Lecture / Ecriture
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Intérieur Nord de Marcus Malte

Marcus Malte
  Carnage, constellation
  Garden Of Love
  Intérieur Nord
  Toute la nuit devant nous
  Cannisses
  Les harmoniques
  Fannie et Freddie
  Il va venir
  Le garçon
  La part des chiens

Marcus Malte est né en 1967 et vit depuis ce temps à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variétés. Puis il s’est lancé dans l’écriture, plus particulièrement des romans noirs pour les adultes et pour la jeunesse…
(Source éditeur)

Intérieur Nord - Marcus Malte

La route des morts est la seule qui tienne.*
Note :

   Quatre nouvelles, ou plutôt quatre récits sur la solitude de l'homme, solitude voulue ou imposée.
   
   Dans «Musher» Jacques semble déboussolé, il le dit lui même, il ne sait plus ce qui est normal ou pas! Isolé dans sa montagne natale, il repense aux derniers évènements de sa vie. Évènements récents qu'il tente de comprendre. L'arrivée de ce couple, l'homme, Cole beaucoup plus âgé que la femme Lauren. Ils recherchaient le calme, ils pensent l'avoir trouvé. La vie s'organise, le couple descend au village le matin, l'après-midi l'homme se repose, la femme et Jacques font des sorties avec les chiens. Ils visitent la région, de plus en plus loin, et leur relation change petit à petit... Un jour Jacques lui fait visiter le lieu dit «Le Pas du Paradis», n'est-ce pas plutôt le début de sa descente aux enfers?...
   «Prends ton manteau dans le couloir,
   et prends mon amour pour escorte»

   
   Dans la nouvelle «Le jardinier» Bruno a un jour oublié son escorte, il a été tué par deux individus en tentant de défendre sa petite amie, qui retirait de l'argent d'un distributeur, mourir pour 200 francs! Son père évoque les bouleversements causés par cette mort dans la famille. Leur couple est brisé, son épouse a rejoint une communauté «L'espérance». Nathalie la fiancée a refait sa vie, Serge le frère aîné a petit à petit pris ses distances. Alors le père, la nuit roule, avale des kilomètres, et retourne au travail le matin. Les assassins n'ont jamais été retrouvés par la police. Un jardinier ne dit-il pas qu'il faut prendre la mauvaise herbe à la racine et la trancher nette?
   
   Imaginez un ange, mais un ange un peu particulier:
   L'ange accoudé
   Avait
   Un petit coup dans l'aile
   et dans le nez

   c'est «L'ange pleureur». C'est l'histoire d'une longue recherche, celle entreprise par un homme, des années auparavant pour retrouver une femme, et elle est là maintenant devant lui, dans ce café d'Amiens, vieille «pochtronne», interpellant les clients de passage pour un verre de Martini. Trop décatie, elle ne se prostitue plus que très rarement, ou alors pour effacer une ardoise au bistrot. Ce jeune homme l'écoute, lui offre à boire, la raccompagne chez elle, lui parle. Elle lui raconte par bribes sa vie, une enfance difficile mais heureuse, mais il y a bien eu un jour une cassure! Et qui est réellement ce jeune homme, qui doit repartir vers sa vie à lui?
   
   «Jeanne, ma Jeanne», c'est l'amour fou, absolu, celui dont un homme ne se remet pas!
   Je n'oublie pas que tu fus celle
   que j'ai aimée
   la seule.

   Lucien, la quarantaine, a été marié, enfin il a plutôt vécu en parallèle avec son épouse, mariage forcé, suite à ce que nous appellerons pudiquement une erreur de jeunesse. Chauffeur routier, il part toute la semaine, leurs relations deviennent de l'indifférence polie, sans dispute, pourquoi continuer à perdre deux vies, alors ils divorcent. Lucien change de métier et devient représentant de commerce, il aime ce travail, un jour il fait la connaissance de Jeanne, il revient la voir, fait la connaissance de Jérémie son fils... C'est le début du bonheur pense t-il, mais, la vie cette garce en a décidé autrement.
   
