Lecture / Ecriture
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L'adieu aux armes de Ernest Hemingway

Ernest Hemingway
  Les neiges du Kilimandjaro
  L'étrange contrée
  La grande rivière au cœur double
  Pour qui sonne le glas
  Le vieil homme et la mer
  L'adieu aux armes
  Paris est une fête
  La vérité à la lumière de l'aube
  Paradis perdu
  En avoir ou pas
  Le soleil se lève aussi
  Au-delà du fleuve et sous les arbres

Ernest Miller Hemingway est un écrivain et journaliste américain, né en 1899 dans l'Illinois et mort le 2 juillet 1961 (suicide).


Paula McLain a écrit "Madame Hemingway" qui relate l'époque du premier mariage d'Ernest Hemingway.

L'adieu aux armes - Ernest Hemingway

Roman de guerre/roman d'amour
Note :

    Première étape du périple italien: Ernest Hemingway et le lac Majeur. Première déception estivale aussi car autant le dire tout de suite, j'ai trouvé l'écriture d'Hemingway extrêmement aride.
   
   Frederic Henry est un jeune Américain engagé volontaire dans les ambulances italiennes durant la Première Guerre mondiale. Il est cantonné sur le front nord où la guerre n'est qu'une succession d'avancées et de reculades en territoire autrichien.
   Pourquoi s'est-il engagé? On ne le saura jamais. Il dirige l'affectation des blessés, boit beaucoup et s'intéresse aux femmes (comme les autres), en particulier à une infirmière écossaise, Catherine Barkley. Il est un jour blessé et conduit à Milan où il doit se faire opérer du genou et passer une longue convalescence. C'est là qu'il tombe vraiment amoureux de Catherine qui, peu farouche pour l'époque, ne tarde pas à tomber enceinte.
   
   La quatrième de couverture précise: «Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d'amour. » Entièrement d'accord pour le roman de guerre car le lecteur vit aux côtés de Frederic Henry et de ses camarades la stupidité d'une guerre qui n'avance pas, s'enlise, où l'on meurt pour rien, même tué par ses propres compatriotes.
   Mais je suis beaucoup plus mitigée sur le roman d'amour car vraiment, le style d'Hemingway est très sec, à la limite parfois de la caricature. A aucun moment je n'ai senti la moindre passion du côté d'Henry, j'ai même pensé pendant au moins cent cinquante pages que cette Catherine n'était pas l'objet de l'histoire d'amour mentionnée en quatrième de couverture et qu'il allait en rencontrer une autre. La faute en particulier aux dialogues d'une extrême pauvreté, dont voici un exemple:
   - Ce n'est rien
   - Dis-moi.
   - Non, je ne veux pas. J'ai peur que ça te rende malheureux, et que tu te tourmentes.
   - Pas du tout, ça ne me tourmentera pas.
   - Je ne veux pas te le dire.
   - Si, dis-moi.
   - Il faut?
   - Oui.
   - Je vais avoir un bébé, chéri. Presque trois mois déjà. Ça ne t'ennuie pas, dis? Je t'en supplie, il ne faut pas que ça te tourmente.
   - Cela m'est égal.
   - Vraiment?
   - Mais bien sûr.
   - J'ai tout fait. J'ai tout pris ce qu'il fallait mais ça a été inutile.
   - Il n'y a pas de quoi se tourmenter.
   - Je n'y peux rien, mon chéri. Je ne m'en suis jamais tourmentée. Toi non plus, il ne faut n'y t'en tourmenter ni t'en attrister.

   
   Je sais, il s'agit d'Hemingway mais pour moi, ces dialogues sont extrêmement plats. Et toutes les conversations Henry/Catherine sont sur le même ton, aucun sentiment, aucune vie, vraiment très décevant. Ses personnages sont désincarnés, ils n'ont aucune âme, on ne sait pas qui ils sont ni pourquoi ils agissent comme il le font. Tout est factuel et l'analyse psychologique est complètement absente.
   
