Lecture / Ecriture
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La sœur de Judith de Lise Tremblay

Lise Tremblay
  La héronnière
  La sœur de Judith

Lise Tremblay est une écrivaine québécoise née à Chicoutimi, elle enseigne depuis plus de vingt ans la littérature au Cégep du Vieux-Montréal. Elle s'est vu attribuer plusieurs prix littéraires au Québec.
«...Écrire un livre, c'est comme Bernard Voyer qui marche dans le Nord, comme les athlètes qui se défoncent, c'est une affaire de fous, une sorte de quête qui est toujours à recommencer», confie celle qui aime souvent se décrire à la blague à ses amis comme une «schizophrène fonctionnelle».

La sœur de Judith - Lise Tremblay

Tout près de chez moi !
Note :

    Depuis sa sortie, ma mère me presse de lire ce roman. Elle ne l'a pas lu mais a apprécié les précédents livres de l'auteur et veut connaître mon avis sur celui-ci. Son idée géniale: me l'offrir pour Noël dernier! Et voilà, c'est fait! Mais comme nos avis divergent 98% du temps... je ne sais pas trop s'il lui sera utile!!!!
   
   J'ai bien aimé ce livre qui se passe au Canada tout près de chez moi et qui est bourré de références à des rues, des magasins et des endroits que je connais. Je m'y suis tout de suite sentie "à la maison" et je pouvais aisément imaginer les différents personnages évoluer dans ces décors familiers. De plus, c'est l'époque de ma mère et ces récits m'ont rappelé quelques une des aventures qu'elle me raconte parfois. Les grandes marches, ma grand-mère couturière, la procession de la Ste-Vierge et les soeurs à l'école.
   
   La narratrice, dont on ne saura pas le nom, est une enfant vive qui vit les premiers émois de l'adolescence et qui ne sait trop à quelles valeurs s'accrocher. C'est le récit d'un été en fait. L'été de la narratrice et de son amie Judith, l'amie d'enfance avec qui elle avait en commun de partager le même bout de rue. L'été de tous les changements, où tout semble mal aller. La fameuse soeur de Judith, Claire, l'idole, la fille "dans le vent" par excellence, qui sort avec un riche du quartier Murdock m'apparaît comme le symbole du vent de changement qui souffle sur le Québec à cette époque, avec des nouvelles valeurs, de nouvelles moeurs, du moins pour la narratrice. Ce n'est pas une révolutionnaire ni une fille parfaite. Seulement une belle fille un peu frivole qui semble réaliser tous les rêves de la jeunesse. Dans cet univers en mouvance, chacun évolue à son rythme, certains sont secoués, certains explosent et certains y adhèrent sans réfléchir... Ce roman reflète bien ces différentes réactions.
   
   Ce passage de l'enfance vers l'adolescence se fait tout doucement à travers le livre. Et c'est à la fin, lors de l'entrée au secondaire, lorsque de nouveaux horizons sont ouverts qu'on le perçoit davantage. Qui n'a pas eu une "grande amie" au primaire avec qui, finalement, on n'avait pas tant que ça en commun, à part d'habiter la maison voisine? Quelle surprise de réaliser comme ça, du jour au lendemain, quand on connaît autre chose qu'au fond... ses histoires ne nous intéressent pas tant que ça. J'ai beaucoup aimé cette prise de conscience à travers l'histoire toute simple de gens tout simples. L'écriture est en accord avec le thème et les personnages; des phrases courtes, une narration à la première personnes avec des réflexions d'une enfant qui l'est de moins en moins.
   
   Un bon moment de lecture, en somme, dont le charme ne réside pas dans les péripéties (la narratrice décrit elle-même son été comme étant "plate") mais dans l'atmosphère créée. Je ne sais pas si je l'aurais apprécié autant s'il s'était déroulé dans une autre ville et où je n'aurais pas de repères (les noms des commerces, des journaux... tout est réel!) mais ce fut bien agréable!
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critique par Karine




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Lecture rafraîchissante
Note :

   Lise Tremblay rédige une chronique condensée du Québec rural des années d'après la Révolution tranquille; l'été mythique 1968, pendant que la soeur de son amie Judith, la plus belle fille de Chicoutimi-Nord, gagne Montréal pour devenir danseuse à gogo; une jeune fille de onze ans observe le monde en pleine transformation qui l'entoure.
   «C’est une petite fille qui parle, sans une fausse note, sans une pirouette inutile, qui parle avec des mots de Chicoutimi-Nord, des mots de 1960, des mots comme on en trouve dans l'Écho-Vedettes qu’elle feuillette et dans les chansons de Bruce et les Sultans qu’elle écoute.» dit Pierre Foglia, chroniqueur au quotidien La Presse et icône culturelle du journalisme au Québec.
   
   L'émancipation des femmes, les "explosions" de sa mère, l'américanisation de la culture, les religieuses troquant l'uniforme pour l'habit civil. De cette Révolution tranquille qui a métamorphosé le Québec, on se réjouit de lire cette description si différente des tableaux burlesques qu'offre la littérature moderne dans sa volonté de rompre avec les traditions. Les blessures d'autrefois se sont cicatrisées, et, sans renoncer à toute forme d'ironie, l'auteure portée à la fois par un brin de folie et par un style d'une étonnante sobriété propose de porter un regard fin sur cette époque charnière.
   
   Un court roman que j'ai lu goulûment, tout d'un trait, un pur rafraîchissement!
   Lise Tremblay est une écrivaine québécoise de grand talent.

critique par Françoise




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