   Un montagnard pris au piège de l'amour et de la mort, les grands espaces et ses chiens, il n’a connu que cela. Quand un couple vient s'installer chez lui pour quinze jours, tout sa vie bascule, il ne sera plus jamais le même.
   Un homme sillonne les routes la nuit, que moissonne-t-il seul au volant de sa voiture?
   Un jeune homme et une vieille alcoolique à Amiens, histoire pathétique de cette femme.
   Les histoires d'amour finissent mal en général, celle de Jeanne et de Lucien finira très mal, et la morale ne sera même pas sauve.
   De la déraison, des détresse profondes, des hommes qui touchent le fond, tuant par amour, ou aimant à la folie, les deux souvent combinés d'ailleurs.
   Un très bon livre analysant des gens souvent à la raison à la limite du point de rupture. Des vies qui basculent, sur un mot, un geste, un regard, des existences pathétiques poussées à l'extrême.
   
   A signaler que chaque histoire est précédée d'un texte, plutôt long pour «Musher», d'où sont extraites les phrases en italique ci-dessus.
   
   
   Extraits :
   
   - Ça m'avait passé, ces histoires, et maintenant, ça me reprend. Mais ils ne sont plus là. Il n'y a plus personne pour me porter.
   
   - C'est à ce moment-là que j'aurais pu dire non. Je sais. Un non ferme et définitif.
   
   - On évite de parler de sa mère. À quoi bon? Nous savons tous les deux ce qu'il en est. Les choses n'iront pas en s'améliorant.
   
   - Dorénavant, je peux affirmer connaître la véritable valeur de la vie. Et de la mort.
   
   - Si profondément enfouies que même les torrents de Martini que charriaient son sang ne pouvaient les exprimer.
   
   - Elle n'avait pas de grand appétit mais elle avait soif, sempiternellement soif.
   
   - Je ne cherche pas à me justifier, ni à me faire pardonner. Personne ne peut plus me pardonner.
   
   - C'est comme ça: j'ai toujours eu tendance à croire que les gens, dans le fond, sont exactement ce qu'ils ont l'air d'être.

   
   
    * Titre: Phrase extraite de «l'introduction».
    ↓

critique par Eireann Yvon




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Recueil de quatre nouvelles
Note :

    Recueil de quatre nouvelles.
   
    Dans la première, il est question d'un solitaire qui vit dans les montagnes et loue à l'occasion des chambres à des touristes. Et puis, arrive Lauren, jeune femme accompagnée de Clive, homme plus tout jeune. Dans la seconde, un père passe tous les jours par le carrefour auquel son fils a été tué quatre années auparavant : il ne peut empêcher les souvenirs d'affluer. Dans la troisième, un jeune homme observe vivre une femme plus toute jeune qui s'alcoolise méthodiquement. Il se rapproche d'elle. Et dans la dernière, un représentant rendu à la fin de sa vie raconte son histoire avec une jeune femme, 22 ans plus tôt.
   
    Le fil conducteur de ces histoires est la rencontre et la solitude. Car ce qu'il reste finalement après que ces hommes ont raconté une partie de leur vie, c'est bien la solitude, la désespérance et une certaine mélancolie. Chacun se plonge dans une profonde réflexion à la lecture de ses souvenirs. Aucun n'est héroïque. Ils sont tous des hommes normaux et ils ont tous rencontré d'autres personnes normales. Cela les amène parfois à des gestes non ordinaires, mais ils découlent tellement naturellement qu'on peut y croire sans se forcer.
   
    Marcus Malte écrit dans une langue épurée. Peu de phrases inutiles au bon déroulement des histoires et à la bonne compréhension de la réflexion de ces hommes. Le seul point qui m'a parfois gêné, c'est l'élision du "ne" de la forme négative, notamment dans la première nouvelle. Je sais qu'elle donne un ton parlé au texte, mais alors, il faudrait soit l'utiliser tout au long de l'histoire soit pas du tout ; Malte l'utilise de temps en temps et ça m'a embêté. C'est une légère gêne qui ne m'a pas empêché d'apprécier ces quatre nouvelles, surtout la première et la dernière, très bien menées.

critique par Yv




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