Lecture / Ecriture
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Microfictions de Régis Jauffret

Régis Jauffret
  L'enfance est un rêve d'enfant
  Asiles de fous
  Lacrimosa
  Microfictions
  Clémence Picot
  Fragments de la vie des gens
  Sévère
  Univers, univers
  Tibère et Marjorie
  Cannibales

Régis Jauffret est un écrivain français né en 1955 à Marseille.

Microfictions - Régis Jauffret

Fictions de petites tailles
Note :

   On connait Régis Jauffret pour son goût, apparemment, pour les turpitudes de l’âme, les petites bassesses, les grandes lâchetés, le côté délictueux des choses, le versant noir – délibérément noir. C’est peu de dire qu’il se régale dans «Microfictions», qui constitue un catalogue de la noirceur humaine sous forme de petites fictions flash (pas moins de cinq cents tout de même!) sur une page et demie – deux pages.
   
   «Glauquitude» délibérée, recherchée, cultivée, disséquée. C’est bien écrit, il n’y a rien à redire à cela mais ce parti-pris lasse, gêne. Comme si Régis Jauffret ne recherchait rien tant que de mettre son lecteur dans une situation de voyeur malsain. J’avoue avoir du mal à prendre goût à ce genre de chose. C’est d’ailleurs incroyable comme les adjectifs «malsain», «glauque», reviennent en boucle dans les commentaires associés à Régis Jauffret!
   
   Le bizarre, l’incongru ne sont jamais loin. Il y a de la poésie dans Régis Jauffret, dans son écriture, dans ses angles d’attaque d’une situation lambda, dans les raccourcis impossibles qu’il prend pour détruire un sujet… De la poésie, oui. Mais de la poésie qui a mal tourné.
   «J'ai tout de suite alerté la police, je l'ai aussitôt regretté quand je me suis rendu compte que j'étais non seulement le témoin, mais l'auteur de l'assassinat. J'ai fui, mes pas laissaient une empreinte rouge sur les marches de l'escalier. Je me souviens qu'on faisait l'amour dans un film que regardaient les voisins du premier étage. »

   
   L’homme est un loup pour l’homme et Régis Jauffret est le prophète de ce loup!
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critique par Tistou




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1000 pages de microfictions
Note :

   500 fictions. Deux pages chacune. Soit 1000 pages de microfictions, comme les appelle leur auteur. Dans ces 500 histoires, Régis Jauffret met en scène des quantités de personnages différents, des hommes et des femmes, des enfants, des meurtriers, des suicidaires, des cambrioleurs, des familles presque normales, car une famille normale, chez Jauffret, cela n’existe pas. On entre donc dans ses vies, pour un court instant, le temps de saisir la détresse, le désarroi, le cynisme et plus rarement le bonheur de chacun. Parfois on rencontre même Régis Jauffret, qui se traite comme personnage de ces fictions.
   
   J’ai découvert Régis Jauffret avec "Univers, univers", roman étrange et fascinant qui relate les divagations de l’esprit d’une ménagère devant son gigot dans le four, allant de ses fantasmes les plus fous à ses pires cauchemars. Ici, j’ai eu l’impression que Jauffret a poussé plus loin cette expérience littéraire, en traitant de personnages différents à chaque double page. Ce qui donne un recueil à la fois très dense, mais d’une belle homogénéité dans ses sujets.
   
   Jauffret n’est pas un auteur très évident à suivre. La majorité de ses personnages sont névrosés, en difficulté morale et sociale. Mais la force de Régis Jauffret, et ce qui m’attire dans son univers très sombre, c’est ce regard souvent froid et cynique qu’il porte sur ses personnages. A plusieurs reprises, j’ai souri, voire ri à la lecture des aventures de ces paumés, non par moquerie mais tellement le trait est forcé par l’auteur. Il a une manière très personnelle de transcrire ces histoires dans l’ensemble assez peu optimistes, qui fait que je n’ai pas été plombé par cette lecture. De plus, il a une écriture qui, je ne saurais dire pourquoi, me parle.
   
   Je dois néanmoins avouer que cette lecture s’est faite à feu doux: six mois que je transporte ce pavé dans mon sac, et ces microfictions m’ont servi de lecture dans mes (courts) trajets quotidiens, sur le quai de la gare ou du métro. J’estime que cette lecture hachée, loin de couper le rythme, permet de ressentir la diversité de cette œuvre. En effet, à plusieurs reprises, il m’a semblé que les microfictions, rangées par ordre alphabétique, avaient un ordre particulier lié aux caractéristiques des personnages, ou à leur actions.
   
   Voilà donc une œuvre singulière, qui ne plaira sans doute pas à tous, et dont il vaut mieux connaître un minimum le ton avant de s’y plonger, car il est volontairement noir. Maintenant, reste à me plonger dans le dernier roman de Régis Jauffret, "Lacrimosa", qui a rejoint ma table de chevet il y a peu.
   
   Une lecture des "Microfictions" a eu lieu lors de la Nuit Blanche au théâtre du Rond-Point. Je n’y ai pas assisté, mais par contre, je compte une pièce vue fin 2008, de et avec Régis Jauffret: "Lacrimosa", d'après son dernier roman.

critique par Yohan




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