Lecture / Ecriture
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Traquer les ombres de John Harvey

John Harvey
  De Chair et de Sang
  Traquer les ombres
  Cold in Hand
  Le deuil et l'oubli
  Proie facile

John Harvey est un auteur britannique de romans policiers, né à Londres en 1938. Il a publié sous plusieurs pseudonymes.

Traquer les ombres - John Harvey

Un livre orphelin
Note :

    C'est ce qu'on pourrait appeler un livre orphelin, d'un auteur orphelin du personnage qui a occupé ses livres précédents. Pour John Harvey, c'est le deuxième après "Couleur franche" qui, en 2004, faisait suite à une dizaine de titres consacrés à l'inspecteur Resnick. "Traquer les ombres" survient après la trilogie Frank Elder qui a montré que John Harvey pouvait conserver sa place au sommet du polar britannique.
   
   Les livres orphelins ne sont pas les meilleurs de leurs auteurs et celui-ci vient confirmer ce constat. Il faut bien sûr compter avec la relative déception du lecteur, habitué à un héros et à un cadre bien particulier. Il faut aussi, pour ce qui est de John Harvey, compter avec le fait que cet auteur n'est pas un styliste et que ses séries valaient surtout par la personnalité de leurs protagonistes. Un personnage un peu plus fade, une intrigue un peu plus lâche et la magie disparaît. C'est ce qu'on peut constater ici où l'enquête menée par l'inspecteur Will Grayson sur le meurtre d'un homosexuel de Cambridge ne parvient jamais à atteindre la vitesse supérieure. A partir de là, les défauts et les tics d'écriture prennent davantage de relief, comme ces descriptions systématiques de vêtements et de menus qui encombrent le récit.
   
    Plus généralement, John Harvey ne parvient pas à faire oublier le caractère anachronique des procédures policières qu'il met en scène. C'est un anachronisme général, qui touche le genre policier tout entier, mais sur lequel à ma connaissance aucun spécialiste ne s'est encore penché. Je m'explique: les enquêteurs, privés ou officiels, des polars d'aujourd'hui se déplacent autant que ceux des années cinquante. Ils font des kilomètres pour aller rencontrer telle ou telle personne impliquée dans le cas qu'ils étudient, ils galopent d'un bout à l'autre de la ville ou du pays, ce qui donne à l'auteur du matériel descriptif, des portraits, des lieux des itinéraires qui, dans la réalité doivent aujourd'hui être gommés par l'utilisation du téléphone de poche et de l'ordinateur. Cet anachronisme, que l'on accepte ou que l'on oublie chez des auteurs comme Mankell ou Indridason, apparaît ici comme une autorisation à faire du remplissage.
   
   Titre original: Gone to Ground

critique par P.Didion




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