Lecture / Ecriture
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Le temps des métamorphoses de Poppy Adams

Poppy Adams
  Le temps des métamorphoses

Le temps des métamorphoses - Poppy Adams

Eloge du bâillement
Note :

   "Un huis clos magistral aux troublants échos hitchcockiens" dans "un vieux manoir victorien des années 50 à nos jours", il ne m'en fallait pas plus pour me précipiter sur "Le temps des métamorphoses" de Poppy Adams. Las, cette famille de lépidoptéristes qui trucide à tour de bras les papillons- mais pas seulement... - pour d'improbables recherches qui nous sont détaillées à longueur de pages n'a suscité chez moi qu'un ennui poli. Pourtant dieu sait si je suis capable de m'intéresser à quasiment n'importe quoi pour peu que l'auteur ait du talent...
   
   Quant aux relations vénéneuses entre les membres de cette famille d'excentriques anglais, elles m'ont laissée sur ma faim. Certes, des révélations fracassantes il y en a mais elles tombent régulièrement à plat ou presque. De plus, le choix de la narratrice unique, la soeur aînée, ne permet pas un changement de point de vue générant le malaise comme l'avait très bien réalisé Hilary Mantel dans "La locataire". Leurs héroïnes ont beaucoup de points communs mais celle de Poppy Adams ne suscite que bâillements.
   
   J'ai réussi à terminer ce roman, lui laissant toujours une dernière chance mais ce fut une perte de temps. Peut -être qu'en visant moins l'exhaustivité et en concentrant l'intrigue en une centaine de pages aurions-nous eu la chance de lire un roman équivalent à l' "Ailleurs"de Julia Leigh.
   
   Poppy Adams, vous ne pourriez pas les faire un p'tit peu plus courts?
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critique par Cathulu




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Papillons et manoirs anglais
Note :

   Je suis une lectrice au cœur faible, et lorsque je fais un tour en librairie, il est rare que j'arrive à fuir indemne, sans le moindre petit livre à me mettre sous la dent. Ainsi lorsque je me suis rendue récemment en librairie pour l'anniversaire d'un ami, c'est bien à l'insu de mon plein gré que j'ai cédé aux appels languissants du "Temps des Métamorphoses" de Poppy Adams, dont la délicate couverture était une bien vile tentatrice. Lorsque j'ai vu qu'à cette délicieuse libellule s'ajoutaient d'autres arguments sans appel (roman anglais, mystère familial, manoir perdu dans la campagne), j'ai de suite capitulé car il ne sert à rien de lutter quand la guerre est déjà perdue.
   
   Et j'ai bien fait car j'ai ensuite eu l'idée saugrenue d'aller au cinéma et de me jeter sur le premier film qui passait. Or ce film durait 2h30, ce film s'appelait "Le Cheval de Turin" et traitait d'un père et de sa fille qui vivent dans une horrible ferme, font six jours de suite la même chose et mangent une patate, le summum de l'action revenant à manger la patate crue car il n'y a plus d'eau pour la cuisson (enfourner la bête en question sur les braises aurait sans doute été plus pertinent mais c'est un fait que n'a pas pris en compte le réalisateur qui, pour communiquer le malheur de ses héros, a fait mon malheur ce jour-là). Bref, pour la première fois de ma vie j'ai essayé de dormir au cinéma (mais le vent en fond sonore me gênait) et, lorsque la lumière le permettait (en fait lorsque la fille allait au puits ou sortait le cheval), j'ai commencé à lire "Le Temps des Métamorphoses". Roman que j'ai dévoré par la suite, alors que je lisais autre chose lorsque je l'ai commencé (ce qui explique pourquoi j'ai une vingtaine de romans à moitié lus chez moi).
   
   Virginia Stone vit seule depuis des années dans le manoir familial. Âgée, elle déteste le contact des étrangers, n'a ni la télévision ni la radio et ne fait plus grand-chose, si ce n'est observer les allées et venues des voisins depuis divers postes d'observation. Le récit débute lorsqu'intervient un changement majeur dans la vie de Virginia : sa sœur chérie, Vivien, a annoncé son retour au manoir, évoquant leur vieil âge et son désir de finir leur vie ensemble plutôt que dans la solitude. Cela fait des dizaines d'années que les deux sœurs ne se sont pas revues et c'est avec joie mais aussi une certaine appréhension que Virginia envisage le retour de sa sœur. Dès lors le récit alterne les passages au présent, à savoir le retour d'une sœur ancrée dans la modernité, visiblement aisée et autoritaire, et les souvenirs. Ainsi on découvre que Virginia est une scientifique réputée, spécialisée dans l'étude des papillons, formée par leur père Clive. Bien que l'aînée, Virginia a toujours laissé Vivien mener leur duo.
   
   Si la famille semble au début assez idyllique, on découvre petit à petit des failles qui expliquent l'éloignement des deux sœurs : un accident qui a privé Vivien de la possibilité d'enfanter, ce qui aura des conséquences importantes lorsque les deux sœurs deviennent adultes ; un rapport au père et à la mère différent selon les sœurs, Vivien semblant idéaliser leur mère tandis que Virginia a toujours été proche de son père et a souffert de l'alcoolisme de sa mère ; et petit à petit, un portrait moins flatteur de Vivien nous est donné. Celle qui semblait insouciante et un brin égoïste finit par s'avérer finalement beaucoup plus manipulatrice qu'on ne le pensait. Le renversement final intervient enfin et il est difficile de déterminer quelle sœur est la plus à plaindre, entre la peste nombriliste et la bonne pâte plus dérangée qu'on ne le pensait.
   
   Outre l'histoire des deux sœurs et de leurs proches, très dense en soi, ce roman évoque le monde des insectes et son étude, sujet récurrent qui, loin de m'effrayer, m'a paru bien documenté et intéressant (moi qui n'y connais rien et ne m'intéresse pas à ce domaine).
   
   Une très belle lecture, qui m'a d'ailleurs un peu fait penser à Diane Setterfield avec le Treizième Conte mais aussi Linda Newberry et "Set in Stone" ("De Pierre et de Cendre").

critique par Lou




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