Lecture / Ecriture
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Istanbul. Souvenirs d'une ville de Orhan Pamuk

Orhan Pamuk
  Le livre noir
  La Vie nouvelle
  Neige
  Mon nom est rouge
  Le château blanc
  Istanbul. Souvenirs d'une ville
  Le musée de l'Innocence

Orhan Pamuk (prononcez [Orane Pamouke]) est un écrivain turc, né le 7 juin 1952 à Istanbul. Ses romans ont rencontré un énorme succès dans son pays et dans le monde. Ils sont traduits en plus de 20 langues. L'auteur a remporté trois grands prix littéraires en Turquie, le prix France-Culture en 1995, le prix du meilleur livre étranger du New York Times en 2004, le prix des libraires allemands le 22 juin 2005 et le prix Médicis étranger pour "Neige" en 2005.
Il vient d'un milieu relativement aisé, cultivé et francophile. Il étudie trois années l'architecture dans une université stanbouliote, mais décide finalement d'abandonner ce cursus pour suivre une formation de journaliste. Une fois son diplôme obtenu, il s'enferme des journées entières dans l'appartement familial pour écrire. Il rédige tout d'abord des nouvelles; la première sort en 1979.
Pamuk a effectué plusieurs longs séjours aux États-Unis en qualité de boursier ou d'auteur invité.
L'auteur est considéré comme un contestataire dans son pays. Il a été le premier écrivain du monde musulman à condamner publiquement la fatwa islamique lancée contre Salman Rushdie en 1989. Il a également reconnu dans la presse en 2005 la culpabilité de la Turquie dans les génocides kurde et arménien ce qui lui a valu des menaces de mort et une assignation à comparaître devant les tribunaux.
Le 12 octobre 2006, il a obtenu le prix Nobel de littérature.
(Wikipedia)


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Istanbul. Souvenirs d'une ville - Orhan Pamuk

Le piéton de Péra
Note :

   En 2002, l'écrivain turc a cinquante ans et il publie l'année suivante ce gros livre qu'il dédie à son père. Publié en France quelques mois après l'attribution du prix Nobel de Littérature, «Istanbul. Souvenirs d'une ville» entrelace les souvenirs personnels de l'auteur jusqu'à l'âge de ses vingt ans, la saga familiale, et l'exploration géographique et passionnelle de la ville du Bosphore en même temps que l'apprentissage de la vie.
   
   La naissance d'un écrivain? Oui, d'une certaine façon, puisque l'auteur évoque son enfance, quand toute la famille élargie était réunie, étage par étage, dans l'immeuble Pamuk; il évoque le frère de deux ans son aîné, les parents qui se disputaient, la mère aimante, parfois ironique et toujours inquiète, le père souvent absent, parti pour un travail ou pour une maîtresse. Enfin naissance d'un écrivain parce que le texte conduit à cette décision annoncée à la mère au terme d'une discussion orageuse: «Je ne serai pas peintre, moi, je serai écrivain.» Peintre, il l'avait été, adolescent et éphémère étudiant en architecture, représentant depuis son balcon les horizons de la ville impériale, ou, plus tard faisant le portrait de son amie "Rose Noire". Il dessinait aussi. Il prenait des photographies. Et puis "Rose Noire" a été envoyée en Suisse par sa famille inquiète de la voir fréquenter un "artiste".
   
   Cet écrivain, s'il est un lecteur de Nerval, de Gautier, de Flaubert, et de bien d'autres qui ont visité l'Istanbul du temps des derniers sultans, il est d'abord un piéton de Péra et de Galata. Un piéton mélancolique dans Istanbul. Un habitant de Beyoglu et de Cihangir, qui se promène dans l'ancienne Péra et dans les quartiers alentour, en quête du «pittoresque des faubourgs» , découvrant de jour comme de nuit des rues tristes et mal pavées, des yali aux murs noircis qui menacent ruine et seront bientôt la proie des flammes, accidentelles ou non. Durant toutes ces années, l'auteur est le spectateur attentif d'une capitale déchue. Quand le père ou l'oncle conduisent en Dodge modèle 1952 toute la famille à travers l'agglomération, le jeune Orhan découvre les vieux palais et les villas anciennes (konaks et yalis) bordant les rives du Bosphore ou parsemant les sept collines; ces pérégrinations admiratives lui donnent un enthousiasme esthétique puis ce sentiment de nostalgie ("hüzün") qu'il s'efforcera de retrouver et d'expliquer dans ce récit de la cinquantaine, en évoquant les artistes et les écrivains du passé qui ont décrit sa cité.
   
   Les paysages urbains, redécouverts dans des albums de gravures, notamment celles de Melling, montraient une ville où les habitations, les mosquées, les églises grecques, et les palais des pachas étaient encore loin de saturer l'espace. Les cyprès, les peupliers, les pins, les cimetières et les espaces verdoyants faisaient de l'ancienne Constantinople une ville-jardin resplendissante et colorée. Après la chute de l'empire ottoman, la ville est devenue triste, elle a vu sa population augmenter mais sa fortune décliner — tout au moins jusqu'aux années 60-70. Ceci alimente le leitmotiv du pessimisme, du regret d'antan, avec une pointe de haine contre cet Occident qui n'a pas colonisé Istanbul, seulement rapidement occupée en 1918, et qui lui propose-impose ensuite, un modèle importé et plaqué par Atatürk, en même temps qu'un sentiment d'amertume rien qu'à fréquenter des Stambouliotes nouveaux riches qui rêvent d'Europe et s'efforcent d'acquérir ses innovations, mais négligent l'art et la culture.
   
    Tiraillé entre Orient et Occident, mais plein d'ironie contre l'orientalisme, l'auteur est fasciné par la grandeur passée de l'empire ottoman; ses racines sont là, mais il n'est absolument pas attiré par la religion qui est juste à ses yeux une affaire de pauvres et de domestiques. Il n'est pas non plus favorable au nationalisme turc: il dénonce les pogroms anti-grecs, anti-arméniens et antisémites de 1955. On doit imaginer que ce pessimisme et cette mélancolie que l'auteur exprimait en regardant son passé et le passé de sa ville ont été adoucis au-delà de ses trente ans, quand il a commencé à publier, et qu'il est devenu l'écrivain turc le plus lu dans le monde.
   
   Orhan Pamuk a accompagné son texte de nombreuses photographies en noir et blanc de plusieurs provenances. Ce ne sont pas des illustrations superflues. Elles renforcent ses propos, ses démonstrations. Certaines sont de l'auteur lui-même. Beaucoup proviennent du fonds du plus célèbre photographe de Turquie: Ara Güler. Par elles, on voit la décrépitude des quartiers d'où naît une poésie qui combat sans espoir la médiocrité des constructions récentes dont la progression constante mène à une victoire inéluctable. Par elles aussi on voit la marque de la civilisation technicienne qui s'immisce dans Constantinople avant la fin du XIX° siècle: les vapur, le tramway, les automobiles — qui dans les années 50-60 sont souvent américaines… — les marques des produits de consommation, le cinéma, la télévision… Istanbul n'est plus la ville des sultans, et si son identité s'est transformée, les bateaux empruntent toujours le Bosphore, de la mer Noire à la mer de Marmara — un trafic qui a causé maints drames en pleine ville — et passent les vapur d'une rive à l'autre, vitres obscurcies par les fumées des vieilles machines, autre trait poétique...

critique par Mapero




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