elle vous regarde dans les coins d'ombre, la lumière de midi, l'élégance des courbes où tremblent les rideaux de mousseline, le vent dans la cheminée, la présence et l'absence des gens aimés. On pense à ceux qui ont habité là avant nous. Parfois dans une pièce, d'où vient cette impression que quelqu'un nous regarde? "

   
   200 pages intenses

critique par Cathulu




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