Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Une Habanera à Paris de Zoé Valdés

Zoé Valdés
  Sang bleu
  Le néant quotidien
  La sous-développée
  La douleur du dollar
  Café Nostalgia
  Cher premier amour
  Le pied de mon père
  Soleil en solde
  Trafiquants de beautés
  Ilam perdu
  Les Mystères de La Havane
  Miracle à Miami
  Louves de mer
  L'éternité de l’instant
  Une Habanera à Paris
  Danse avec la vie

Née le 2 mai 1959 à La Havane à Cuba, est une romancière, poète et scénariste cubaine vivant en France.
Elle a fait partie de la délégation cubaine à l'UNESCO (1983-1988), puis de l'Office culturel de Cuba à Paris. Elle a aussi dirigé une revue cinématographique, Cine cubano.

En 1995, après la publication en France de son roman «Le néant quotidien» elle est contrainte à l’exil, pour insoumission au régime castriste, accompagnée de son conjoint et de sa fille. Elle réside actuellement en France.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Une Habanera à Paris - Zoé Valdés

Entre bonheur et frustration
Note :

   Si elle est surtout connue chez nous comme romancière, Zoé Valdés était bel et bien entrée en littérature par le biais de la poésie et d’un premier volume, "Repuestas para vivir", publié à Cuba en 1986. Mais son oeuvre poétique est – et c’est malheureux – peu traduite en Français, à l’exception d’une anthologie ("Les poèmes de La Havane", Antonio Soriano, 1997) et d’un unique recueil traduit dans son intégralité ("Compartiment fumeurs", Actes Sud, 1999).
   
   Rassemblant des textes tirés de cinq recueils datés entre 1986 et 2002 ("Respuestas para vivir", "Todo para una sombra", "Vagón para fumadores", "Cuerdas para el lince" et "Breve beso de la espera"), "Une Habanera à Paris" vient donc combler une véritable lacune, et me laisse, en bout de course, partagée entre bonheur et frustration.
   
   Bonheur car j’ai retrouvé dans ces poèmes de Zoé Valdés tout ce que ses romans (comme "La douleur du dollar" ou "Café Nostalgia"...) offrent de meilleur: un univers bouillonnant où le tragique se mêle à la joie, et le plaisir à la douleur. J’ai retrouvé une écriture sensuelle, puissamment évocatrice, crue parfois mais toujours intensément vivante. Et frustration, bien sûr à l’idée de ne pouvoir savourer ici qu’une petite partie d’une oeuvre poétique qui a tout pour transporter ses lecteurs. Des textes brefs et encore assez classiques de "Respuestas para vivir" aux formes plus longues et libres qui s’imposent dans "Vagón para fumadores", on peut certes se risquer à deviner une évolution, tout comme l’on peut apprécier la place que l’Europe prend petit à petit, aux côtés de Cuba, au fil de très beaux textes inspirés par Arthur Rimbaud, Egon Schiele ou Paris dans les recueils les plus récents. Mais on en est réduit, vraiment, aux conjectures, à la curiosité et à la gourmandise face à une oeuvre qui échappe hélas encore largement aux lecteurs francophones. A quand donc une traduction exhaustive de la poésie de Zoé Valdés?
   
   Extrait:
   Pas même rien
   Ecoute il ne nous reste rien
   Pas même ces bruits
   Effrayants d’antan
   Toi l’assassin de l’audace
   Tu aurais dû explorer mon visage
   Bien que j’aie tout effacé
   Les traces de la soif
   L’excès des vérités
   Ecoute il ne reste rien
   Pas même ce silence
   De début de siècle
   J’ai même effacé la nuit
   Remplacée par une nuit plus durable
   Par la douleur et le sang
   C’est devenu une habitude
   Même si personne ne pense à la douleur
   Même si personne n’a l’audace de saigner
   Ou presque de réfléchir à la mort
   Ecoute il ne reste rien
   Et rien de nous. (p. 91)

critique par Fée Carabine




* * *