   J'ai surtout apprécié quelques scènes, en particulier la retraite des troupes italiennes où l'on mesure l'absurdité et la violence de combats si généreux en vies humaines. La fuite, vers la Suisse toute proche, de Henry et Catherine de nuit sur le lac Majeur que j'avais alors sous les yeux est également un moment très fort du roman, quelques heures où le destin est suspendu au-dessus de deux êtres fragiles livrés à leurs seules ressources et au hasard.
   
   Me voilà donc vraiment déçue, bien loin du souvenir que je garde de ma lecture du "Vieil homme et la mer", il y a de ça bien des années.
   
   
   Titre original : A Farewell to Arms, parution aux Etats Unis : 1932
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critique par Yspaddaden




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50 pour cent
Note :

   1915, sur le front italien. Le jeune Frédéric Henry, américain engagé volontaire dans l'armée italienne en tant qu'ambulancier, portant sur l'amour et la vie une vision désabusée, va voir son existence bouleversée par une rencontre fortuite, de retour d'une permission, avec une jeune et belle infirmière anglaise, Catherine Barkley. Il la trouve charmante, elle le trouve amusant. Malgré quelques gifles reçues pour ses excès d'audace, Frédéric persévère et ne tarde pas à séduire la jeune infirmière. Mais les offensives de la guerre qui fait rage autour d'eux l'oblige à changer de ville. Tous deux n'espèrent plus guère se revoir avant longtemps, mais le destin choisit de les rapprocher une nouvelle fois: grièvement blessé aux jambes par des éclats d'obus, Frédéric est envoyé dans un hôpital militaire de Milan, où il retrouve avec joie sa bien-aimée. Après une opération risquée des deux genoux, il semble sur la voie de la guérison, et passe une convalescence pour le moins agréable, passant ses journées à boire, au point d'en attraper la jaunisse, et ses nuits avec Catherine, qui s'est arrangée pour prendre la plupart des gardes de nuits afin d'être seule avec son amant. Même si les autres infirmières ne voient pas nécessairement cette idylle d'un bon œil, le jeune couple s'affiche au grand jour et ne craint pas les médisances ni les dénonciations. Plusieurs mois s'écoulent, pendant lesquels l'affection qu'ils ont l'un pour l'autre ne cesse de grandir. Mais un beau jour, Frédéric reçoit une lettre l'informant qu'il lui faut, maintenant sa convalescence achevée, retourner au front. Catherine est effondrée, d'autant qu'elle vient d'avouer à Frédéric qu'elle est enceinte de lui... Désormais, le jeune couple va avoir fort à faire pour faire triompher l'espoir et l'amour de la guerre et de la destruction...
   
   
   Puisque Hemingway se trouve en ce moment, bien malgré lui, au cœur d'une tourmente littéraire, c'était l'occasion rêvée de s'attaquer à l'un de ses plus célèbres romans. "L'adieu aux armes", dont le jeu de mots contenu dans le titre original ("arms" pouvant signifier aussi bien les bras - donc l'étreinte amoureuse - que les armes) est malheureusement intraduisible en français, est certes un roman de jeunesse, mais il contient en germe tous les éléments qui caractériseront l'écriture d'Hemingway tout au long de sa vie: l'économie du style, une affection toute particulière pour la litote expressive, des personnages énigmatiques, une intrigue mettant en scène le combat désespéré de la vie contre la mort... Cependant, et peut-être parce qu'il s'agit justement d'un roman de jeunesse, cet ouvrage semble moins achevé que les suivants, peut-être un peu plus brouillon, avec des personnages qui restent somme toute peu attachants, sans doute parce qu'ils sont avant tout perçus à travers des dialogues décousus, au sens parfois obscur, et souvent terriblement artificiels, notamment ceux qui unissent Catherine et Frédéric, dont la mièvrerie et les banalités atteignent parfois des sommets.
   
    S'il peine à décrire les affres de la passion amoureuse, Hemingway excelle dans la description des atrocités de la guerre, rappelant en cela les meilleures pages de Céline, pour citer un autre grand écrivain dont le seul nom déclenche la polémique en ce moment. Surtout, le choix du point de vue interne s'avère parfaitement judicieux, en ce qu'il permet de rendre l'impression d'émiettement et de morcellement propre à l'écriture de la guerre (évoquant par moments Stendhal et ses descriptions de la bataille de Waterloo, l'humour en moins), mais aussi à la peinture impressionniste, dont on sait qu'elle a beaucoup inspiré l'œuvre d'Hemingway.
   
