Lecture / Ecriture
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La musique d'une vie de Andreï Makine

Andreï Makine
  Le Testament français
  La femme qui attendait
  La musique d'une vie
  Le livre des brèves amours éternelles
  La vie d’un homme inconnu
  Une femme aimée
  Confession d'un porte-drapeau déchu
  La fille d'un héros de l'Union Soviétique
  L'archipel d'une autre vie

Andreï Makine est un écrivain russe nationalisé français, qui écrit en français. Né en Sibérie en 1957, il vit à Paris depuis 1987. L’obtention du Goncourt lui a valu d'obtenir la nationalité française en 1996.

Il a été élu à l'Académie française en 2016.

Il a également publié des romans sous le pseudonyme de Gabriel Osmonde.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La musique d'une vie - Andreï Makine

Gagné d’avance
Note :

    Résumé
   «Le premier concert du jeune pianiste Alexeï Berg est annoncé pour le 24 mai 1941. Fin du long purgatoire que sa famille a vécu durant les années de terreur. Promesse d’oubli, de célébrité future, de nouvelles rencontres parmi la jeunesse dorée de la capitale… Or, ce concert n’aura pas lieu. La vie d’Alexeï se jouera sur une partition différente, marquée par l’amour sans nom, par la familiarité avec la mort, par la découverte de la dignité des vaincus. Car de «roman-destin» est d’abord un éloge de l’indomptable force de l’esprit, de la résistance intérieure.»

   
   
   Commentaire
   J’ai beaucoup aimé ce court roman, de cet auteur né en Sibérie maintenant devenu Français. Je l’ai lu suite à un billet sur la musique car j’adore l’histoire de Russie et j’adore la musique. C’était donc gagné d’avance et c’est avec la ferme intention d’être charmée que j’ai débuté ce roman.
   
   C’était mon premier livre de cet auteur et j’ai vraiment adoré sa plume poétique, remplie de comparaisons fortes (les masques au long nez...) et d’impressions douces. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, avant que le récit d’Alexeï débute réellement. Je trouvais ça très beau, très bien écrit, mais je me demandais bien où ça allait mener. En fait, j’aurais laissé de côté le début et la fin! Mais ça, c’est moi!
   
   C’est une histoire forte, triste, qui parle de survie mais qui, à aucun moment, ne m’a fait venir des larmes, la plus forte émotion que j’ai eue est quand il rejoue du piano. J’ai quand même été touchée par cet homme qui n’a pas vécu sa vie à lui, qui s’est bâti une carapace jusqu’à, par moments, ne plus savoir qui il était vraiment, dans le contexte de cette Russie qui exigeait tant de ses citoyens. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, si vite passée!
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critique par Karine




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Un prince de l’écriture
Note :

   Attention, ce commentaire raconte l'histoire
   
   
   Né en 1957, Andreï Makine passa ses années de jeunesse en URSS et eut la chance d’être élevé dans une culture parfaitement bilingue, russe et française. Réfugié politique, il s’installe en France à la fin des années 80 où il poursuit en parallèle une carrière d’enseignant à Science-Po et d’homme de lettres. Makine est un prince de l’écriture qui manie une langue classique mais sans ostentation, une langue faite pour raconter, témoigner, émouvoir et happer à l’image de la grande littérature russe. Il obtiendra d’ailleurs pour "Le testament français" le Prix Goncourt et le Prix Médicis (double récompense plutôt rare) en 1995.
   
   "La musique d’une vie" est un très court roman, idéal pour découvrir l’auteur, si vous ne le connaissez pas encore. Tout commence sur le quai d’une gare où s’entasse, dans le froid et la neige, une foule humaine faite de civils et de soldats en goguette qui attendent en vain depuis six heures, sans la moindre nouvelle, un improbable train. Quel meilleur exemple pour illustrer "l’Homo Sovieticus", invention faite pour dire la difficulté de vivre, la prédominance d’une idéologie sans concession, la disparition de l’individu au profit putatif du collectif et, surtout, la capacité à endurer plus qu’il ne serait jamais permis de penser.
   
   Pendant que certains des soldats négocient une étreinte sans amour avec la vieille prostituée fatiguée de service, un homme engoncé dans son manteau et coiffé d’une toque de fourrure s’assied en face d’un piano arrivé là on ne sait comment. Seul un violent accord retentira tandis que quelques larmes couleront, entr’aperçues par celui qui deviendra son compagnon de voyage lorsque le train inespéré finira par se pointer. Cet homme au piano est Alexis Berg, pianiste virtuose, dont le premier concert devait avoir lieu en Mai 1941 à Moscou. Un jeune homme promis à la gloire et dont le destin sera irrémédiablement brisé, victime parmi des millions d’autres de la folie du Stalinisme. En effet, le jour même de son concert, les parents d’Alexis seront arrêtés par la police politique et lui-même ne vaudra son salut que par la bienveillance d’un voisin qui le préviendra au tout dernier moment.
   
   Obligé de fuir, il se réfugie en Ukraine chez des parents qui le cachent jusqu’au jour où l’avancée allemande bouleversera à nouveau la donne. Arraché de sa planque, il lui faudra changer d’identité et trouver un cadavre de soldat russe lui ressemblant pour devenir ce mort qu’il ne connaît pas. De pianiste, le voici soldat, plusieurs fois rescapé de ses blessures, toujours brave mais prenant soin de ne pas se faire remarquer. Pendant des années, il lui faudra vivre pour ce qu’il n’est pas, cacher qui il est vraiment, faire croire à la fille du général dont il est devenu le chauffeur qu’il ne sait rien du piano. Toujours vivre en marge, en solitaire et en taiseux. Mais l’Histoire finit toujours par vous rattraper comme l’imaginera Makine.
   
   Un livre admirablement écrit et construit pour témoigner de la brutalité d’un communisme stalinien qui mit toute sa force à détruire un peuple, victime de la folie d’un dictateur qui toujours trouvera des zélateurs. Qui dit que l’Histoire ne bégaye jamais?

critique par Cetalir




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