   Pour simplifier, pratiquement toutes les scènes qui se rattachent de près ou de loin à la peinture de la guerre, que ce soit au mess ou sur le front, sont particulièrement soignées et convaincantes, tandis que la plupart des scènes intimes d'échange amoureux entre les deux héros sont inintéressantes, voire parfois assommantes. Pourtant connu pour être un homme à femmes, Hemingway peine à rendre la profondeur de l'amour qui peut unir deux êtres liés par une passion fusionnelle. Le lecteur a l'impression de rester étranger à cette intrigue qui se noue sous ses yeux, comme s'il était confiné dans un rôle de simple spectateur, rôle somme toute peu agréable. Heureusement, l'ensemble reste sauvé par un final certes prévisible, et annoncé par divers indices tout au long du roman, mais néanmoins magnifiquement écrit et parfaitement maîtrisé.
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critique par Elizabeth Bennet




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Le maître de l’understatement
Note :

   Pendant la première guerre mondiale, Henry, un jeune Américain, est blessé sur le front italien et conduit à l’hôpital où il rencontre Catherine Barkley, une infirmière anglaise dont il tombe amoureux. Après un bref retour au front, Henry décide de revenir vers Catherine et de déserter. Ils partent tous deux pour la Suisse suivre leur destin.
   
   Hemingway s’est toujours emparé des mythes éternels: la guerre, l’amour, la mort. C’est ce qui a fait son succès. Cependant, tout y est traité de façon symbolique. C’est à cause de la guerre justement que les plus nobles sentiments humains ne peuvent survivre. Le courage est une douleur, l’amitié se transforme en cynisme et l’amour en tragédie.
   
    Maintenant que tout a été dit, reste à le dire autrement. Rappelons que le roman est sorti en 1929. L’auteur a déjà peaufiné son style dans le précédent roman, "le soleil se lève aussi", grâce à son travail de correspondant du Toronto Evening Star qui lui imposait un nombre de mots limité Il est ainsi devenu le maître de ce que les anglo-saxons appellent «understatement», où l’on en dit le moins possible pour suggérer beaucoup, où les sentiments personnels de l’auteur se cachent sous la partie immergée de l’iceberg, où le lecteur lui-même doit reconstituer cette partie avec son propre vécu, sa propre sensibilité, sa propre intelligence. Hemingway a d’ailleurs gardé cette habitude de compter ses mots à chaque passage qu’il écrivait. D’où ce style qui semble très sec et insipide: oui, le héros a peur de divulguer ses sentiments car il ne sait pas s’il sera vivant le lendemain, les grandes effusions sont donc annihilées, il faut aller à l’essentiel, les sentiments tout comme les descriptions ne sont qu’esquissés, un trait pour le portrait, quelques coup de crayon bien sentis pour l’ensemble et surtout garder la surface visible sans jamais oublier la partie immergée. Voilà pour ce qui est de ce style d’Hemingway, qui n’est pas sans rappeler les premiers dessins de Picasso et la peinture surréaliste (il admirait beaucoup Miró.) Restent des armes comme l’humour, le détachement devant trop d’intensité amoureuse ou amicale qui font que ses dialogues sonnent «vrais» et que les mots grossiers voire orduriers ont fait l’objet de censure à la sortie du roman, remplacés par des points de suspension…
   
   Loin d’être un «roman de jeunesse», "l’adieu aux armes" (A Farewell to Arms ; arms en anglais: double sens de «armes guerrières» et des «bras aimants») confirme Hemingway dans son statut d’écrivain majeur et moderne en ce sens qu’il possède son propre style et que son apparent minimalisme est le fruit d’un long travail de recherche et d’élimination. Ce pragmatisme tout américain reste néanmoins au service de l’analyse des sentiments humains confrontés à un destin qu’ils n’ont pas voulu.

critique par Mouton Noir




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